{"id":291,"date":"2012-12-12T03:52:26","date_gmt":"2012-12-12T02:52:26","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.chloedelaume.r3zo.net\/?page_id=291"},"modified":"2013-09-17T16:09:24","modified_gmt":"2013-09-17T14:09:24","slug":"certainement-pas","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/chloedelaume.net\/?page_id=291","title":{"rendered":"Certainement pas"},"content":{"rendered":"<p>Ecrit en 2003, ce roman a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en septembre 2004 par les \u00e9ditions Verticales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1776\" title=\"Couverture Certainement pas\" src=\"http:\/\/wp.chloedelaume.r3zo.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/delaume-certainement-pas-210x300.jpg\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/chloedelaume.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/delaume-certainement-pas-210x300.jpg 210w, https:\/\/chloedelaume.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/delaume-certainement-pas.jpg 215w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/>Dans le fumoir d&rsquo;un pavillon de l&rsquo;H\u00f4pital Sainte-Anne, trois hommes et trois femmes se confrontent \u00e0 leur pass\u00e9 secr\u00e8tement lourd d&rsquo;abjections quotidiennes et de compromissions.\u00a0Orchestr\u00e9e par le fant\u00f4me du Docteur Lenoir, une \u00e9trange partie de Cluedo tiendra lieu de proc\u00e8s, laissant au fil des tours chacun se d\u00e9masquer.\u00a0Tous ont commis un crime : celui d&rsquo;avoir c\u00e9d\u00e9, de s&rsquo;\u00eatre adapt\u00e9, de s&rsquo;\u00eatre fait les serviles serviteurs d&rsquo;un syst\u00e8me, d&rsquo;avoir pli\u00e9 le genou devant les valeurs marchandes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ces six personnages en qu\u00eate de c\u0153ur, les pathologies ne sont que des refuges, ultime \u00e9chappatoire apr\u00e8s une trop tardive prise de conscience. Attachants dans leur aveuglement, ils n&rsquo;en restent pas moins coupables. Repr\u00e9sentatifs \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame des travers de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine, victimes, ces personnages ne le sont certainement pas.<\/p>\n<p><strong>Note 1:\u00a0<\/strong>\u00a0Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant\u00a0exist\u00e9\u00a0ne saurait \u00eatre fortuite<strong>.<\/strong><\/p>\n<p>Note 2 : Le titre est une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la blague favorite de Lacan lorsqu&rsquo;il r\u00e9pondait au t\u00e9l\u00e9phone. \u00ab\u00a0&#8211; All\u00f4, Monsieur Lacan?\u00a0\u00bb \u00a0\u00ab\u00a0&#8211; Certainement pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8res pages<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><\/strong>Vous \u00eates six dans la pi\u00e8ce. Une pi\u00e8ce sombre, \u00e0 l&rsquo;unique fen\u00eatre embrum\u00e9e de barreaux. Vous vous \u00eates habitu\u00e9s \u00e0 ces ombres an\u00e9mi\u00e9es, habitu\u00e9s \u00e0 tel point que vos yeux ne saignent plus lorsque votre regard se heurte \u00e0 la rouille torve. Vous \u00eates six, vous \u00eates las, avachis face \u00e0 face trois par trois rangs d&rsquo;oignons, reliquats solitaires d&rsquo;un festin charognard. Vous devriez sentir \u00e0 travers vos \u00e9toffes la structure en acier qui clive la moleskine. Bien s\u00fbr il n&rsquo;en est rien. Bien s\u00fbr, \u00e9videmment. Vos orbites se d\u00e9vident, les pupilles aiment s&rsquo;enfuir vers le grand cendrier. Toujours plein \u00e0 ras bords, le grand cendrier. M\u00e9gots, crachats, biscuits, papiers encore graisseux du hachis de paupi\u00e8res, petit tonneau replet d\u00e9tritus Dana\u00efdes. Il est l&rsquo;unique, l&rsquo;\u00e9lu, le grand cendrier brun aux multiples cabosses. Le point de convergence de vos trois doigts tendus, secondes phalanges index majeur en bouton d&rsquo;or, pouce catapulte f\u00e9brile, secousse s\u00e8che, ongle rosse, c&rsquo;est selon. Il reste l&rsquo;\u00e9picentre de cette salle o\u00f9 ce jour, \u00e0 cette heure, vous \u00eates six.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"OLYMPUS DIGITAL CAMERA\" src=\"http:\/\/wp.chloedelaume.r3zo.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/P51300071-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Le lino est vieux vert, anciennement c\u00e9ladon tirant sur le turquoise, autrefois rassurant. Enfin il est possible de le supposer. Des traces ind\u00e9l\u00e9biles, des cicatrices nombreuses, des crat\u00e8res carboniques : tous ne furent pas ici adeptes, tous ne se soumirent pas \u00e0 l&rsquo;implacable r\u00e8gne du tyranniquement grand cendrier. Si\u00e8ges et sol se r\u00e9pondent, insistant cama\u00efeu. Vos cernes achromiques vous prot\u00e8gent, croyez-vous. Tout ce vert glissera, n&rsquo;\u00e9claboussera personne, tout ce vert se niera, sera neutralis\u00e9 avant de kidnapper vos c\u0153urs \u00e0 fleur de bouche, avant que de l&rsquo;attente vous n&rsquo;ayez la naus\u00e9e. C&rsquo;est le lieu qui veut \u00e7a. Vos luttes donquichottesques brassent l&rsquo;air du mauvais temps, la c\u00e9cit\u00e9 noyaute coque de noix vos prunelles, calfeutr\u00e9s tour d&rsquo;ivoire vous rejoignez chaque jour davantage les s\u0153urs Anne aux pupilles d\u00e9lav\u00e9es de canonisation. Silence chauff\u00e9 \u00e0 blanc, juste vous adonner en premier de cord\u00e9e, sp\u00e9l\u00e9ologie int\u00e9rieure, descendre seuls au tout dedans, vous heurter stalactites salines pleurs p\u00e9trifi\u00e9s, de vos chagrins secrets vous repa\u00eetre en \u00e9cho.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les murs ne sont pas verts. Pour ne pas insister. Le sol doit \u00eatre d&rsquo;espoir pour que vos pieds s&rsquo;y ancrent \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;une assise dans la r\u00e9alit\u00e9. Alors les murs sont jaunes, d&rsquo;un jaune ocre un peu sale, un peu terne, plus discret. A gauche de la porte sur laquelle en d\u00e9coupe une vitre opaque s&rsquo;incruste, un tableau assez laid prend largement ses aises. Pastelle, grossier trompe l&rsquo;\u0153il. Un maladroit appel aux r\u00eaveries bucoliques, crois\u00e9e charmilles ouvertes sur une Provence gluante de riches vallons rieurs et de bosquets touffus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous vous moquez \u00e9perdument de tout cela Vous \u00eates devenus herm\u00e9tiques \u00e0 votre environnement encore plus qu&rsquo;\u00e0 vous-m\u00eames, cela fait longtemps d\u00e9j\u00e0. Combien d&rsquo;heures pass\u00e9es dans cette pi\u00e8ce sans chercher \u00e0 l&rsquo;apprivoiser, combien d&rsquo;orangers dans vos c\u0153urs et de vieux saules dans le jardin, combien. Combien. Je sais, vous l&rsquo;ignorez. Parfois l&rsquo;un d&rsquo;entre vous ou un autre, un autre plus ab\u00eem\u00e9 que vous si cela est possible, colle sa bouche au plexi, cl\u00f4t paupi\u00e8res impavides, et souffle la fum\u00e9e vers cet horizon tendre. Les volutes lui reviennent empoiss\u00e9es de lavande et effluves d\u00e9tergeant. Dans ce Sud le soleil est toujours mordor\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;aur\u00e9ole de nicotine qui en assure le scintillement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"Fiche\" src=\"http:\/\/wp.chloedelaume.r3zo.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/P51300081-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Vous \u00eates six et vous m&rsquo;avez tu\u00e9. L&rsquo;un d&rsquo;entre vous, ou bien chacun. Oui c&rsquo;est bien cela. Chacun. Ceux qui m&rsquo;aiment durent rater le train, banquette souill\u00e9e Orient Express. Je ne suis pas un fant\u00f4me vengeur, un spectre familier, un grillon sans foyer, un esprit flageolant le v\u00f4tre en tambourinant les tabl\u00e9es. Je ne suis pas non plus un ange. Ca non, il n&rsquo;en est rien. Je ne rach\u00e8terai pas vos fautes. Je ne vous ch\u00e2tierai pas. Je ne vous annoncerai rien. Je vous sens tr\u00e8s d\u00e9\u00e7us mais ce n&rsquo;est pas mon r\u00f4le. Or chacun a le sien, ici, bien plus qu&rsquo;ailleurs. Terriblement plus ici qu&rsquo;ailleurs, vous le savez, chacun a le sien. Tout cela est tr\u00e8s organis\u00e9. Je suis l\u00e0 et c&rsquo;est tout. Pour le temps qu&rsquo;il faudra. Le temps d&rsquo;une simple partie, juste le temps d&rsquo;une simple partie. La derni\u00e8re pour vous tous. La derni\u00e8re pour nous tous. Plus personne n&rsquo;a le choix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis le Docteur Lenoir. Mon identit\u00e9 propre, mon \u00e9tat civil, mon profil psychologique, tout, jusqu&rsquo;aux plus infimes d\u00e9tails de ma biographie, est vierge \u00e0 ce jour et est \u00e0 votre guise. Je serai votre palimpseste. Car plus que la victime c&rsquo;est le meurtre que j&rsquo;incarne. Le meurtre, le basculement. L&rsquo;inopin\u00e9 passage \u00e0 l&rsquo;acte, la praxis de votre pulsion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cent millions de personnes depuis 1949 se sont pench\u00e9es, de trois \u00e0 six joueurs, attabl\u00e9es autour de la reconstitution de mon appartement, \u00e9voluant d&rsquo;hypoth\u00e8ses en suppositions, de postulats en pr\u00e9somptions, jusqu&rsquo;\u00e0 ourler un fier j&rsquo;accuse. Depuis ces presque soixante ans, rythmique accrue aux aubes dominicales, ces millions, sans personne, personne pour s&rsquo;attarder sur ma fictive d\u00e9pouille, personne pour effleurer le mobile de ce crime sans cesse \u00e9lucid\u00e9. Jamais sang n&rsquo;a charri\u00e9 une telle indiff\u00e9rence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous \u00eates six et vous m&rsquo;avez tu\u00e9. Vous vous pensez dans le fumoir. La petite pi\u00e8ce glac\u00e9e qui jouxte la salle de repos. Vous vous pensez \u00e0 l&rsquo;abri pour une miette d&rsquo;heures, les repas sont servis si t\u00f4t. Vous vous pensez isol\u00e9s, perclus d&rsquo;autisme r\u00e9confortant, recroquevill\u00e9s sur votre \u00e2me rance. Vous avez tort. Vous n&rsquo;y \u00eates plus \u00e0 pr\u00e9sent. Non. A pr\u00e9sent, vous \u00eates dans le Studio. Vous sentez l&rsquo;air soudain se faire plus lourd et ti\u00e8de. Vos l\u00e8vres s&rsquo;ass\u00e8chent, la fen\u00eatre d\u00e9glutit h\u00e2tivement ses barreaux. Les callots goudronneux de vos doigts l\u00e2chent leur prise, qu&rsquo;importe que vos blondes filtres s&rsquo;avortent esseul\u00e9es, qu&rsquo;importe, il n&rsquo;y a plus de cendrier. Je suis le Docteur Lenoir, je suis mort. Vous \u00eates six et vous m&rsquo;avez tu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"extrait\" src=\"http:\/\/wp.chloedelaume.r3zo.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/P51300091-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Vos noms vont vous \u00eatre distribu\u00e9s par souci de commodit\u00e9. De coh\u00e9rence, aussi. Une denr\u00e9e rare en vos contr\u00e9es. Votre \u00e2ge, votre apparence, votre pass\u00e9, votre profession comme votre d\u00e9nomination vous para\u00eetront premier abord sans rapport imm\u00e9diat avec l&rsquo;identit\u00e9 qui vous sera octroy\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous \u00eates six et vous \u00eates malades. Vous \u00eates venus, pour certains, de plein gr\u00e9. Pour d&rsquo;autres c&rsquo;est un proche, membre familial \u00e0 amputer qui vous a d\u00e9pos\u00e9, ou un tiers inquiet et quelconque. Quel qu&rsquo;il soit il a employ\u00e9 ce faisant le terme confi\u00e9. Pour tenter d&rsquo;engourdir la r\u00e9ification. Vous \u00eatre entr\u00e9s ici, secteur 13 pavillon Piera Aulagnier, pour une unique raison : votre logique interne est bien trop h\u00e9r\u00e9tique pour qu&rsquo;on vous laisse tranquille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous n&rsquo;\u00eates plus au r\u00e9el que par intermittence, c&rsquo;est \u00e0 peine si vos l\u00e8vres peuvent communiquer. Vos murmures int\u00e9rieurs, vos fables en ritournelles, peuplent chaque nuit l&rsquo;enceinte qui prot\u00e8ge l&rsquo;ext\u00e9rieur de vos saillies sournoises et de votre acuit\u00e9. Le jour, vous vous taisez. Les couloirs sont buvards du chant du d\u00e9sespoir et complaintes empourpr\u00e9es. Vous \u00eates un ch\u0153ur d&rsquo;inadapt\u00e9s. Un concert d&rsquo;handicaps violonnant leur incompl\u00e9tude en sanie cinabre et majeure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous voil\u00e0 inutiles, des rebuts du carnage, druides grotesques b\u00e2illonn\u00e9s en marge du festin o\u00f9 en bons citoyens vous devriez tr\u00f4ner une pomme blette dans la glotte, du persil en bouquet boule-qui\u00e8ssant vos conduits. Vous n&rsquo;\u00eates plus consommables mais restez toujours pleutres, recroquevill\u00e9s hirsutes la crainte bleut\u00e9e au ventre, incapables d&rsquo;affronter le pourquoi salvateur, le pourquoi du vici\u00e9, le pourquoi de l&rsquo;erreur. Vous redoutez sans cesse qu&rsquo;en scannant la question vous restiez filles de Loth, statufi\u00e9s bl\u00eames tr\u00e9mies lorsqu&rsquo;en l&rsquo;horloge interne r\u00e9sonnera l&rsquo;heure des comptes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous allons jouer. Ensemble, bien s\u00fbr, s\u00e9par\u00e9ment. Je ne serai pas seul, j&rsquo;aurai des aides de camp. Vos cerveaux sont ce soir de petites mottes d&rsquo;humus dont vous saisissez mal la d\u00e9composition. Votre esprit est compost, votre humeur copeaux rauques. Vous \u00eates perdus en vous. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il y a de pire. Votre corps est trop vaste, votre cr\u00e2ne ricochette vos pens\u00e9es caillouteuses. Je suis l\u00e0, justement, pour vous faire r\u00e9sonner. Pour que le glas \u00e9branle pores et synapses enrou\u00e9s. Vous \u00eates six, trois femmes trois hommes, la partie sera \u00e9quilibr\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"olive\" src=\"http:\/\/wp.chloedelaume.r3zo.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/olive-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Nous pouvons commencer. La carte s&rsquo;av\u00e8re fid\u00e8le au jeu original. Soit neuf pi\u00e8ces lisibles dans le sens des aiguilles d&rsquo;une montre. Hall \u00e0 midi. V\u00e9randa. Salle \u00e0 manger. Cuisine. Grand Salon \u00e0 six heures. Petit Salon. Bureau. Biblioth\u00e8que. Studio. La V\u00e9randa et le Petit Salon sont dot\u00e9s d&rsquo;un passage secret communiquant. Il en est de m\u00eame pour la Cuisine et le Studio. NB1 : Dans certaines \u00e9ditions, le Studio est appel\u00e9 Salle de Billard. C&rsquo;est plus pratique mais moins joli. NB2 : Il n&rsquo;y a dans cet appartement aucune commodit\u00e9 ni chambre. Nombre de joueurs restent surpris face \u00e0 cette option jans\u00e9niste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;y a pas de cases, puisque sur vous le formatage a \u00e9chou\u00e9. Pas de plateau \u00e0 d\u00e9plier, ni de pions \u00e0 positionner. J&rsquo;ai dit : vous aller jouer. Certainement pas vous divertir. Pas de cavalcades pi\u00e8ce en pi\u00e8ce, ni de bousculades aux couloirs. Non plus. J&rsquo;ai pr\u00e9cis\u00e9 r\u00e8gles sp\u00e9ciales, ajout\u00e9 jeu d\u00e9natur\u00e9. Je n&rsquo;ai pas dit : grandeur nature. Il y a poign\u00e9e de d\u00e9s, mais qu&rsquo;importe leur jet, il n&rsquo;y a pas de hasard. Sachez le tous, chacun. Le hasard n&rsquo;a jamais, jamais tenu de place dans votre destin\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis le Docteur Lenoir, vous \u00eates six et vous m&rsquo;avez tu\u00e9. On vous dit ali\u00e9n\u00e9s. C&rsquo;est un fait entendu. On vous dit ali\u00e9n\u00e9s pour la simple raison qu&rsquo;un \u00eatre inadapt\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ne peut faire corps avec. Vos organes sont poisseux d&rsquo;un trop plein agonique, vos souffrances enflent tant en dodues Erynies, vous n&rsquo;\u00eates plus recyclables, plus utiles \u00e0 la greffe, vous n&rsquo;\u00eates que des d\u00e9chets dont la matrice sociale ne peut plus se repa\u00eetre, il lui est impossible en vous de s&rsquo;agiter, ses racines se contractent en an\u00e9mone bless\u00e9e or\u00e9e p\u00e9n\u00e9tration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retrouvez les bonnes cartes, la bonne combinaison. Il vous reste huit pi\u00e8ces, le Studio ne compte pas, tenez-vous le pour dit. Il vous reste huit pi\u00e8ces, et puis le choix des armes. Observez bien la liste : six soit une pour chacun. Chandelier, revolver, corde, matraque, poignard et clef anglaise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et surtout, oui surtout, rappelez-vous le pourquoi. Pourquoi vous m&rsquo;avez tu\u00e9. Souvenez vous de l&rsquo;instant o\u00f9 mon souffle s&rsquo;\u00e9chappa sous vos yeux imbib\u00e9s hypnose concupiscence, magn\u00e9tisme h\u00e2te, avidit\u00e9 ; souvenez-vous de l&rsquo;instant, car l&rsquo;instant fut pr\u00e9cis et il a exist\u00e9. Il y a eu un avant. Il y a eu un apr\u00e8s. Entre les deux il y eu. Une pulsion, un d\u00e9sir, et puis la volont\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne dites pas : j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 rattrap\u00e9. Vous avez bascul\u00e9, et cela est diff\u00e9rent. Personne n&rsquo;est rattrap\u00e9, personne. C&rsquo;est inscrit dans l&rsquo;adage. Chasser le naturel, il revient au galop. Rien n&rsquo;est moins naturel que la compromission. Vous \u00eates n\u00e9s fils du Verbe. La langue ne se ploie pas. Elle reste irr\u00e9ductible, et c&rsquo;est pour cette raison qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;homme elle survivra. Ne cherchez pas d&rsquo;excuse dans les g\u00e9n\u00e9rations. La v\u00f4tre, et quelque elle soit, porte en ses couches des anges, des d\u00e9mons avort\u00e9s, des guerriers, des faiseurs et des sonneurs de cloches. Preuve en est vos \u00e9carts, voyez-l\u00e0 ces joues roses et ici le poivr\u00e9 immisc\u00e9 fleur de tempes. Cessez de m&rsquo;agiter vos douces pathologies comme autant de drapeaux hurlant immacul\u00e9s. La folie est chez vous une simple cons\u00e9quence. J&rsquo;insiste sur ce terme. Une simple cons\u00e9quence. J&rsquo;insiste sur ce terme et sur son adjectif. L&rsquo;instant o\u00f9 la conscience vous sauta au visage, vous laminant la chair balafres lucidit\u00e9, vous vous en souvenez. Alors ne feignez pas. Vous vous \u00eates r\u00e9fugi\u00e9 dans un trouble mineur, vous permettant de fuir l&rsquo;acidit\u00e9 sordide de ce que l&rsquo;on peut nommer responsabilit\u00e9. Dans vos chambres mignonnes, vous \u00e9chappez chaque jour \u00e0 l&rsquo;interrogation qui se devrait unique, envahissante, m\u00e9thodiquement analys\u00e9e. Pourquoi, pourquoi vous m&rsquo;avez tu\u00e9. A longueur de journ\u00e9es je vois les sp\u00e9cialistes \u00e0 vos chevets agenouill\u00e9s, le scalpel piaffant d&rsquo;impatience : pourquoi, pourquoi n&rsquo;a-t-il n&rsquo;a-t-elle pas continu\u00e9. La nuit ils prennent vos cris pour des sympt\u00f4mes rampants qu&rsquo;il faudrait terrasser pour soulager vos gorges \u00e0 l&rsquo;aigu d\u00e9chir\u00e9, alors que tout en vous n&rsquo;aspire qu&rsquo;\u00e0 se dissoudre chaque seconde davantage dans cette obscure clameur qui confine \u00e0 l&rsquo;oubli.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"oubliettes\" src=\"http:\/\/wp.chloedelaume.r3zo.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/oubliettes-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Dans le parc, dans le r\u00e9fectoire, dans les couloirs, dans le fumoir, caf\u00e9t\u00e9rias et ateliers vous croisez des doubles, croyez-vous. Le peuple des pyjamas bleus. Qui marmonne sa d\u00e9tresse, s&rsquo;ing\u00e9nie en feulements et en r\u00e9v\u00e9lations. Vous avez tort de voir en lui une terre d&rsquo;accueil o\u00f9 immigrer. Le peuple des pyjamas bleus ne fut jamais au monde, il reste incorruptible, vous lui \u00eates \u00e9trangers. Il sait que c&rsquo;est en lui que vous cherchez f\u00e9briles le repos, le salut et de quoi \u00e9pancher votre soif d&rsquo;ignorance. Il vous laisse charitable vous prosterner fronton camisole et verveine, il vous laisse prendre part aux tributs file indienne, trois cachets fond gobelet vingt-cinq gouttes canari, vous buvez la potion mais ignorerez toujours combien pour les chamanes le rite est filandreux. Vous \u00eates six, vous \u00eates seuls, un mainate empaill\u00e9 vous tient lieu de m\u00e9moire, vos larmes caillots de tartre vous \u00e9gratignent corn\u00e9e labourant vos pommettes en sillons plus st\u00e9riles que peut l&rsquo;\u00eatre l&rsquo;horreur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vous soumets l&rsquo;\u00e9nigme qu&rsquo;un Sphinx m&rsquo;a conseill\u00e9e. Au matin je ruisselle na\u00eff immacul\u00e9. A midi je chancelle l&rsquo;oreille interne troubl\u00e9e. Au v\u00eapres je me retourne, me demandant : qui suis-je. Pour survivre r\u00e9solvez. Je r\u00e9p\u00e8te. R\u00e9solvez. Et \u00f4tez cette pudeur qui vous va mal au teint. Je vais vous confier un secret. Ce n&rsquo;est pas votre t\u00eate qui est malade. Votre t\u00eate va tr\u00e8s bien. Elle vous invente neuf vies, une chati\u00e8re de sortie, le sourire de Chester. Non, ce n&rsquo;est pas votre t\u00eate qui est malade. C&rsquo;est votre ventricule. Un trou d&rsquo;obus \u00e0 l&rsquo;oreillette, du vide pomp\u00e9, du vide sid\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;aorte, du vide embaumant vos trach\u00e9es. Et ce soir, dans cette pi\u00e8ce, Fumoir du secteur 13 dit Studio du Cluedo Int\u00e9rieur, vous n&rsquo;\u00eatre pas les patients du Docteur Lagarigue. Vous \u00eates mes assassins, vos propres meurtriers. Ce soir, vous \u00eates six personnages en qu\u00eate de c\u0153ur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ecrit en 2003, ce roman a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en septembre 2004 par les \u00e9ditions Verticales. &nbsp; Dans le fumoir d&rsquo;un pavillon de l&rsquo;H\u00f4pital Sainte-Anne, trois hommes et trois femmes se confrontent \u00e0 leur pass\u00e9 secr\u00e8tement lourd d&rsquo;abjections quotidiennes et de &hellip; <a href=\"https:\/\/chloedelaume.net\/?page_id=291\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":111,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"footnotes":""},"class_list":["post-291","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/P3Xt8S-4H","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/291","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=291"}],"version-history":[{"count":20,"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/291\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2085,"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/291\/revisions\/2085"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/111"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chloedelaume.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=291"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}