#213

Dans ma maison sous terre sort aujourd'hui, avec sa BO en ligne (j'insiste pour la BO, on ne sait jamais). Comme il y a de l'autofiction dedans, les ennuis ne vont pas tarder. Alors je dois préciser un truc, un truc très important : je ne suis pas de psychanalyse. J'avais expliqué pourquoi dans un texte pour Le magazine littéraire l'an dernier. Dans le roman, les quelques passages où ma psychiatre intervient sont plutôt blaguesques et reconstruits, il n'y a aucune restitution de séance, je ne suis pas dans ce créneau. Si la psychanalyse est bien interrogée dans le livre, c'est via le personnage de Théophile, certainement pas en frontal. Voilà.

A part ça, je commence mon atelier de pièces sonores au Mac Val le 24 janvier. J'ai dix séances avec des ados jusqu'à fin février. L'idée c'est de leur faire découvrir la poésie sonore, en leur faisant écouter des créations anciennes et contemporaines, et de les aider à produire la leur. J'ai invité des intervenants extérieurs, aussi : Anne-James Chaton, Laurent Cauwet et Félix Jousserand.

J'ai pris beaucoup de retard sur mes lectures, pas eu le temps de me plonger dans D'ici là, la nouvelle revue numérique de Publie.net. Je culpabilise.

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#212

Demain, c'est la rentrée. Une vraie rentrée, avec des rendez vous, des livres et des revues à lire, des choses à écrire et à faire. Je panique un chouia. Demain, j'enregistre une autre émission, toujours sous la houlette de Michel Field, mais cette fois ci sur LCI. J'espère être un peu moins nulle que la dernière fois. Le contexte est moins compliqué à gérer, je crois.

J'ai commencé mon nouveau roman, j'ai trouvé le titre : Juste après Cassiopée. J'ai la trame, je n'ai pas encore affiné le personnage, mais ça avance. J'ai de quoi parer à toute angoisse dans les mois à venir. Pour l'instant je ne suis pas assez satisfaite du début pour le poster, mais ça ne devrait pas tarder.

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#211

Je n'arrive pas à répondre à mes mails, énormément de retard. Je n'arrive pas à communiquer. Je tente de régler des trucs administratifs en parallèle, je bloque. De toute façon, ces derniers jours je bloque. Je travaille peu, sous prétexte que j'ai besoin de repos, mais ça ne va pas, je sens bien que quelque chose me manque, je tourne en rond.

J'ai besoin de commencer un nouveau chantier, pas seulement de solutionner les commandes. Il me faut quelque chose qui me tienne, un manuscrit. Il y a l'essai, bien sûr, mais l'essai se fera par cessions fragmentaires, apnée finale. J'ai besoin d'écrire de la fiction, là, tout de suite, sinon je sens que je vais chuter. Je n'ai pas d'idée pour l'instant, mais je viens de prendre une décision. Je dois un livre à Verticales, je ne peux pas trop traîner, il va falloir que je m'y mette. Par ailleurs, j'ai envie de refaire quelque chose pour Anne Steffens, la comédienne d'Eden matin midi et soir. Je vais combiner les deux. Un court roman qui prendra la forme d'un monologue, et qu'elle pourra jouer. Un texte à la première personne, un je qui ne sera pas moi. Je vais devoir trouver l'histoire, mais surtout lui trouver sa voix, une voix qui ne sera pas la mienne et devra être adaptée à sa psychologie. Je pense que ça va engendrer quelques jolis moments avec Anne, comme quand on cherchait à cerner Adèle, le personnage de la pièce. J'aime faire du sur mesure avec elle, comme j'aime m'adapter quand je fais la parolière.

Savoir que je suis à l'orée d'un début de manuscrit me sécurise grandement. Perspectives plus vivantes, quand je n'écris pas je ne me sens pas vivante, et encore moins debout. Je n'ai plus cette sensation de vide intérieur depuis que j'ai créé le doc word qui hébergera ce texte. Je n'ai pas envie de penser ce texte pour le théâtre à proprement parler. Juste pour qu'il soit lu, et plus tard dit par Anne. Faire quelque chose d'oral mais de très littéraire. Un travail sur les ruptures, aussi, parce que je me suis attelée à la fluidité avec Dans ma maison sous terre et que j'ai envie d'autre chose, maintenant.

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#210

Je ne comprends pas très bien ce qui s'est passé, si ce n'est que le livre a été résumé sans être lu. Toujours est-il qu'un synopsis totalement érroné circule ici et ici. Ca ne m'arrange pas du tout. La trame autofictive est assez compliquée et un chouia sordide pour ne pas y ajouter ce gros n'importe quoi. Ce dont la grand-mère est accusée, outre son absence permanente d'empathie, c'est d'avoir attendu 2004 pour me livrer, via ma cousine, un secret de famille qui me concerne. Certainement pas d'avoir organisé l'assassinat de ma mère par mon père, je vois mal comment elle s'y serait pris, ni ce qu'elle avait à y gagner. Je trouve ça hallucinant, que ce résumé se promène, je ne saisis vraiment pas comment il a pu être réalisé. Le livre, même pris en ultra diagonale, y a rien dedans qui mette sur cette piste. Ce que je redoute maintenant, c'est un court papier je ne sais où qui reprendrait cette fausse trame, me ferait écrire ce que je n'ai pas écrit. C'est vraiment très désagréable, pour ne pas dire assez perturbant.

Hier, journée de repos. Ai fini ma pièce techno pour le défilé des Dévastée grâce à mon nouveau jouet, pendant qu'Igor essayait le sien. Préférence pour Mirror's edge pour lui, Eternal Sonata pour moi, même si les cinématiques sont trop longues.

Vu Tarnation de Jonathan Caouette, aussi. Une autofiction sublissime, violente, un film comme j'en ai rarement vu. Je crois qu'il va falloir que j'en parle dans mon essai sur l'autofiction, même si c'est axé sur la littérature. Cet essai, il faut que je m'y mette. Pour l'instant je brasse de l'air, je lis, je réfléchis un peu, je n'arrive pas à m'y astreindre. De toute façon j'ai du mal à écrire en ce moment. La nouvelle de SF pour le magazine Spray, ça m'a pris un temps fou, les phrases ne viennent pas facilement, c'est pour ça que fais du son, principalement, ces derniers temps. Il va falloir que je me secoue.

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#209

C'est la première année que ça fait mal nulle part. La petite fille est morte et maintenant enterrée. Il a fallu du temps, c'est très long vingt-cinq ans de souffrance à points fixes. Certains deuils sont si longs qu'on les redoute infinis. Épargnée par l'oubli, je croyais que c'était ça, ma vraie malédiction. Que le crêpe sur le sapin, les sanglots intérieurs, ça serait pour toujours.

J'ai dépassé son âge, un an de plus que ma mère ne pourra jamais avoir. Je sais que ça a joué, un premier détachement, s'est éloignée doucement l'odeur de la pourriture. Il y a eu le roman aussi. Il a mis des sutures définitives partout. N'empêche que j'en reviens pas, un Noël qui ne soit pas énième équarrissage, cœur intact et œil sec, ça relève de l'inédit.

Je ne travaille pas le texte, en ce moment. Le texte, je veux dire l'écriture. Je m'obstine à finir ma pièce de douze minutes pour le défilé des Dévastée. La fashion week est début mars, pourtant c'est ma priorité. Parce qu'une fois terminée je vais me mettre à Cubase, j'en ai trop marre d'ACID. Et puis parce qu'en février je commence mon atelier de pièces sonores au Mac Val, j'aurais beaucoup moins le temps de bidouiller pour moi. Alors, du coup, je fais de la techno, avec des bouts de Twin Peaks dedans, en utilisant le micron qu'Igor vient de m'offrir. Il me reste une minute en fait, la dernière, celle qui doit monter jusqu'à une forme d'explosion. C'est très clair dans ma tête, limite si je l'entends, je visualise bien les pistes dans le logiciel, mais je n'arrive pas à l'effectuer. C'est bien plus compliqué que de finir un chapitre, c'est ça qui m'intéresse, d'ailleurs.

Je dois rendre un article au Seuil d'ici une semaine pour un dictionnaire des personnages. J'ai hérité de Rémi made in Sans famille, je crains que ce ne soit pas une partie de plaisir, j'avais oublié combien c'est long et chiant, Hector Malot. Je vais quand même faire le truc sérieusement, parce que c'est une entrée dans un outil utile, qui se définit comme populaire. Ca peut servir à plein de gens, enfin dans le cas de Rémi je ne vois pas trop qui là tout de suite, mais je me dis qu'on ne sait jamais. Un collégien pour un devoir, peut-être. Un adulte qui voudrais se rafraîchir la mémoire. J'ai la chanson du dessin animé dans la tête dès que je pense à ce texte, c'en est insupportable.

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#208

Ai fini les SP ce jour; suis allée enregistrer Field, aussi. Je crois bien que j'ai été nulle, enfin même pas nulle non, juste très mauvaise. La promo j'ai comme l'impression que c'est toujours pas mon truc, que je n'arrive pas à maîtriser. Je suis à côté, presque à chaque fois. Pourtant là, j'avais presque envie de communiquer. Heureusement qu'une lycéenne a parlé du bouquin, elle l'a beaucoup mieux servi que moi.

Ai rencontré Jean Teulé, invité aussi, hasard amusant, vu que c'est en lisant une de ses nouvelles graphiques que Théophile est né. Théophile c'est un des personnages de Dans ma maison sous terre. Le principal après moi, puisque c'est un livre à trame autofictive, sur laquelle se greffe une sorte de requiem, de choeur des morts.

Ai fait la fiche du livre, on peut écouter et télécharger dès maintenant la bande originale de Dans ma maison sous terre smiley de putain c'est fait j'y crois pas. Le roman sort le 8 janvier. Du coup, là, pour de bon, je peux prendre un peu de vacances.

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#207

A ce stade c'est plus de la fatigue, c'est de l'épuisement. J'ai été opérée de mon fameux kyste à l'oeil, celui qui revient depuis mon expérience télévisuelle, même si l'ophtalmo me soutient que c'est viral. J'ai le côté gauche ravagé, on dirait que je me suis pris une rouste maritale.

Les derniers jours ont été consacrés au mixage et au mastering de la BO de Dans ma maison sous terre, j'ai cru que j'allais devenir folle. On finissait entre 6 et 7h du mat, complètement explosés. Mais vu le résultat, ça vallait le coup. La musique sera mise en ligne le 8 janvier, jour de la sortie du livre. Il y a vingt tracks en tout, pièces sonores, chansons et inserts. C'est Aurélie Sfez qui les a composés, à l'exception de deux morceaux que j'ai fait moi même.

Demain, je vais au Seuil faire le service de presse. Je vois trouble de l'oeil gauche, ça va être un bonheur smiley de j'ai très envie de faire une dépression nerveuse mais c'est pas le moment.

Vendredi j'enregistre une intervention dans l'émission au Field de la nuit, la promo commence. J'espère avoir récupéré un peu d'ici là, sinon je vais juste raconter n'importe quoi. Mis à part les SP et ça, je me mets en total off durant quelques jours, ici et ailleurs. C'est une question de survie, je suis tellement crevée que je n'arrive même pas à suivre un téléfilm. En fait j'ai même pas essayé. Je tente de faire des colliers, enfiler des perles c'est ce qui me détend le plus en temps normal, mais comme je ne vois rien ce n'est pas très pratique, et en plus je m'endors.

A part ça j'ai réalisé que le 2 janvier était une date de merde, il n'y aura personne chez Mycroft pour ma soirée 80's, et en plus j'ai toujours pas sélectionné les passages précis des livres. Bref, c'est grommelle grommelle story en ce moment.

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#206

Ai encontré plein de gens aux 40 ans THTH, dont Cheval Blanc. Découvert le Cercle Pan!, y ferai une lecture musicale avec Aurélie Sfez le 14 janvier, dans le cadre de ce qu'ils ont appelé L'hiver des poètes. Dès que j'en saurai plus sur la liste des intervenants, je remplie la rubrique Actualités.

Vu l'expo de Laurent Tixador et Abraham Poincheval, un boulot fabuleux. Je dois écrire une fiction pour leur prochain catalogue, j'ai déjà pas mal d'idées. Ecrire autour de travaux d'art contemporain est toujours stimulant. Ai eu droit de fait à une visite guidée par Laurent Tixador, avec explication et récit pour chaque pièce. Leurs expéditions sont vraiment hallucinantes, j'ai hâte de finir ma nouvelle pour m'y mettre. Je voudrais faire un texte ludique et joli, axer sur le poétique de l'accidentel.

Départ dans quelques heures pour les Transmusicales de Rennes, afin de voir ce soir Zone Libre et demain à minuit The Pénélopes. Ca va être une tuerie.

Dimanche, mixage de la musique de Dans ma maison sous terre, préparation du master pour la semaine prochaine. D'ici quelques semaines, la BO sera en ligne.

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#205

Pas trop eu le temps de passer ici, beaucoup d'activités IRL. Ca va faire huit semaines que, après 20 ans de consommation quotidienne, du coup il faut bien s'occuper. Je me lève le matin, je prends des rendez-vous, je fais de la techno, mais j'écris pas des masses. Il va falloir que je m'y mette un peu sérieusement, d'ailleurs. J'ai une nouvelle à rendre pour le magazine Spray la semaine prochaine, sujet imposé sur la réalité augmentée et les hologrammes. J'en ai fait un tiers, et je ne suis pas satisfaite du tout. Je ne pense pas que ce soit lié à l'arrêt, c'est plutôt qu'il y a une histoire à développer jusqu'à la chute, aucune endophasie, pas de lyrisme, en plus le texte est au présent. C'est assez dur à faire, du coup.

La soirée chez Mycroft s'est bien passée : 32 participants, autant de livres qui ont circulés. Le 2 janvier autre concept, basé sur les 80's. Dress code à la Jeunes Gens Mödernes pour les convives, histoire de s'amuser un peu. Lectures de textes de cette époque : j'ai sélectionné La pute de la côte normande de Duras (86) et Le Livre de Pierre Guyotat (84); je pense à La Place d'Annie Ernaux (83) et à Enfance de Nathalie Sarraute (83 aussi). Je cherche de la poésie, si vous avez des idées, mailez-moi. Après les lectures, diffusion de musique expé datant des 80's. Je pense que ce sera bien.

Lu Agonie-sous bois de Yves Buraud (Al dante, 17 euros). Suis restée scotchée par le dispositif. Pas un truc de petit malin, quelque chose d'intelligent, de politique, qui génère de la fiction. Ca change vraiment des conneries habituelles sur le sujet des banlieues. J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre.

Lu aussi un petit livre de Claire Fercak, The Smashing Pumpkins, Tarantula Box Set (Le mot et le reste, 7 euros). L'idée est très jolie : enfermée dans un coffret du groupe, l'héroïne devient une chanson. C'est très poétique, truffé de références, mais ça peut se lire même quand on y connait rien (mais c'est plus intéressant de chercher les mp3 assortis via le net). L'auteur revient sur ses sensations et souvenirs, si vous connaissez des fans des Smashing Pumpkins, faut leur offrir fissa.

Le morceau de techno sur lequel je travaille servira de musique pour le prochain défilé des Dévastée. J'ai jusqu'en mars pour le finir, mais j'ai envie de le terminer bientôt. Il fera 12 minutes, incorporera des extraits de Twin Peaks, sera assez violent. Enfin, j'aimerais bien qu'il soit violent, rythme martial, gros kicks un peu indus. C'est assez dur à faire, par rapport à ma parodie de son de free party 90's (Koozilbar). Je le mettrai en ligne dès qu'il sera achevé.

Aujourd'hui je rencontre mon attachée de presse, au Seuil. La sortie du livre se rapproche (début janvier). On reçoit les exemplaires dans quinze jours, journée SP en perspective. Je n'ai pas encore trouvé la phrase à décliner pour la dédicace, vous savez, ce truc qui orne toutes les nouveautés chez Gibert. Je verrai bien, mais ça m'angoisse. De toute façon, les SP, c'est angoissant. Les épreuves circulent déjà, j'ai même eu quelques retours positifs mais je flippe légèrement ma race. Faut dire que Dans ma maison sous terre, c'est le livre que j'ai le plus bossé. D'habitude, je me fous complètement des retours, mais là moins. Je vieillis.

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#204

Je mets en ligne aujourd"hui cette pétition, lancé par Eric Hazan. J'espère que le relais sera efficace.

"Une opération récente, largement médiatisée, a permis d'arrêter et d'inculper neuf personnes, en mettant en œuvre la législation antiterroriste. Cette opération a déjà changé de nature : une fois établie l'inconsistance de l'accusation de sabotage des caténaires, l'affaire a pris un tour clairement politique. Pour le procureur de la République, « le but de leur entreprise est bien d'atteindre les institutions de l'État, et de parvenir par la violence - je dis bien par la violence et non pas par la contestation qui est permise - à troubler l'ordre politique, économique et social ».

La cible de cette opération est bien plus large que le groupe des personnes inculpées, contre lesquelles il n'existe aucune preuve matérielle, ni même rien de précis qui puisse leur être reproché.

L'inculpation pour « association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste » est plus que vague : qu'est-ce au juste qu'une association, et comment faut-il entendre ce « en vue de » sinon comme une criminalisation de l'intention ? Quant au qualificatif de terroriste, la définition en vigueur est si large qu'il peut s'appliquer à pratiquement n'importe quoi - et que posséder tel ou tel texte, aller à telle ou telle manifestation suffit à tomber sous le coup de cette législation d'exception.

Les personnes inculpées n'ont pas été choisies au hasard, mais parce qu'elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des manifestations - dernièrement, celle de Vichy, où s'est tenu le peu honorable sommet européen sur l'immigration. Ils réfléchissent, ils lisent des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain. On a parlé de clandestinité : ils ont ouvert une épicerie, tout le monde les connaît dans la région, où un comité de soutien s'est organisé dès leur arrestation. Ce qu'ils cherchaient, ce n'est ni l'anonymat, ni le refuge, mais bien le contraire : une autre relation que celle, anonyme, de la métropole. Finalement, l'absence de preuve elle-même devient une preuve : le refus des inculpés de ses dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste.

En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu'à quel point allons-nous accepter que l'antiterrorisme permette n'importe quand d'inculper n'importe qui ? Où se situe la limite de la liberté d'expression ? Les lois d'exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont elles compatibles à long terme avec la démocratie ?

Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocier le virage vers un ordre nouveau ? La réponse à ces questions, c'est à nous de la donner, et d'abord en demandant l'arrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pour l'exemple.


***

Que celles et ceux qui souhaitent signer la pétition envoient un email à lafabrique@lafabrique.fr avec leurs noms, prénoms et éventuellement lieu de résidence."

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#203

Je n'ai pas posté durant plusieurs jours, pour que l'info concernant la tombola de ce soir reste en ligne, que les gens pensent à venir. Je ne sais pas si c'était utile, je saurai ça à 19h.

Beaucoup de lecture ces derniers temps, peu d'écriture. Beaucoup de rendez-vous aussi. Il y aura dans les posts à venir de nombreux livres de chez Al Dante, la dernière cuvée est excellente. Je suis heureuse que cette maison d'édition reprenne ses activités avec autant de vigueur, après une période de troubles. Al Dante est la structure qui publie la meilleure poésie contemporaine, tout en se souciant de l'historique. Noël approchant, les ouvrages étant assez peu onéreux chez eux, l'idée de faire des petits assortiments pourrait vous titiller. Pour ma part, je fais ça régulièrement, c'est un bon moyen de faire circuler les textes. En plus les objets sont toujours très soignés, chez eux.

En attendant le sapin, un petit livre à 9 euros, disponible en librairie depuis quelques semaines. Army, de Jean-Michel Espitallier. Une chronique très complète a été faite sur Libr-critique, je vous y renvoie (c'est la seconde de la page). C'est tout simplement génial, comme toujours avec Espitallier, qui est un des poètes les plus important de notre époque (avec d'autres dont je parlerai sous peu, semaine Al Dante en prévision).

Voici le début du livre :

"Le monde défile derrière une mire et dans les graduations de ma lunette de tir.

Le temps ici tourne différemment. Ennui mortel ou accélération des battements de cœur à deux cents pulsations minute. On passe d'un état à l'autre en une fraction de seconde, et de vie à trépas en beaucoup moins que ça. Tout va toujours très vite. Tout est toujours trop lent. Depuis mon arrivée dans ce pays, je ne reconnais plus ma vie.

Nous circulons à pied ou à bord d'engins semi-blindés. Patrouilles, surveillances, missions de sécurisation ou de reconnaissance, escortes, perquisitions, renseignement. Le danger est omniprésent. Palmeraies pièges, bas-côtés truffés d'engins explosifs improvisés, routes peu sûres, immeubles inachevés ou en ruines depuis lesquels les snipers, toujours plus nombreux, nous prennent pour cible, terroristes mobiles dans les dédales des faubourgs et des villages, marchés où flânent de potentiels kamikazes, densité du trafic obligeant à neutraliser les véhicules qui s'approchent trop près des convois.

Nous sommes engagés dans une vaste opération de contre-insurrection. Le commandement appelle ça "gestion des conséquences".

Les accrochages sont moins nombreux que je n'avais imaginé. Mais le danger surgit presque toujours au moment où nous nous y attendons le moins. Nous devons constamment nous sentir en situation de combat, sur nos gardes, et anticiper toute attaque surprise. La menace est partout palpable. Nous pouvons nous tenir embusqués pendant des heures sur une terrasse ou un toit d'immeuble à surveiller un lieu suspect, et plier bagages pratiquement sans avoir tiré un seul coup de feu. Nous sommes en liaison constante avec le QG mais aussi l'hélicoptère de mission et les drones qui balayent la zone avec leurs caméras ultra-puissantes et diffusent, sur de petits moniteurs, des images analysées en temps réel. Au moindre mouvement, nous tirons. Il y en a toujours un, parmi nous, pour lâcher, de temps en temps, une petite rafale, au jugé, sur les maisons qui se trouvent dans nos lignes de tirs. Tout véhicule circulant dans le périmètre est immédiatement neutralisé."

Plus loin :

"L'ennemi est une crampe. L'horreur brutale, panique, où le dégoût de vivre s'entrelace confusément à la peur de mourir. On ne peut vraiment éprouver ça qu'ici. Une peur constante, lancinante, qui paralyse tout le corps, comme un hurlement ininterrompu dans la tête. Une crampe. Lancinante, qui fait jouir et qui fait peur. On vit plus vite. L'instinct de ruse et le plaisir du jeu. A balles réelles. L'horreur qui paralyse et qui fait peur. Comme une crampe. Brutale, panique, où le dégoût de vivre s'entrelace à la peur de mourir. On ne peut vraiment éprouver ça qu'ici. Le dégoût de vivre et le plaisir du jeu. On vit plus vite. La peur qui paralyse et qui fait peur. Comme une crampe. A balles réelles. On ne peut vraiment éprouver ça qu'ici. Un hurlement ininterrompu dans la tête. Comme une crampe. On vit plus vite. L'instinct de ruse et la peur de mourir. Comme une crampe. Qui fait jouir et qui fait peur. Quand on a goûté à cet excitant-là, on ne s'en passe plus."

Plus loin, encore :

"Mon fusil est humain, tout comme moi, puisqu'il est ma vie même. Voilà pourquoi je veut apprendre à le connaître comme un frère. Je connaîtrai ses faiblesses, sa puissance, ses pièces, ses accessoires, son système de visée, son canon. Je le garderai toujours en parfait été, prêt à servir, comme moi-même je suis toujours en parfait état, prêt à servir. Lui et moi ne ferons plus qu'un."

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#202

Vendredi prochain, le 21 novembre, j'organise à la galerie Mycroft une tombola d'un genre un peu spécial. Chaque personne doit venir avec un livre, mais pas n'importe lequel. Un livre qu'il a envie de faire découvrir, son livre fétiche, celui qui lui a appris ce que voulait concrètement dire le mot littérature, qui a eu une incidence dans sa vie, le livre qui lui semble nécessaire d'être transmis, celui qui prend une majuscule.

Le principe donc est simple. Vous venez avec ce livre, à partir de 19h, et vous me le donnez. En échange, vous recevrez un ticket. Un peu plus tard, pendant que vous prendrez un verre en discutant inéluctablement de littérature, j'appelerai votre numéro et vous remettrai un ouvrage confié par un autre. Tout le monde repartira donc avec un texte qui a, aux yeux d'un des participants, une valeur fondamentale.

Ce serait bien qu'il y ait du monde, pour que je puisse faire tourner un maximum d'oeuvres. Si tout se déroule comme prévu, les échanges promettent d'être intéressants. Chaque livre redistribué devrait être l'objet de questionnements dans la salle et sur le trottoir (le trottoir est depuis toujours une annexe de la galerie). Qui l'a donné, pourquoi, qu'est-ce que ça dit, de quoi ça parle, quelle expérience de lecture y est liée. Une façon ludique, et finalement assez conviviale de faire circuler les livres smiley de ceux qui ne jouent pas le jeu n'auront pas à boire.

Dans la galerie seront parallèlement exposés pour la première fois des dessins de Cyril Menauge. Je compte, lors des Je fais c'que je veux chez Mycroft, coupler à chaque fois une petite activité autour de la littérature et un accrochage, ou la diffusion de musique. L'an dernier, c'était des lectures assez traditionnelles dans leur format, j'ai envie de trouver une formule différente.

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#201

Aurélie est allée faire un reportage près d'une station de ski catalane. Elle en est revenue avec cette image. J'ai rarement vu un slogan aussi peu adapté, et une pub aussi anxiogène. On se demande si c'est un artiste contemporain qui a pété les plombs, un membre d'une association pro-vie, ou juste le plus mauvais publicitaire du monde qui en est à l'origine. Si vous avez des renseignements, on est preneuses. Toujours est-il qu'avec un truc pareil, la station devrait être désertée, et pas que par les femmes enceintes.

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#200

"Un plaidoyer. C'est ça qu'il faut. Un discours prononcé à l'audience pour défendre le droit d'une partie. C'est vieilli, prévient le Petit Robert. Ca m'est égal, je lui réponds. La seule chose qui me gêne, c'est l'audience, je n'en ai généralement que très peu. Il va falloir faire un effort, prendre la parole dans le Château. Est-ce qu'ils m'écouteront pour autant, je ne suis même pas sûre qu'ils m'entendent, dans les douves il est rare que soit bonne l'acoustique. Le Petit Robert trépigne, aussi je le laisse poursuivre. Défense passionnée (d'une ou plusieurs personnes, d'une idée) dans une grave affaire publique. Est-ce qu'il y a affaire, est-ce qu'elle est vraiment grave, et est-ce qu'elle est publique. Soudain, je me demande. C'est peut-être abusif d'employer plaidoyer, il faudrait autre chose, quelque chose qui pourrait paraître moins outrancier, après tout il ne s'agit que de l'autofiction. En écrivant « que de » mes organes se révoltent. Alors je n'hésite plus, et je valide mon titre. Le Petit Robert sourit, et puis il me chuchote : le mot suivant est plaie.

Je ne crois pas au hasard, le Petit Robert le sait. L'autofiction une plaie pour tous ses détracteurs. Un fléau irradié nombrilisme purulent, tourment hexagonal, une lésion littéraire. Ouverture dans les chairs, dans les tissus, due à une cause externe (traumatisme, intervention chirurgicale) et présentant une solution de continuité des téguments, parfois une perte de substance. Or c'est de cette substance que se nourrit l'écriture dite autofictionnelle. Là-dessus, personne ne ment. Tout du moins il me semble. Je ne suis plus sûre de rien depuis qu'il est question que j'écrive cet essai."

Potentielle introduction à Plaidoyer pour l'autofiction.

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#199

Le Goncourt, d'habitude, je m'en fous. Je ne suis même pas l'évolution de la liste, et je crois bien qu'à part en 2000, où c'est le sublime Ingrid Caven de Jean-Jacques Schuhl qui l'a eu, j'ai même pas cherché à lire les élus, ou alors ça m'est tombé des mains assez rapidement.

Mais aujourd'hui, y a évènement. Les Editions POL viennent de le décrocher. Le bouquin, je ne l'ai pas encore lu, mais si ça vient de POL ça ne peut pas être complètement naze, c'est impossible. Ce qui me réjouit dans cette histoire, c'est ce que ça va changer pour cette maison d'édition. Comme toutes celles appartenant au groupe Gallimard, leur nombre de sorties par an est limité. POL c'est tombé à 24 livres, ce qui est totalement scandaleux, compte tenu du boulot effectué, de la qualité des objets proposés. Après un Goncourt, les actionnaires vont un peu les laisser bosser tranquilles. Enfin j'espère.

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