{"id":288,"date":"2012-12-12T03:50:30","date_gmt":"2012-12-12T02:50:30","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.chloedelaume.r3zo.net\/?page_id=288"},"modified":"2013-09-17T16:57:28","modified_gmt":"2013-09-17T14:57:28","slug":"les-juins-ont-tous-la-meme-peau","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/chloedelaume.net\/?page_id=288","title":{"rendered":"Les juins ont tous la m\u00eame peau"},"content":{"rendered":"<h6 style=\"text-align: justify;\">Ecrit et publi\u00e9 en 2005. Editions La Chasse au Snark; reprise poche en Points Seuil.<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2097\" title=\"juins points\" src=\"http:\/\/wp.chloedelaume.r3zo.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/9782757812129FS.gif\" alt=\"\" width=\"279\" height=\"475\" srcset=\"https:\/\/chloedelaume.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/9782757812129FS.gif 279w, https:\/\/chloedelaume.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/9782757812129FS-176x300.gif 176w\" sizes=\"auto, (max-width: 279px) 100vw, 279px\" \/><\/p>\n<p>Chlo\u00e9 Delaume doit son pr\u00e9nom \u00e0 celle qui, dans l&rsquo;Ecume des jours, meurt d&rsquo;un cancer du n\u00e9nuphar.<\/p>\n<p>A travers ce petit livre, elle met en sc\u00e8ne le rapport qu&rsquo;elle entretient \u00e0 Boris Vian.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;agira donc de savoir comment s&rsquo;adresser \u00e0 ce mort des plus particuliers. Et tirer sur le fil des souvenirs : c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;adolescence qu&rsquo;elle a rencontr\u00e9 Vian, par le biais de<em> L&rsquo;Ecume des jours.\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Revenir sur cette nuit de lecture, sur ce qui, dans ce texte, lui a fait prendre conscience de ce que \u00e7a voulait dire, le mot litt\u00e9rature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<h6><\/h6>\n<div><strong>Premi\u00e8res pages<\/strong><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je dis infiniment souvent : je m&rsquo;appelle Chlo\u00e9 Delaume, je suis un personnage de fiction et. Seulement je n&rsquo;ajoute pas la v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re et pourtant je le sais : je suis une maladie. Et pas une maladie de la mort, non, vraiment pas du tout. Je suis la maladie d&rsquo;un mort. D&rsquo;un mort extr\u00eamement pr\u00e9cis \u00e0 qui je voudrais bien parler. Un mort sans qui je ne serais pas, sans qui je ne serais pas tr\u00e8s bien. Je ne serais pas Chlo\u00e9 Delaume, je serais peut-\u00eatre Delaume, patronyme torrentiel gicl\u00e9 le septentrional, pr\u00e9servation seconde moiti\u00e9, l&rsquo;aume, Alice, l&rsquo;\u0153uf blanc translucide du bardot, mais pas Chlo\u00e9, \u00e9videmment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout serait donc tr\u00e8s diff\u00e9rent. En amour et en soci\u00e9t\u00e9 un autre pr\u00e9nom susurr\u00e9 une autre enseigne \u00e0 parapher, Emma Cassandre peut-\u00eatre Clotilde. Je serais le m\u00eame sac de tripes mais apatride nymph\u00e9ac\u00e9es p\u00e9riode de floraison l&rsquo;\u00e9t\u00e9 plante aquatique feuillage caduc pieds immerg\u00e9s. Je ne serais pas un n\u00e9nuphar. Je serais un cancer du sort, timide et sans exponentiel. Une petite boule de pas fini, d&rsquo;un chagrin sec l&rsquo;anadyom\u00e8ne, un pr\u00e9nom sans \u00e9cho aucun empestant musique pulmonaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis la maladie d&rsquo;un mort \u00e0 qui je voudrais dire merci. Je ne dois plus rien \u00e0 personne \u00e0 part le pr\u00e9nom que j&rsquo;habite. J&rsquo;aimerais tant le lui dire mais c&rsquo;est tr\u00e8s difficile et surtout compliqu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne sais pas parler aux morts. Enfin, aux morts que je ne connais pas, que je n&rsquo;ai jamais connu, que je ne pourrais jamais conna\u00eetre. Parler aux anciens morts tous proches minaudant d\u00e9j\u00e0 loin, je sais. Autant qu&rsquo;aux d\u00e9j\u00e0 presque morts. Mais aux corps \u00e9trangers, \u00e0 ces osso-buco filandreux g\u00e9n\u00e9tiques, \u00e0 ceux qui ne m&rsquo;ont jamais parl\u00e9, jamais parl\u00e9 \u00e0 moi, au moins une fois \u00e0 moi toute seule. L\u00e0 c&rsquo;est une autre histoire. Je ne sais plus rien du tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment on parle \u00e0 ces morts-l\u00e0. Quel ton on se doit d&#8217;employer. Sur les cordes vocales amorcer si mineur aigues charmilles entortill\u00e9es, ou plut\u00f4t fa profond, le di\u00e8se de la distance fourbu de violac\u00e9. Je n&rsquo;en sais rien du tout. Adopter quoi, le voussoiement le tutoiement. Lino marbr\u00e9 troisi\u00e8me personne du singulier majuscule \u00e0 pompons, ou le i creus\u00e9, au contraire. Personne ne sait. Comment on parle \u00e0 ces morts-l\u00e0. Personne n&rsquo;ose forcer la serrure, en tout cas pas officiellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors un mort comme celui-l\u00e0, comme mon mort, mon mort principal, je dois m&rsquo;y prendre comment avec. Comment avec un mort qui ne m&rsquo;a jamais parl\u00e9 et qui pourtant m&rsquo;a dit. Il ne m&rsquo;a jamais fait que cela, rien d&rsquo;autre de visible \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu. Comment parler \u00e0 ce mort-l\u00e0, c&rsquo;est une question, je me demande. Peut-\u00eatre que. Je ferais mieux de la fermer, \u00e7a r\u00e8glerait bien des probl\u00e8mes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les archives acad\u00e9miques, on ne peut froisser l&rsquo;\u00e9tiquette face \u00e0 un bient\u00f4t mort ou au sbire d&rsquo;un trop n\u00e9. Il y a des ordres consign\u00e9s pour que tous s&rsquo;adressent poliment aux vivants qui ne disent rien, aux vivants qui ne savent que parler. C&rsquo;est tout de m\u00eame une question, une question importante quel ton on se doit d&#8217;employer quand on parle \u00e0 un mort qui dit. Si les andains virides tricornes se l&rsquo;\u00e9taient pour de vrai pos\u00e9e \u00e7a aurait chang\u00e9 un tas de trucs. Des aveux par charniers d&rsquo;exemples. Puisque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait on parle aux morts tout le temps. Et m\u00eame parfois aux morts qui disent. On parle aux morts tout le temps, en g\u00e9n\u00e9ral comme en particulier, on parle aux morts, voil\u00e0, la cracher une bonne fois pour toute la phrase bourbeuse de platitudes, \u00e7a manque tellement de patine : on parle aux morts tout le temps, nulle fioriture solf\u00e8ge, le lichen aff\u00fbt\u00e9 qui grignote on le guette mais rien, vraiment rien, \u00e0 croire qu&rsquo;elle ne peut \u00eatre que laide cette phrase, mal fagot\u00e9e quoiqu&rsquo;on lui fasse, un peu comme pour la v\u00e9rit\u00e9. On parle aux morts tout le temps : Eden matin midi et soir. On sait de la m\u00e9moire l&rsquo;\u00e9nigme posologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les archives acad\u00e9miques, la question du comment a bien d\u00fb se poser mais chaque cr\u00e2ne s&rsquo;est p\u00e2m\u00e9 triple tour, la barbe bleut\u00e9e limon secrets de fosse commune. On ne dit pas : je parle aux morts. On dit : je me demande parfois ce qu&rsquo;il en aurait pens\u00e9. On dit il, on dit le nom du mort on ne dit pas feu devant le nom du mort ou alors on le dit enrob\u00e9 du charbon des humours cache-cervelle. On ne dit pas le mort, certainement pas : le Mort. On dit bien autre chose. On dit qu&rsquo;on pense par soi, d\u00e9gag\u00e9 de la voix des morts, parfaitement d\u00e9gag\u00e9 des oreilles jusqu&rsquo;aux bronches. On dit qu&rsquo;on n&rsquo;est que soi, soi-m\u00eame et seulement soi, parce qu&rsquo;on est un vivant, et que si un vivant parle \u00e0 un mort vaudrait quand m\u00eame mieux qu&rsquo;il consulte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"juins\" src=\"http:\/\/wp.chloedelaume.r3zo.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/98196087les-juins-ont-tous-la-meme-peau-jpg1.jpg\" alt=\"\" width=\"145\" height=\"190\" \/>Dans les archives acad\u00e9miques, comment parler aux morts sans commettre d&rsquo;impair \u00e7a n&rsquo;est \u00e9crit nulle part. C&rsquo;est peut-\u00eatre pas plus mal. Badigeonn\u00e9e d&rsquo;Hextril qu&rsquo;elle aurait encore termin\u00e9, la langue. Pr\u00e9servation des aphtes, la muqueuse sous coupole ne risquera plus rien, le dictionnaire un stalactite, la syntaxe agr\u00e9\u00e9e gouttelettes immobilisme obs\u00e9quieuses en leur tartre. Ca n&rsquo;est \u00e9crit nulle part comment trancher la langue pour qu&rsquo;elle ne d\u00e9borde plus. C&rsquo;est vraiment pas plus mal et \u00e7a nous change un peu mais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;est-ce qui aurait \u00e9t\u00e9 choisi, le vouvoiement le tutoiement. Le pleutre respect feul\u00e9 aux d\u00e9li\u00e9s respectueux, la confite compassion saupoudr\u00e9e candide connivence. La crainte ou la piti\u00e9, on parle \u00e0 deux entr\u00e9es et moi je me demande, moi qui m&rsquo;adresse aux morts, aux morts quotidiennement, \u00e0 ceux qui m&rsquo;ont parl\u00e9 et \u00e0 lui qui m&rsquo;a dit, je me demande, j&rsquo;h\u00e9site, \u00e0 l&rsquo;\u00e9picentre du doute je suis crainte et piti\u00e9. Parler aux morts : crainte et piti\u00e9. Ca sonne comme les sandales de la psychanalyse. Catharsis comptoir acajou onyx, s&rsquo;accouder Cith\u00e9ron cubo\u00efdes courants d&rsquo;air durant l&rsquo;exposition. Parler aux morts : accepter du discours la faille autophagique. Savoir ce que \u00e7a co\u00fbte de se crever les yeux, savoir que les iris n&rsquo;en seront pas plus bleus, y compris pour le P\u00e8re No\u00ebl. Parler aux morts : c&rsquo;est dans les vieilles marmites qu&rsquo;on fait les meilleures soupes, c&rsquo;est dans les vieux charniers qu&rsquo;on nourrit mieux ses peurs, c&rsquo;est dans la ritournelle que se dissolvent les heurts car du fond des cercueils parfaite est l&rsquo;acoustique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand bien m\u00eame deux entr\u00e9es ne jamais plus feinter que le je ne mange rien car le je est ob\u00e8se de tous ses d\u00e9vor\u00e9s. La crainte ou la piti\u00e9, la maman la putain, la cendre des ogresses le saindoux post-grossesse, c\u0153ur d&rsquo;airain cul plomb\u00e9, on parle \u00e0 deux entr\u00e9es toujours \u00e0 deux entr\u00e9es, nous sommes en mode binaire toujours en mode binaire, ind\u00e9fectiblement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Boris Vian : un deux.<br \/>\nBoris Vian : vous tu.<br \/>\nBoris Vian : di\u00e9r\u00e8se il.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;appeler Bison Ravi, presque anagramme bravions, Boris Vian bravions moins un i parce que le i est rouge et le sang suffisant. L&rsquo;appeler, appeler un mort, un mort que je n&rsquo;ai jamais connu, que je conna\u00eetrai pas, que je ne pourrai jamais conna\u00eetre. Parler \u00e0 ce mort-l\u00e0, \u00e0 mon mort principal \u00e0 moi \u00e0 moi toute seule qui ne m&rsquo;a jamais parl\u00e9 mais qui.<\/p>\n<div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ecrit et publi\u00e9 en 2005. 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