#228
Week-end de repos, endeuillé par la fermeture d'Inventaire-Invention. J'ai appris ça par le blog de Marc Pautrel. Il y a quelques années, j'avais rencontré Patrick Cahuzac, il m'avait proposé de lui donner un texte. Je n'ai pas eu le temps, mais j'y pensais de temps en temps, une forme courte, quelque chose de très expérimental, presque poétique, j'avais envie de ça, je me disais un jour je lui donnerai quelque chose de spécial. Je n'en aurais jamais l'occasion, ça m'attriste. Autant que ça m'attriste de voir cette maison fermer. Un creuset, cette maison, cette revue, aussi. Des forces vives. Je regarde leurs livres que j'ai chez moi, Patrick Bouvet, Philippe Adam, Pierre Alféri, François Bon, Jean-Michel Espitallier, Arno Calleja, Jérôme Game. Désormais des collectors, mauvais sourire. Je pense à une bloggeuse qui affirme que je dénonce juste la production contemporaine merdique sans jamais citer d'auteurs qui à mon sens valent le coup. Un regard à leur catalogue, elle aura une partie de la liste. Thierry Guichard me demandait l'autre jour pourquoi je ne montais pas ma propre maison, je crois qu'il ne se rendait pas compte de mon rapport à l'administratif, de l'énergie que je n'ai pas, aussi. Là, c'est encore une preuve que l'édition indépendante ne peut pratiquement plus survivre, parce qu'à moins de tourner sur un fond propre ou du mécénat, la maison est à la merci de la politique menée au CNL et au Conseil Général dont elle dépend. Et dire qu'ils n'étaient même pas déficitaires...
Aujourd'hui, journée passée à élaborer un projet dont dépendra mon année 2010. Je m'applique. A partir de demain les rendez-vous s'enchaînent, je vais devoir mettre mon essai de côté, j'y ai d'ailleurs pas retouché depuis des jours. Heureusement, la date de rendu est en fait en octobre, je ne suis plus paniquée.
Ai terminé aussi la relecture d'Eden matin midi et soir, qui sort en mars aux Editions Joca Seria. Le texte de la pièce sera donc disponible en même temps que ses représentations à la Ménagerie de Verre. Le BAT (bon à tirer, la maquette phase finale) part demain chez l'imprimeur. Je suis super contente, l'objet va être très joli. Les illustrations et la couverture sont de François Alary, c'est à lui que je dois tous les dessins de mon site. C'est un texte dur mais drôle, sur le suicide. Les Martin, qui dirigent la maison d'édition, ont fait exprès de mettre l'achevé d'imprimé au 10 mars, pour que ça soit mon cadeau d'anniversaire. Je vais donc avoir deux cadeaux d'anniversaire très spéciaux cette année : La République des Meteors, le prochain album d'Indochine, sort la veille. Non seulement il y a Les aubes sont mortes dessus, le texte que j'ai écrit pour Nicola, mais en plus Peggy M, la graphiste du groupe, a utilisé une photo de moi parmi les très nombreuses qui ont servies au grand montage que constitue la pochette de l'album. Je suis sous Boris, en haut à droite. Bon ok, vous vous en foutez, mais moi ça fait vingt-six ans que j'écoute ce groupe, alors c'est normal que je sois hystérisée par la situation. En plus ici, c'est quand même chez moi, donc je parle d'Indochine si je veux. Non mais.
Lu ce jour le fragmentaire Cambouis d'Antoine Emaz, très beau livre sorti en janvier dans la collection Déplacements, au Seuil.
"Le silence provoque une sorte d'implosion du mot; il n'est plus saisi qu'à peu près dans la suite, il pèse surtout en soi et résonne de tous ses possibles de sens, de mémoire. En prose, c'est l'inverse, le mot est d'abord saisi dans le continu, un lié; il participe au flux et, de ce fait, sa bande passante est réduite à son sens dans la phrase. Même les procédés de mise en relief, en prose, ne créent pas un arrêt équivalent à ce que peut donner le mot isolé, en vers. En simplifiant, on pourrait peut-être dire qu'en vers il y a une saisie verticale du mot, alors qu'elle est horizontale en prose."
(...)
"Disons que le poème est une forme qui enferme du vivant.
Disons que le vivant ne peut s'enfermer dans une forme.
Disons que le poème est une forme morte du vivant.
Disons que la poésie est peut-être ce qui circule à travers un tas de peaux mortes, de mues multiples, de momies parcheminées, depuis des siècles.
Disons que la poésie n'avance pas; elle indique dès le début et sans fin un point crucial de l'être vivant où la réalité serait réconciliée avec la parole.
Disons que la poésie est un ratage nécessaire parce que pression insistante là où ça fait mal : nous ne pouvons faire un monde de mots, et nous ne pouvons, muets, faire un monde. (...)"

#227
Première journée off depuis bien longtemps. Ai fini les ateliers du Mac Val hier soir. Je suis claquée. Les ados ça demande une attention permanente, je ne sais pas comment les profs qui en ont trente font pour tenir. Mais c'est quand même vraiment trop mignon. Entendu hier : "Je peux pas aller au concert de Justice parce que j'ai fait manger de la terre aux 6ème".
J'ai beaucoup de travail en retard, pour TINA 3, pour l'essai, aussi. Je dois préparer le Mycroft de vendredi prochain, sélectionner des textes des années 80 pour les donner à Anne Steffens et Garance Clavel, qui les liront. Duras, Guyotat, Sarraute. Peut-être un expé pas connu si j'en trouve un ce week-end. Axel des Pénélopes et Skinlike passeront des morceaux pointus de cette époque, ça va être aussi l'occasion de revoir tout le monde, ça promet d'être amusant
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#226
Jacques Brou est un auteur on ne peut plus singulier, qui travaille sur les flux et reflux de la pensée. C'est leur restitution qui compose ses livres. Si vous n'avez jamais lu Jacques Brou, vous manquez quelque chose. Quelque chose comme une expérience de lecture infiniment particulière.
Son dernier opus, La machine à être, 773 paperolles trouvées dans la poche d'un homme, vient de sortir aux Editions è®e. A partir de ces 773 fragments, comme autant de réflexions, remarques et ressentis, c'est un homme qui se dessine, de l'intérieur.
"... j'avais entrepris de me nettoyer l'imaginaire afin qu'il ne restât nada ou que l'âme (c'est la même pour tous)... 315". "
"...vivre fendu, mourir dans les formes; l'obscur ouvert, grandir parmi le pire; gronder; s'écouler indolore dans l'autre monde en hémorragies somnifères; s'écrouler au bord à tort; renoncer jusqu'à s'aplanir; amincir sa vie inframince; éviter de brûler; épaissir son corps anéanti... 347."
"... j'écrivais des livres assez courts dans lesquels il ne se passait rien; ce qu'ils avaient de meilleur, c'était précisément les trous qui les criblaient; c'est par là qu'ils respiraient, qu'ils aspiraient à eux mêmes... 466."
Les 21 premières pages sont accessibles sur le site de l'éditeur. Vous pourrez vous rendre compte de la façon dont la langue s'y déploie.
La machine à être est suivie d' Un projet abandonné sous le canapé, court texte extrêment compact, qui démontre que Jacques Brou sait ciseler toutes les formes, et que chez lui, on est toujours face à un individu qui fait acte de littérature.

#225
Le chantier essai avance doucement, je communique avec mes joueurs. Certains ne sont pas disponibles dans l'immédiat, ça ralentit un peu le processus, mais à terme ça va le faire. L'enjeu du Je n'est pas qu'esthétique, il est surtout politique, aujourd'hui. J'attends beaucoup de ma rencontre avec Bernard Stiegler en mars. Habituellement, je suis obligée de faire parler les morts en cuttant leurs citations, là j'ai la chance d'avoir un penseur vivant à portée, je veux en profiter.
J'ai par ailleurs trouvé une solution pour mon serpent de mer de ces derniers mois. Une commande pour le Dictionnaire des personnages dirigé par Stéfanie Delestré et Hagar Desanti, au Seuil. Je devais faire l'article sur Rémi d'Hector Malot. Je ne m'en sortait pas du tout, je ne sais pas si vous vous souvenez de Sans famille, mais c'est insupportable. J'ai tellement de lectures en retard pour TINA que me taper du dégoulinant, c'était vraiment, mais alors vraiment pas possible. En plus il y a un cahier des charges rigoureux, avec la date de naissance du personnage et tout, je ne pouvais pas répondre. J'ai téléphoné à Stéfanie pour lui expliquer que j'abandonnais. Elle m'a proposée une option de secours qui me plait bien, je vais traiter de Peter Pan. Peter Pan, y a plein de choses à dire, et en plus j'ai bossé dessus il y a longtemps, pour une revue.
Il me reste deux, ou peut-être trois séances au Mac Val. Nous sommes à la phase de montage des pièces sonores. Ce qui m'intéresse, c'est le cheminement de pensée de mes élèves, leur démarche, ce qu'ils ont retenu des interventions de Félix Jousserand et de Jérôme Game, pas le résultat. J'essaie de faire en sorte que ce dernier soit néanmoins le moins maladroit possible pour l'auditeur. Alors je les fais jouer sur le relief, les panoramiques, les doubles pistes. C'est long, très long, le montage. Fatigant, aussi. J'avoue que je préférais les nourrir que de les aider à accoucher. Là, je suis plus une technicienne, c'est moins excitant. Ils apprennent néanmoins des choses, se heurtent à des difficultés concrètes, comprennent que c'est très difficile de transférer sur mp3 ce qu'on a dans le crâne. J'y retourne demain. Les horaires sont tardifs, je finis vers 21h, je suis chez moi plus d'une heure après, complètement vidée. Mais ça vaut le coup.
La semaine prochaine je serai plus tranquille, je pourrai écrire quand je veux. La promo en soi est finie, il me reste des photos et une émission de radio aujourd'hui, après c'est les signatures en librairies et le temps des salons. C'était compliqué à gérer cette année. Plus d'exposition, donc la trouille permanente de dire des conneries, de ne pas utiliser le temps de parole pour dire, juste pour raconter. Je crois que ça a été. Je suis très contente du dossier dans Le Matricule des Anges, surtout. J'ai pu dire, expliquer. Et puis c'est le numéro 100, double entrée, un numéro important dans l'histoire du Matricule.
Sinon, trouvé ce texte sur le site de Troudair.
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#224
L'objectif, c'est une tentative d'essai sur l'autofiction. Essai : "Ouvrage littéraire en prose, de facture très libre, traitant d'un sujet qu'il n'épuise pas ou réunissant des articles divers" me précise le Petit Robert. Je traite d'un sujet qui concerne des vivants, des vivants et des morts, mais beaucoup de vivants parmi les praticiens, les critiques, les chercheurs. Je préfère tresser leur parole plutôt que d'aller me recueillir sur et à travers des articles divers. J'ai une idée pour la structure, la structure et la forme, mais j'ai besoin de joueurs. Alors, par mail, j'en recrute Certains acceptent, d'autres déclinent, je dois rebondir, m'en arranger.
Je ne sais pas si je suis sur la bonne piste, pour l'instant je la démultiplie, je me contente de ça, on verra bien après. Après, si personne ne veut jouer il faudra tirer des leçons de cet échec, lui trouver son sens, et écrire à partir de ça aussi. C'est la première fois que je me retrouve dans cette situation : l'avancée du manuscrit dépend quotidiennement des réponses faites à mes mails. Je suis dépendante de l'extérieur. Je ne suis pas certaine d'obtenir les matériaux nécessaires à l'élaboration de certains chapitres charnières. C'est excessivement compliqué, surtout nerveusement. D'autant que j'ai les ateliers du Mac Val en même temps. Disons donc pour conclure que je suis un peu tendue en ce moment.
A part ça, le numéro 2 de TINA est sorti.
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#223
La vérité c'est que je n'ai pas envie d'écrire un roman, mais un monologue, et que ce qui m'intéresse là dedans, c'est le statut du personnage de fiction. C'est pour ça que je n'y arrive pas. La vérité c'est que j'ai envie d'un chantier qui pense le son aussi, la musique. La vérité, c'est que les cadres, j'en ai ras le bol.
Les formes courtes ne trouvent pas d'espaces éditoriaux, je dois rendre un roman, on attend des romans, de manière générale. J'en ai parlé avec Jean-Charles Massera ce matin, encore. Je le constate avec les manuscrits que je reçois, trop courts pour faire un livre, trop longs pour une revue. Ca devient un problème le calibrage, les normes plus adaptées à la réalité.
Je vais me concentrer sur l'essai, je me concentre sur l'essai. Dedans, au moins, je peux faire ce que je veux. Alors pour l'instant je tente l'option du temps réel, d'un petit jeu sur la tuyauterie. J'ai pour matériaux des échanges, mais il n'ont pas encore eu lieu. Ils commencent. Il est possible que j'essuie des refus.
Ce qui est bien avec les recherches pour l'essai, qu'elles soient de fond ou de forme, c'est qu'elles m'aident à me structurer pour la promo. J'en ai besoin, parce que c'est difficile de parler de son travail, surtout que certains n'y comprennent vraiment rien.
Jérôme Game est venu lire et rencontrer mon groupe au Mac Val, il est très clair, pédagogue, et très impressionnant en lecture. Je crois que tout est passé, le rapport au langage, à la langue du pouvoir, aussi. Demain j'attaque les ateliers purement pratiques, mes ouvrez les guillemets élèves fermez les guillemets vont devoir créer seuls à leur tour. J'ai hâte.
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#222
Légère progression des chantiers. Quelques idées pour l'essai sur l'autofiction. La perte du sens de la définition du mot, ça m'interroge. Je suis tombée ces derniers mois sur des contresens aussi, le nom de l'auteur qui diffère de celui de l'héroïne, par exemple. C'est même pas de la biofiction dans ce cas là, ça ne se qualifie pas non plus d'autobiographie. Or ce qui n'est ni biofiction, ni autobiographie, n'est pas par défaut de l'autofiction. La part de la fiction et de la langue, faudrait pas l'oublier, ça fait partie des règles, il y en a quelques unes, juste le minimum, mais sans elles on ne pourrait pas jouer.
Une avancée sur le roman ce soir, ai un chapitre et demi. J'essaie de créer / cerner au mieux la psychologie du personnage principal pour trouver sa langue, c'est un Je, s'il se trouve nommé ce sera Mathilde. Qui est Cassiopée détermine beaucoup d'autres choses, la façon dont évolue l'intrigue et ses niveaux de lecture. C'est compliqué, je suis fatiguée, je verrai ça mardi soir, demain c'est réunion TINA et dîner assorti.

#221
J'ai trouvé une méthode de travail. Au lever je bosse sur l'essai, l'après midi je vais au Mac Val ou j'ai des rendez-vous, le soir je me consacre au roman. Ça avancera en parallèle, aucun parasitage possible. L'essai est sur l'autofiction, le roman est de la fiction pure. Au réveil je suis plus apte à réfléchir qu'en fin de journée, et la nuit l'apnée est courte mais possible, je peux tenir ce rythme, il est parfaitement adapté.
L'atelier au Mac Val est vraiment agréable et intéressant à faire, j'ai dix personnes, des ados et quelques adultes. A partir d'une œuvre de la collection, ils créent une pièce sonore chacun. Je les vois chaque samedi, mercredi et jeudi. Le samedi, tous peuvent être là. En semaine, ils sont moins. C'est comme une bulle étrange, il y a de la communication, il se passe des trucs, c'est très beau. Hier Félix Jousserand est venu, il a dit des textes devant notre petit groupe. Un des ados : "ça m'a fait comme un haut le cœur". C'était un texte très dur, urbain, sec, anémié. "Ça m'a fait comme un haut le cœur". Je suis contente de vivre ça, de voir des gens être touchés. J'essaie de leur transmettre des références historiques, quelques astuces perso de cuisine, et surtout le goût de la tambouille. Pour l'instant, ça a l'air de marcher. Bon, bien sûr j'en ai un qui refuse d'écrire, une résistance dingue, pas un mot non, pas la langue. Félix, qui est resté me donner un coup de main pendant la période pratique de l'atelier, a essayé de lui donner d'autres pistes, mais pas la voix, pas la voix même sans la langue. Non plus. J'essaie de comprendre pourquoi il bloque, si son refus signifie quelque chose, ou si c'est juste qu'il a la flemme. C'est très compliqué, les ados. L'exercice est compliqué, de toute façon. Il faut les aider à produire une œuvre , pas les orienter, ni les influencer. Les pièces qu'ils ont choisis dans la collection sont majoritairement très politiques, mais il ne le perçoivent pas toujours, ils en ont parfois l'instinct, néanmoins. J'essaie pour de leur montrer le maximum d'outils et de matériaux qu'ils ont à leur portée. Leur expliquer que chaque geste doit être motivé, mais qu'en même temps, bah oui des fois ça s'impose tout seul, ce qu'il faut faire. Le terrain, ça a ça de bien aussi : ça fait faire des mises au point sur sa propre pratique, rationaliser au maximum, aussi. Pour pouvoir transmettre au mieux.
Ai été aux mardi littéraires, ça s'est bien passé. Pascale Casanova m'a dit que je ne faisais pas vraiment de l'autofiction. L'avant veille, une écrivaine que je respecte infiniment m'a conseillé de trouver un autre mot pour qualifier mon travail. Mercredi, Christiane Terrisse, une lacanienne que j'aime beaucoup a finit son mail par une tournure quasi identique. En vérité, je vous le dis, c'est un complot smiley de je rigole mais encore un et je pète un plomb. Cet après midi je suis allée à l'enregistrement de La grande librairie en redoutant que François Busnel s'y mette à son tour. Mais en fait non. Et heureusement parce je ne savais plus très bien où j'habitais. Je suis peut-être entrée sur ce territoire par effraction, mais je tiens à lui, terriblement. Je vais discuter avec des spécialistes pour mettre au clair certains points. Sur l'autofiction, sur la biofiction. Bernard Stiegler pour le rapport individu / collectif, Je / Nous. Christiane Terrisse pour le fameux "Dès l'origine, le Moi est pris dans une ligne de fiction". Xavier Houssin, Philippe Gasparini, d'autres encore. Je vais mener l'enquête. Qu'est-ce que ça veut dire autofiction aujourd'hui? Pourquoi je m'acharne à définir mon geste comme autofictif? Je vais prendre des notes de conversation, faire des cuts de mails, ouvrir le chantier la plomberie mise à nu. J'ai un fil rouge, maintenant, tressé par petites séquences. Mon plan se développe plus sérieusement. Je voudrais que ce soit joli. Je doute de renouveler l'exercice un jour, alors j'ai pas envie de le bâcler.
J'avance aussi doucement sur Juste après Cassiopée. Je suis sur le premier chapitre, le profil et la psychologie des personnages sont à peine définis, il y a encore beaucoup de boulot préparatoire. Je cherche encore ma Mathilde, en fait, j'ai besoin de l'affiner. J'ai la trame et la forme, pas de plan, un flux, un monologue. Je posterai les premières pages quand elles seront définitives. J'espère sous peu.
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#220
Hier, journée off. C'est de ça dont j'avais besoin. J'ai vu Dorine_Muraille, nous avons discuté, en fin de soirée amorcé les paroles d'une nouvelle chanson, aussi. Il m'a fait écouter ses derniers travaux, c'est une tuerie.
Cet après midi j'ai écrit le premier chapitre du Moi de Mars, mon essai sur l'autofiction qui me paralysait comme pas permis. J'ai trouvé une solution, des chapitres courts, sur des thématiques liées au genre, sur des lectures, également. Une promenade dans mon crâne, en quelque sorte. Je viens de l'envoyer à Laurent de Sutter, mon éditeur sur cet objet. Je sens que le processus est enclenché, je suis contente, je vais pouvoir aborder plein de trucs qui me semblent essentiels. Le travail par chapitres va me permettre de travailler régulièrement, au fil des idées, en parallèle du reste.
Le reste est assez envahissant, pour écrire tranquillement s'entend. Je commence demain mon atelier au Mac Val, j'ai dix séances jusqu'à la mi-février. La promo continue, aussi. Je suis vraiment soulagée d'avoir trouvé ma piste pour l'essai, ça me pesait, m'inquiétait terriblement.
Je copie colle mon premier chapitre, qui se veut introductif, ça va de soi.
"Au commencement
Ceci sera une tentative. Une tentative d'explication. Qu'est-ce que pour moi l'autofiction, en quoi consiste cette pratique, que signifie-t-elle aujourd'hui. J'ai dit : pour moi. Là-dessus, j'insiste. Parce qu'il m'est impossible de généraliser. Je ne suis pas universitaire, je ne suis pas théoricienne, je ne suis qu'une écrivaine travaille sur son Je, le creuse et l'amplifie en fonction des chantiers.
Livres, textes et pièces sonores. Y décliner ce principe qui fait l'autofiction, tricoter la fiction et l'autobiographie. Le vécu comme matériau, injecter du Tout vu, et, parfois, inventer. J'aimerais un pourcentage, pour pouvoir quantifier. Ca dépend des objets, alors faire une moyenne. Ca rationaliserait peut-être ma démarche. C'est parfois important de rationaliser.
Si j'écris cet essai, c'est pour moi-même saisir les enjeux qui m'animent. Définir le territoire dans lequel j'évolue. Cela fait maintenant dix ans que j'ai fait de l'autofiction le terrain, le terreau, de mon Je décliné. Concentrée sur la langue, l'expérimentation, toute à l'apprentissage de méthodologies, je ne me suis accordée aucun temps réflexif quant au genre qui m'héberge, me structure, me nourrit. J'ai bien sûr décidé, et cela depuis le début, de m'inscrire dans cette veine. Mais mes motivations ne relevaient que de l'instinct. J'ignorais tout concept lié à l'autofiction. A peine avais-je conscience de ses pièges et dangers. J'aspirai naïvement à mêler concrètement vie et littérature, mes référents d'alors se trouvaient dans un ailleurs privilégiant le verbe, le jeu, tout autre chose. Autre chose où le Moi était escamoté, n'avançait que masqué. Ou s'imposait furieux, frontal, sans ambigüité possible, dénué de toute forme romanesque, de toute empreinte de la fiction.
Je n'étais pas non plus idiote, j'avais lu des auteurs qui se consacraient au genre. Des lectures éclairantes, marquantes, mais nullement fondatrices, au sens où elles sont arrivées après, après Vian et Artaud, après que j'ai compris ce que signifiait physiquement le mot littérature. Je reviendrai sur ces lectures, sur ces souvenirs de lecture. Ici, plus tard. Lorsqu'il s'agira d'évoquer les textes qui m'ont appris combien le terme autofiction ouvrait un champ large des possibles. Aux morts comme aux vivants, j'aime pouvoir dire merci.
Ecrire un livre sur l'autofiction, c'est un peu comme m'ouvrir le crâne. La pensée en caillots, comment la fluidifier. Alors faire des chapitres, un par flux traversé. Parler de cette discipline, la raconter. De l'intérieur. Le témoignage d'un Moi qui utilise le Je pour dire et pour lutter. Une clef parmi tant d'autres, peut-être pas la bonne pour qui recherche une thèse sérieuse et appliquée. Il y a eu tant d'ouvrages sur l'autofiction. Un énième pour quoi faire, je ne peux me résoudre à compiler ici une suite d'informations, de données, d'analyses, toutes brillantes puissent elles être. Sinon je ne dirais rien, je rapporterai seulement. Ce n'est pas beau de rapporter, et ce n'est pas mon travail. Mon travail c'est de faire acte de littérature. De l'esthétique garder la préoccupation.
Une clef parmi tant d'autres, qui force quelques serrures. On entre toujours en soi par effraction."
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#219
Je ne dis pas que je le tiens, que ça y est, c'est limpide, mais je crois que je me rapproche. L'essai, je vais l'appeler Le Moi de Mars. L'autofiction comme arme, parce que le Je part en guerre. Il va falloir organiser tout ça, maintenant. Mais j'ai un peu moins peur. J'ai envie d'une structure assez expérimentale, mais j'ignore si c'est une bonne idée, il faut que ça serve le propos. Hier soir j'ai repotassé, Vincent Colonna, Philippe Lejeune, Philippe Vilain : sur l'autofiction, tout à déjà été dit, c'est ça qui m'angoissait.
J'ai décidé de dire je dedans. De mettre à nu le processus. D'être honnête, de ne pas jouer l'intello, je n'en suis pas une, ça sonnera faux. J'ai quelques heures devant moi avant d'aller enregistrer une émission de radio, je vais en profiter.

#218
Des entretiens ces derniers jours, et la question de l'autofiction. Le genre à évolué, et c'est cette évolution que je veux traiter dans mon essai. Peut-être partir de Lacan : "Dès l'origine, le Moi est pris dans une ligne de fiction". Démontrer de quoi est faite cette ligne, et comment on s'arrange avec, quand on pratique. Une autre phrase de Lacan, dans un de ses séminaires : "La mort est du domaine de la foi (...) si vous n'y croyez pas est-ce que vous pourriez supporter cette histoire?". Cette "histoire", il est bien question de fiction.
Je n'ai toujours pas ma ligne directrice, mon titre, mon plan. Je tourne autour mais je sens que ça se rapproche. Poétique et politique plus présentes dans les autofictions d'aujourd'hui que dans celles des années 90. Le sensation d'une urgence, face à la dissolution du Moi dans la, les, fictions(s) collective(s). Ecrire une sorte de dialogue avec le Petit Robert, qui définit depuis 1977 "Récit mêlant la fiction et la réalité biographique". Lui expliquer pourquoi c'est plus que ça. Lui proposer des pistes, faire quelque chose de ludique, de joli, aussi. Préoccupations esthétiques, faire acte de littérature.
Les entretiens de ces derniers jours m'ont déstabilisée. Faire la part entre la biographie et la fiction, replonger dans le passé. Vérifier si la mémoire a triché, triche encore. Expliquer pourquoi j'affirme être un personnage de fiction, en quoi ça déplace la ligne. C'est souvent flou, parce qu'instinctif. Mettre du je dans cet essai, l'écrire en Je majeur. En faire en soi un objet autofictif, pas un ouvrage à part, certainement pas universitaire. Je ne suis pas universitaire, incapable de finir ma maîtrise, ma maîtrise sur Vian j'en ai fait un roman bien des années après.
Penser le titre de l'essai avec la notion de territoire. Délimiter ce territoire, la carte n'est pas, on connait la chanson. Une fois le titre trouvé, ça sera gagné. Il ne peut pas s'agir de plaidoyer à proprement parler, la défense pure du genre, sur cent pages, impossible. Pas envie que ce soit ça, le souffle. Plutôt une tentative de dépassement de la définition. Convaincre le Petit Robert de ce qu'il faut ajouter, c'est un peu court jeune homme, signifiez les enjeux.
Je n'arrive pas à travailler. Je n'avais pas vécu une période de promo sérieuse depuis des années. Entre les rendez-vous, c'est impossible de se concentrer, je ne prends pas de notes, j'écris directement, il me faut de l'apnée, des plages longues et profondes, là je n'ai que les tombeaux. Ma mère et le grand-père dessus.
Je n'ai pas envoyé le livre à ma grand-mère, je sais qu'il ne la tuera pas. Elle est morte pour moi quand j'ai fini le roman, dans ma réalité, dans la réalité de ma fiction, elle a agonisé longtemps, puis s'est éteinte enfin. J'entends encore son râle. Il me suffit grandement.
Je n'ose pas attaquer l'essai parce que je n'ose pas faire un objet autofictif, sous prétexte que l'essai est un genre très classique, sérieux et intouchable. Pourtant la collection s'appelle "Travaux Pratiques", et je pense que l'éditeur savait à quoi s'attendre en me le commandant. J'ai peur de ne pas être à la hauteur, parce que je n'ai pas les armes théoriques, je lis des essais sur le sujet, je prends des notes, j'ai l'impression que ça ne sert à rien, ça n'avance pas. Confronter les théories, les concepts, ne m'amuse pas, ne me parle pas. Changer de méthodologie, partir de soi, ça sera plus honnête et je m'en sortirai mieux.

#217
En y réfléchissant bien, la boîte de kleenex explosée à mes côtés, je me dis que ce n'est pas la cave, mais les gens qui sont responsables de ma crève. Avant, je ne faisais que très peu la bise, vu que j'étais déjà effrayée à l'idée qu'on me touche le bras. Je faisais un signe de tête et un sourire. Et j'étais bien moins malade l'hiver.
Là, c'est juste une catastrophe, je dois lire aux Cahiers de Colette ce soir, je revois Thierry Guichard dans une heure, j'ai le museau rouge et surtout totalement bouché. Les Actifed ne jouent pas leur rôle, j'ai l'impression que ça empire. Je suis furieuse, je ne supporte pas que le corps ne suive pas, qu'il vienne me contrarier, l'enveloppe encore un poids, toujours un poids.
A part ça, je dois préciser un truc, parce que j'ai des demandes par mails vu que ça doit être l'époque pour les étudiants en édition de trouver le manuscrit sur lequel ils doivent travailler, et comme j'ai pas vraiment le temps de bien gérer mon Outlook, je le dis ici : je n'ai malheureusement aucun ouvrage dans mes tiroirs, et tous mes textes épars sont ici en PDF, donc loin d'être inédits. J'ai déjà du retard sur les livres que je dois faire, je ne peux pas écrire un texte exprès non plus. Désolée, vraiment.
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#216
La lecture musicale d'hier s'est très bien passée. Aurélie à l'ordi, Marie Darling à la scie musicale, moi au micro. La salle était petite mais bondée, un peu dissipée mais c'était agréable. Ce n'était pas un public habitué aux lectures, alors c'était pas gagné. Nous allons refaire ça si on trouve une autre salle, en ajoutant du violoncelle, et en refaisant un autre découpage. Aurélie est comme moi, refaire les choses à l'identique, faire tourner une formule, ça ne l'intéresse pas.
J'ai assez mal à la gorge. La salle était dans une cave, entre l'installation, le filage et la lecture, j'ai du y passer trois heures. Je fais le tchat de Libé tout à l'heure. C'est assez étrange, parce que je ne suis pas directement connectée, le protocole se passe par téléphone. J'espère que les questions ne seront pas agressives, j'en ai lu quelques uns, les internautes étaient durs, très durs.
A peine le tchat fini, j'accueille Thierry Guichard pour la première partie de l'entretien pour Le Matricule des anges. Demain, on remet ça, ensuite je file aux Cahiers de Colette pour ma lecture/signature.
J'aimerais bien poster le début de Juste après Cassiopée, mais j'ai que les trois premiers paragraphes, après c'est vraiment du brouillon.

#215
Montage effectué pour la lecture musicale de demain. Répétition avec Aurélie cet après midi. Ca va être un peu long, genre près d'une heure, je pense. Une promenade dans le livre et la BO. Peut-être qu'on refera ça ailleurs si ça se passe bien.
J'ai du mal à écrire, à faire du son, à me consacrer à autre chose que la sortie de Dans ma maison sous terre. Je ne me plains pas, ça se passe très bien. C'est juste que c'est difficile de se concentrer, de se lancer dans un nouveau chantier en parlant du roman en parallèle. J'ai vu Eric Loret pour Libé, jeudi et vendredi ça sera au tour de Thierry Guichard pour Le Matricule des anges. Ce sera sûrement l'occasion de mettre à plat mes idées sur l'autofiction, de me positionner plus clairement. C'est pas clair en ce moment, dans mon crâne tout s'embrouille, la panique. Je redoute de lâcher des inepties, je me fais confiance encore moins que d'habitude. Les interviews, avec l'archivage internet, c'est terrible, ça laisse des traces des années durant.
Je n'arrive pas à lire, pourtant j'ai reçu le dernier essai de Linda Lê que je dois chroniquer pour TINA. J'aime infiniment le travail de cet auteur. Récupérer mon cerveau devient urgent.

#214
Ai découvert Wendy Code hier, chez Laurent Goumarre, à France Culture. Je suis repartie avec le cd, j'ai vraiment trouvé ça génial. Leur univers est narratif, ils développent par épisodes les aventures de leur presonnage de fiction, Wendy.
A part ça, j'ai un gros problème. Je dois préparer la lecture musicale de Dans ma maison sous terre, qui aura lieu à la Cantine de Belleville le 14 janvier, greffée sur l'expo de Yamina Djarir. Aurélie n'est pas là, elle est en tournage. Elle prépare une nouvelle émission, En campagne, qui sera diffusée en hebdo sur France 5 à partir de février. Là, elle est dans un village, à en dresser le portrait. Je dois répéter toute seule, ce n'est pas très sécurisant. En plus, j'ai un souci avec le montage. Il faut intégrer la trame autofictive et la promenade dans le cimetière, sinon on ne comprend rien. Or c'est trop long. Il va falloir que j'écrive des liens, des transitions, les cuts ne suffisent pas. Je panique un peu. Je manque de temps, aussi. Je peux grapiller des heures ci et là, mais pas m'enfermer une journée. Je ne travaille plus la nuit, j'ai un rythme diurne depuis presque quatre mois maintenant, je suis crevée dès 23h.
Le montage est difficile à effectuer avec ce livre, je l'ai travaillé pour que les couches se surajoutent à chaque chapitre, c'est assez compliqué de recréer une unité cohérente avec des petits bouts. Hier soir je me suis rendue compte que ça risquait de durer une heure, c'est vraiment pas possible, il ne faut pas que la lecture dure plus de 35-40 minutes grand max sinon tout le monde va fuir.
Tout problème ayant sa solution, je devrais en trouver une, mais à l'heure qu'il est je ne vois pas trop comment.
Sinon, le numéro 2 de TINA va sortir, je suis vraiment très contente du résultat.
