{"id":5670,"date":"2018-12-09T01:08:39","date_gmt":"2018-12-09T00:08:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.chloedelaume.net\/?p=5670"},"modified":"2018-12-09T01:10:25","modified_gmt":"2018-12-09T00:10:25","slug":"psychose-geographique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chloedelaume.net\/?p=5670","title":{"rendered":"Psychose g\u00e9ographique (en cours)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Je vois Grenoble comme un crat\u00e8re. Un chaudron, la brume, ils y dorment. La nuit, ils dorment, les grenoblois. Le jour je traverse ses art\u00e8res, la ville est un petit peu rugueuse. Un gris crayeux, \u00e9pais, abrupte. Particules fines etcetera.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un chaudron plut\u00f4t qu\u2019une cuvette, avec les montagnes pour parois. Seize quartiers si h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Dedans la nuit ils font des r\u00eaves ou des cauchemars en forme de quoi.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un quartier, le tramway, Berriat. Trou\u00e9e d\u2019immeubles dans le bleu dur. Les rails morsures au sol, l\u2019asphalte qui cicatrise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le square des fusill\u00e9s, une sculpture de Didier Faustino, une structure arachnide \u00e9rig\u00e9e en potence, nom\u00a0: <em>Les Racines du mal<\/em>. Devant les fen\u00eatres de grenoblois. De quoi r\u00eavent-ils volets ferm\u00e9s\u00a0? Je vois Grenoble comme un crat\u00e8re, est-ce que leurs r\u00eaves en serait pollu\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La violence esth\u00e9tique\u00a0: une donn\u00e9e subjective, ne peut \u00eatre quantifi\u00e9e. La violence syst\u00e9mique, elle, agit sur les r\u00eaves. Quand je dors \u00e0 Grenoble, parfois je fais des r\u00eaves en forme de potence. J\u2019aimerais beaucoup savoir si je suis la seule ou pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Dans mon r\u00eave le supermarch\u00e9 est grand, gigantesque et sans portes, je ne peux pas entrer\u00a0\u00bb. Son lit est dans une chambre d\u2019un quartier non solvable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Fr\u00e9quemment, moi, on m\u2019enterre vivante. C\u2019est plut\u00f4t un cauchemar \u00bb. Elle est loin d\u2019\u00eatre la seule mais refuse d\u2019en parler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains r\u00eavent que la nuit, ils chantent. Des chansons qu\u2019ils inventent et qui font d\u2019eux des stars.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">O\u00f9 es-tu quand tu r\u00eaves, ton corps quand tu t\u2019endors, ta chambre espace priv\u00e9, tes songes espace intime, en quoi l\u2019espace public pourrait te perturber\u00a0? S\u2019infiltrer s\u2019imprimer au creux du subconscient\u00a0? Je te vois livr\u00e9 au crat\u00e8re, tes nuits bien plus belles que mes jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 Grenoble mes r\u00eaves\u00a0: des vip\u00e8res. Dans une langue qui sans cesse se mord.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En lithoth\u00e9rapie on conseille l\u2019am\u00e9thyste pour un sommeil r\u00e9parateur. C\u2019est un quartz violet reli\u00e9 au chakra coronal. Pierre connect\u00e9e au subconscient et \u00e0 la pens\u00e9e active, son \u00e9nergie est reposante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 Grenoble, mes r\u00eaves j\u2019am\u00e9liore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une am\u00e9thyste sous l\u2019oreiller, une nuit \u00e0 parler aux mur\u00e8nes mais chaque sc\u00e8ne \u00e9tait sous-titr\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai fabriqu\u00e9 un attrape-r\u00eave, depuis j\u2019ai perdu la m\u00e9moire.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alsace-Lorraine, c\u2019est l\u00e0 que je dors. En face d\u2019un bar qui fait boutique, avec des passants pour roulis. Je me noie, en ce moment, la nuit. Un torrent au pied de l\u2019h\u00f4tel, au matin je ne trouve que la pluie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle m\u2019a dit \u00ab\u00a0Dans mon r\u00eave, ma m\u00e8re devient rose et fond comme un vieux chewing-gum\u00a0\u00bb. Les murs de sa chambre sont blanc cr\u00e8me, ses fen\u00eatres donnent sur le bitume, son c\u0153ur est en papier m\u00e2ch\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il m\u2019a dit \u00ab\u00a0Je voudrais la nuit prendre le contr\u00f4le, ma\u00eetriser mes cauchemars\u00a0\u00bb. Il a dit \u00ab Le jour d\u00e9j\u00e0, tout le jour je subis\u00a0\u00bb. Il travaille comme serveur dans un bar du vieux centre. Il dit \u00ab\u00a0J\u2019aimerais r\u00eaver qu\u2019on ne me demande rien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Un rosaire, un br\u00e9viaire, un r\u00eavi\u00e8re. Un petit cahier, un coffret. Noterai rangerai dans le r\u00eavi\u00e8re les songes que chaque nuit je ferai. Dans le premier \u00e0 une potence, le c\u0153ur de Grenoble balancera. Dans le second, un vieux march\u00e9 sur la place a tout englouti.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Les fen\u00eatres le long de L\u2019Is\u00e8re se ferment sans un songe de noyade. Pas la moindre l\u00e9gende de Vouivre pour hanter le sommeil des riverains. Au Polygone Scientifique, ils ont l\u2019esprit trop cart\u00e9sien.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Elle m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Moi, mes r\u00eaves, je ne me souviens d\u2019aucun\u00a0\u00bb. Elle habite \u00e0 l\u2019\u00cele Verte et ses jours lui suffisent. Elle m\u2019a dit \u00ab\u00a0Ca m\u2019arrange, les r\u00eaves c\u2019est encombrant. Je n\u2019aime pas que dans ma t\u00eate certaines choses se produisent\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s cinq cigarettes, elle m\u2019avoue qu\u2019elle dort mal depuis sa derni\u00e8re rupture.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Perdre ses dents sur les Grands Boulevards, \u00eatre poursuivi dans les Eaux Claires, parler aux morts quartier Teisseire, en une seule nuit, on en est l\u00e0. Je vois Grenoble comme une mati\u00e8re. Cartographier son subconscient.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Il n\u2019existe pas de statistiques, mais des th\u00e8mes de r\u00eaves r\u00e9currents propres \u00e0 des groupes sociologiques. Ici les r\u00eaves sont d\u2019Occident, personne la nuit n\u2019est un jaguar. Il faudrait peut-\u00eatre v\u00e9rifier. \u00c0 Grenoble, il n\u2019y a pas de zoo, mais quelques cages r\u00e9pertori\u00e9es avec des plates-bandes d\u2019herbe autour.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>L\u2019inconscient collectif existe. Il se manifeste la journ\u00e9e\u00a0; la nuit le r\u00e9el le contamine. Des pr\u00e9occupation communes, des angoisses qui sont partag\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Livre\u00a0: <em>R\u00eaver sous le IIIe Reich<\/em>, Charlotte Beradt. Trois-cents r\u00eaves collect\u00e9s entre 1933 et 1939 \u00e0 Berlin. Un homme r\u00eave qu\u2019il contr\u00f4le ses r\u00eaves pour \u00e9chapper \u00e0 la censure. R\u00eaves expurg\u00e9s de narration, de contenus, de sensations. Des traits des carr\u00e9s et des ronds, pour n\u2019\u00eatre coupable d\u2019aucun d\u00e9lit, ne r\u00eaver que de formes g\u00e9om\u00e9triques.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Dessiner une carte de la ville, d\u00e9couvrir o\u00f9 s\u2019est r\u00eaver quoi. Peut-\u00eatre l\u2019allure d\u2019une carte du tendre, Grenoble de nuit, crat\u00e8re ouvert.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je vois Grenoble comme un crat\u00e8re. Un chaudron, la brume, ils y dorment. La nuit, ils dorment, les grenoblois. Le jour je traverse ses art\u00e8res, la ville est un petit peu rugueuse. Un gris crayeux, \u00e9pais, abrupte. Particules fines etcetera. &hellip; <a href=\"https:\/\/chloedelaume.net\/?p=5670\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[25],"tags":[],"class_list":["post-5670","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-dream-operator"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p3Xt8S-1ts","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5670","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5670"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5670\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5673,"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5670\/revisions\/5673"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5670"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5670"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5670"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}