{"id":278,"date":"2012-12-12T02:23:26","date_gmt":"2012-12-12T01:23:26","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.chloedelaume.r3zo.net\/?page_id=278"},"modified":"2013-09-17T18:10:29","modified_gmt":"2013-09-17T16:10:29","slug":"la-derniere-fille-avant-la-guerre","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/chloedelaume.net\/?page_id=278","title":{"rendered":"La derni\u00e8re fille avant la guerre"},"content":{"rendered":"<p>Na\u00efve Sessions, m<span style=\"font-size: 14px;\">ars 2007. Titre \u00e9puis\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2123\" title=\"la derni\u00e8re fille\" src=\"http:\/\/wp.chloedelaume.r3zo.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/chloe-DELAUME_la_derniere_f-231x300.jpg\" alt=\"\" width=\"231\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/chloedelaume.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/chloe-DELAUME_la_derniere_f-231x300.jpg 231w, https:\/\/chloedelaume.net\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/chloe-DELAUME_la_derniere_f.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 231px) 100vw, 231px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hiver 2005.\u00a0Nicola Sirkis, leader du groupe\u00a0Indochine, contacte Chlo\u00e9 Delaume afin de lui proposer d&rsquo;\u00e9crire les paroles d&rsquo;un ou deux morceaux de son\u00a0album en pr\u00e9paration, <em>Alice et June<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce faisant, il ignore que son interlocutrice est depuis ses dix ans on ne peut plus fan du groupe. Face \u00e0 la concr\u00e9tisation de son improbable fantasme, il va de soi que la catastrophe ne pouvait que s&rsquo;imposer. Le morceau pour lequel elle avait r\u00e9dig\u00e9 les paroles ne fut pas conserv\u00e9, et elle eut fortement envie de se pendre, d&rsquo;autant que l&rsquo;ancienne locataire de son corps ne tarda pas \u00e0 se manifester.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce livre, dont la bande son a \u00e9t\u00e9 minutieusement reconstitu\u00e9e<a href=\"http:\/\/www.shutupandplaythebooks.com\/la-derniere-fille-avant-la-guerre-chloe-delaume\/\" target=\"_blank\"> sur ce site<\/a>, traite du rapport qu&rsquo;entretiennent avec leur idoles les fans en g\u00e9n\u00e9ral, et ceux d&rsquo;Indochine en particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Premier chapitre :\u00a0<em>Le message<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ca fait comme du chagrin qui grimpe, un chagrin aux syllabes s\u00e8ches et tress\u00e9es de ronces. Je n&rsquo;habiterai pas en Indochine. Mon \u00e9piderme ignorera tout du souffle alangui des rizi\u00e8res, des \u00e9gratignures de l&rsquo;encens, de l&rsquo;aigu du frisson qui pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;envo\u00fbtement. Je ne conna\u00eetrai pas les dahlias, ni les automnes qui singent l&rsquo;hiver : mon passeport n&rsquo;est pas valid\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 si na\u00efve, persuad\u00e9e un instant au tempo \u00e9ternel qu&rsquo;il suffisait la foi et la bonne volont\u00e9. Une croisi\u00e8re vers la r\u00e9demption, pr\u00e9destination pathog\u00e8ne aux r\u00e9cifs du d\u00e9barquement : mes yeux se sont cill\u00e9s d&rsquo;\u00e9chardes, au pont je ne fus que c\u00e9cit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis rest\u00e9e passive, emmitoufl\u00e9e peau d&rsquo;ours mit\u00e9e d&rsquo;accords mineurs, enorgueillie, souveraine en mon affranchissement. Je n&rsquo;irai pas en Indochine. C&rsquo;est comme \u00e7a et pas autrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait une fois une histoire, celle d&rsquo;une foutue mal\u00e9diction. De ces ch\u00e2timents moites qui vous engluent d&rsquo;exil et d&rsquo;innocence coupable. Un fl\u00e9au, une fatalit\u00e9. Je suis la ch\u00e8vre, femelle du bouc, la trach\u00e9e prompte aux sacrifices, l&rsquo;\u0153il distrait, le sabot fendu. Mon larynx clochette l&rsquo;anath\u00e8me, en toutes circonstances et tous lieux. Je ne serai pas en Indochine, et je sais que ce n&rsquo;est pas tant mieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est possible que je pleure, que je sois en train de pleurer. Que j&rsquo;ai envie de tuer, en moi, un quelqu&rsquo;un quelque part ou bien un quelque chose. De constitutif, semble-t-il. Calcifi\u00e9 grappes d&rsquo;\u00e9toiles au creux de la moelle osseuse. En mes entrailles ma main plonge apn\u00e9e opini\u00e2tre mais rien ne m&rsquo;en revient, que de la cendre chaude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je resterai \u00e0 l&rsquo;Est, rien ne sera nouveau. Mur\u00e9e chant des p\u00e8lerins ma langue jamais ne sera dans la bouche du proph\u00e8te, j&rsquo;ai rat\u00e9 l&rsquo;examen et ma conscience s&rsquo;effrite. Je ne traverserai aucun village, toujours je serai affaiblie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je voulais juste me fondre dans la marqueterie. En devenir un carreau, laqu\u00e9 et tout petit. Un fragment de centim\u00e8tre, miroir superficie l&rsquo;\u0153il gauche d&rsquo;une alouette, la tiare d&rsquo;un paon peut-\u00eatre. Le reflet du volcan. Je n&rsquo;aspirais qu&rsquo;\u00e0 \u00eatre une spinule palissandre, faire partie du d\u00e9cor, d\u00e9poser mes cartons. Cela fait si longtemps. Plus de deux d\u00e9cennies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis seule et c&rsquo;est une falaise, un vent crayeux cingle en cerceaux, je ne suis plus qu&rsquo;un vertige d\u00e9j\u00e0 fossilis\u00e9. Au loin les hallalis se fanent, ma sueur se givre, je disparais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le souvenir est pr\u00e9cis. Aux poumons l&rsquo;air est occitan, nocturne, capiteux en sa suspension. Le silence et les poutres rong\u00e9s de capricornes ; crissement rythmique, soutenu. Je visualise l&rsquo;ordinateur, plan serr\u00e9 mon index s&rsquo;enfonce, cliquetis de la souris, ouverture de la bo\u00eete, courrier \u00e9lectrifi\u00e9. La Pandore a dit non et je me suis noy\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ciel clama juillet mais je lui donnai tort, les saisons \u00e9taient mortes autant que ma chanson. Les ombres basses et lourdes m&rsquo;enclumaient en couvercle, ruissellements d&rsquo;indolence \u00e0 l&rsquo;assaut soustraction. Le souvenir est pr\u00e9cis et la cur\u00e9e de pierres, ma m\u00e9moire g\u00eet au corporel, veines \u00e0 veines se reconstitue le galop de l&rsquo;effondrement. Terrier g\u00e9ologique, \u00e9tude. Terrain glissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est possible que j&rsquo;en meurs, que la honte m&rsquo;ait comme empaill\u00e9e. Une pintade \u00e9lev\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ivraie, plumage, cabinet de curiosit\u00e9s. J&rsquo;ai \u00e9chou\u00e9, cette \u00e9preuve devait s&rsquo;achever clefs d&rsquo;or, soie rouge et boutures de diad\u00e8me, cette \u00e9preuve \u00e9tait celle qui attestait le conte. Il ne sera jamais une fois, c&rsquo;est une mauvaise nouvelle \u00e0 la chute d\u00e9sastreuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mes nerfs se d\u00e9tricotent, la pelote dans la gorge s&rsquo;\u00e9toffe, chapitre \u00e0 chapitre, phrase \u00e0 phrase, je ravale le fil narratif, je d\u00e9cide de manger l&rsquo;histoire en esp\u00e9rant la dig\u00e9rer. C&rsquo;est une m\u00e9thode bien pire qu&rsquo;une autre, mais mon cas est particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m&rsquo;appelle Chlo\u00e9 Delaume et depuis moins d&rsquo;une d\u00e9cennie je suis un personnage de fiction. Je travaille sur ma nature et ses implications, j&rsquo;ai des devoirs et des contraintes, un cahier des charges scrupuleux. On ne s&rsquo;\u00e9crit pas comme l&rsquo;on se couche, puisqu&rsquo;il est question d&rsquo;\u00eatre debout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai pour r\u00e9sidence principale un corps de sexe f\u00e9minin fabriqu\u00e9 en mars 73. Avant ma venue et les travaux, il avait beaucoup moins de valeur, le soma \u00e9tait calcin\u00e9, il a fallu tout reconstruire, cave \u00e0 la chaux, grenier sur rue. Je me suis beaucoup investie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai sign\u00e9 un contrat avec la fille qui \u00e9tait dedans. Elle ne savait pas quoi en faire, de ce corps qu&rsquo;elle trouvait trop grand. Elle m&rsquo;a dit je suis lasse, caboss\u00e9e d&rsquo;\u00eatre \u00e9crite. Elle m&rsquo;a dit cette histoire ne m&rsquo;est pas n\u00e9cessaire, sa syntaxe est accident\u00e9e et me crible de ponctuation. Je n&rsquo;existe plus tellement, je subis trop pour \u00e7a. Elle avait dans la voix le granul\u00e9 du deuil, l&rsquo;\u00e9cho fragile des v\u00eapres aux hosties orphelines, l&rsquo;aigu bl\u00eame propre aux somnambules. Elle m&rsquo;a offert le g\u00eete, j&rsquo;ai n\u00e9goci\u00e9 le viager.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous \u00e9tions en tailleur assises dans son cerveau quand elle m&rsquo;a montr\u00e9 les dossiers. De lourds volumes reli\u00e9s en vieux cuir d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie renfermaient du malheur toutes les d\u00e9clinaisons. Elle m&rsquo;a dit plaies en h\u00e9ritage, les sutures sont insuffisantes, ta mission sera de restaurer. Mon int\u00e9rieur et mon histoire, toi seule devra tout r\u00e9parer, je te laisse l&rsquo;habitacle \u00e0 cette seule condition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me suis engag\u00e9e \u00e0 ravauder chaque jour son pass\u00e9 d&rsquo;ecchymoses, venger sa vie par ma fiction, r\u00e9tablir, ch\u00e2tier, purifier, avec pour seuls outils ma langue et l&rsquo;\u00e9criture. J&rsquo;en ai fait la promesse, je ne peux que l&rsquo;honorer. Faillir n&rsquo;est pas envisageable, je risque l&rsquo;expulsion, lui devenir inutile m&rsquo;expose \u00e0 son retour, j&rsquo;ignore quelles mutations ont pu la v\u00e9roler durant cette longue absence. La culpabilit\u00e9 m&rsquo;\u00e9gorge quand vient l&rsquo;\u00e9chec, mais c&rsquo;est de redouter sa r\u00e9apparition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je sais qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas morte, je ressens sa col\u00e8re, celle des fillettes bafou\u00e9es, un courroux aff\u00fbt\u00e9 r\u00e9mouleuses d\u00e9ceptions. Parfois c&rsquo;est une migraine, ses petits doigts furieux perforent mes tempes obstin\u00e9ment, les m\u00e9decins disent que ce n&rsquo;est rien, que je suis juste contrari\u00e9e, que je somatise, interpr\u00e8te, mais moi je sens son souffle, son souffle d&rsquo;enfant meurtrie affam\u00e9e d&rsquo;une justice dont je ne peux ma\u00eetriser toujours le balancier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Incin\u00e9rer l&rsquo;horreur et ses humiliations est une t\u00e2che si ardue, pr\u00e9gnante en sacerdoce. Y ph\u00e9nixer l&rsquo;espoir ne peut \u00eatre syst\u00e9matique, j&rsquo;ai pondu des coquilles et des \u0153ufs revanchards st\u00e9riles \u00e0 l&rsquo;\u00e9closion, \u00e0 tout \u00e2tre son tribut, le fardeau par brindilles l&rsquo;all\u00e9ger peu \u00e0 peu. L&rsquo;ancienne propri\u00e9taire, ce qu&rsquo;elle voudrait c&rsquo;est un feu que je saurais nourrir de cadavres placard\u00e9s et des mille et uns crimes qui balafr\u00e8rent son \u00e2me. Je pensais sinc\u00e8rement m&rsquo;en acquitter au mieux. Je me croyais machine \u00e0 rattraper son temps, son temps de son vivant perfor\u00e9 barbarie, je m&rsquo;estimais capable d&rsquo;\u00eatre joueuse et organiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;ai pas su d\u00e9chiffrer la juste hi\u00e9rarchie au sein de ses partitions. J&rsquo;ai orchestr\u00e9 une existence que j&rsquo;entendais r\u00e9enchenteresse, j&rsquo;ai pourfendu pour elle les hydres oedipiennes, torgnol\u00e9 les Jocaste, fait mentir les Cassandre. Je restais lauriers roses stupide et satisfaite, \u00e9nucl\u00e9e face aux chiendents consign\u00e9s pourtant m\u00e9moriels, incapable de saisir que l&rsquo;ivraie r\u00e9currente acculant au foss\u00e9 la petite fille d&rsquo;antan reposait dans un herbier feintant l&rsquo;inoffensif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne serai pas en Indochine. Ni quelques jours, ni quelques mots. Je ne serai pas poign\u00e9e de signes passementerie ossuaire \u00e0 g\u00e2teaux, allit\u00e9rations \u00e9rog\u00e8nes, la lacrymale du palanquin, je n&rsquo;en serai pas, pas au-dedans. Elle ne saura me pardonner.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Na\u00efve Sessions, mars 2007. Titre \u00e9puis\u00e9. Hiver 2005.\u00a0Nicola Sirkis, leader du groupe\u00a0Indochine, contacte Chlo\u00e9 Delaume afin de lui proposer d&rsquo;\u00e9crire les paroles d&rsquo;un ou deux morceaux de son\u00a0album en pr\u00e9paration, Alice et June. 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