#258

Ai répondu au mail de Jean-Charles Massera pour TINA. Ca n'a pas été simple. En fait, ça remettait juste en cause la totalité de ma démarche, ce qu'il y disait. Alors évidemment ça m'a un peu secouée. Surtout qu'ayant avancée sur l'oratorio, et établie mon programme définitif de l'année à venir, je compte pratiquer à nouveau le roman, parce que ça veut dire des trucs, ce genre, cette forme, enfin je trouve.

Je me suis enfin organisée. D'ici juillet je finis les fictions pour France Culture, j'avance sur mon essai. En août je pars à Rome un mois. J'y finis mon essai, je prends des notes pour mon projet Domus Vobiscum, un projet lié à la Villa Médicis.En octobre je présente une performance texte / son à Actoral, avec Sophie Couronne. En novembre une performance texte / vidéo avec Camille Ducellier, au Mac Val. Si possible, en décembre, je fais une résidence d'atelier de pièces sonores au Mac Val, jusqu'en juin. Et pendant ce temps-là. Un chantier à contraintes. Thématiques et formelles. Roman autofictif doublé de. J'avais envie d'un roman de genre, comme un policier. Ca je vais le faire, mais plus tard, peut-être beaucoup plus tard, mais un jour certainement.

Igor m'a dit : tu as traité de la mort, confronte-toi à l'amour. J'ai répondu c'est vachement dur pour moi, je trouve ça indécent tellement ça dégouline, les romans d'amour. Il m'a dit : c'est le challenge. J'ai pensé ne surtout pas l'écouter, ne pas valider, parce que sinon ça va devenir réel, et j'ai vraiment pas envie de ça, écrire un roman d'amour. C'est toujours tout pourri, les romans d'amour. Sauf. Liste. Classiques, Duras, Vian et heu. Se dire et merde, oui c'est un genre, une forme, le roman d'amour. Comme le requiem, l'oratorio, l'essai. Je pourrais tenter le coup. Mais est-ce que ça le vaut, un roman d'amour pour quoi faire, franchement, ça sert à quoi? Aujourd'hui, un roman d'amour. C'est pas franchement l'urgence. A moins que. L'urgence ne soit que de faire de la littérature.

Discusion immédiate avec Le Maître. Dans le haut du Château, la tourelle est en marbre, il faut prendre l'ascenseur. "Un roman d'amour? Excellente idée, je suis d'accord avec votre mari". Le roman d'amour, le traiter, traiter ce genre, prochaine mission. Une piste.

J'ai pas le titre définitif, mais là, j'ai tout le début de ma première partie. Cet après-midi, je peaufine le synopsis. J'ai réécrit beaucoup de paragraphes dans les 18 pages, cette nuit. Je dois terminer les contours du projet. Puis, longtemps, je laisserai reposer.

Demain, faire le texte contre La Nouvelle Héloïse pour Le Nouvel Obs, reprendre l'essai. A partir de lundi, appliquer le programme. J'ai du temps, beaucoup de temps, pour faire l'oratorio. J'ai mes trois chanteuses, Aurélie doit composer la musique, moi écrire le texte. Le projet est en place, on a même les studios d'enregistrement. Bon, il manque le financement de la partie musicale, il va falloir monter des dossiers, mais ça, ça fait partie du jeu. Ca va être chiant et long, mais rien de grave. La réalisation de l'objet promet d'être une chouette expérience. En fait il n'y a que ça qui compte.

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#257

Suite. Il est deux heures et quart. Même les chats ne miaulent plus, tout le monde est endormi. Je n'ai pas fait de musique. J'ai fouillé mon ordi, et retrouvé un texte écrit il y a un an et demi. Dix-huit pages très secrètes, car elles peuvent faire du mal. J'ai fait le lien avec Angot, Une partie du cœur : "Nous déjeunions. Nous parlions, le ton montait. Nous n'étions pas d'accord. Jérôme essayait de me faire comprendre, admettre, que je ne pouvais pas empêcher, me révolter, contre le fait que dans Les Désaxés, mon dernier livre, des gens se reconnaissaient, à moins d'être de mauvaise foi, comprendre que certains aient de la peine. Je refusais absolument."

Moi, je ne refuse jamais. Au contraire, je fais exprès. Parce que jusqu'ici je me vengeais. Avec une grande application. Je sais, depuis un an et demi, que j'ai un début de roman. Qui stylistiquement tient la route, qui porte en lui un agencement, et des pistes fictives qui peuvent être développées. J'y cite Maurice Blanchot : La première des libertés est la liberté de tout dire. Dedans, je dis tout. Tout ce que je ne dis jamais, parce que ça ne se dit pas. Quoique. Au contraire, ça se dit beaucoup trop, c'est pour ça que je me tais.

Travailler sur le passé, je sais, j'en ai fait le tour. Le passé lointain, s'entend. Mais le passé tout proche, celui qui implique des vivants, des vivants, aucun mort, est-ce que je peux y toucher, le prendre comme matériau sans détruire ces vivants, sans les rendre un peu morts ? L'autofiction une arme, soit, mais quand l'enjeu n'est pas, pas du tout, la vengeance, je fais comment avec ? Angot dit : "Je perdais tout le monde. L'écriture me faisait perdre tout le monde. Les uns après les autres les gens s'éloignaient. Bientôt la personne que je connaissais depuis le plus longtemps serait mon éditeur, mais il était avec le livre."

Jusqu'ici, c'était simple. A présent, ça se complique. J'ai longtemps réfléchi, bientôt un an et demi, je crois que je prends le risque. Au stade du manuscrit, tout du moins. L'éditeur du roman me dira si tout ça vaut littérairement le coup. Je ne montrerai rien à personne. Mais là, j'ai pris ma décision.

A la question : avez-vous déjà dû renoncer à publier un livre à cause de votre entourage, une romancière, devant moi, lors d'une table ronde sur l'autofiction, a répondu : oui, une fois, mon mari ne supportait pas. J'espérais ne jamais me retrouver face à ce cas, la censure potentielle, la censure de l'intime, on se l'impose tellement soi-même, déjà. Tout ce qu'on censure, c'est dingue, en y regardant bien. Alors, dès lors, ne plus rien dire, ne plus rien dire sur ce roman. Sinon les conseils vont fuser, tout le monde voudra me protéger pour mieux se protéger soi-même. Je me refuse à toute protection.

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#256

Il est minuit et demi. J'ai le choix entre deux chantiers. Poursuivre ma discussion avec Jean-Charles Massera pour TINA ou reprendre mon essai. Autant le dire tout de suite : dans les deux cas, je suis dans la merde.

Jean-Charles m'a poussée dans mes retranchements. J'ai voulu défendre la notion de roman, expliquer en quoi la forme roman faisait encore sens aujourd'hui. Sa réponse est très drôle, et m'a laissée KO. J'ai voulu chercher des arguments d'autorité, j'ai contacté des auteurs qui font ce que je pensais être du roman expérimental, ils m'ont tous répondu qu'ils faisaient bien de la littérature expérimentale, mais du roman que nenni. Voire même plutôt crever. Je ne sais pas comment m'en sortir. J'ai l'impression d'être toute seule à me raccrocher à un vieux machin agonique, complètement plombé et parasité par la linéarité et le divertissement. Pourtant, je sais que ça fait encore sens. Je le sais, mais n'arrive pas à l'expliquer. En fait, je déteste le terme de "fiction" pour définir un texte. Je trouve ça encore plus flou, et définitivement pire. J'espère le coincer là dessus, mais de toute façon théoriquement il est plus fort, et c'est pas certain qu'il utilise ce mot, en plus. Ca fait depuis hier soir que je bloque, il va falloir résoudre ça, répondre, répondre quoi, vraiment je suis paumée.

Parce que je n'arrive pas à faire du théorique, je suis allée regarder comment Angot se débrouillait. A cause de mon essai sur l'autofiction. Une partie du coeur. Ce n'est pas un essai, c'est un court texte. Qui interroge Je est un autre. Sauf que pour Angot, Je est un autre invoque inexorablement l'inceste. Dans son cas, ça se tient. Mais ça ne fait guère avancer mes affaires. Je crois que c'est bien fait pour moi. Depuis le début de cette histoire d'essai, je cherche des béquilles, comme si je n'assumais pas de penser par moi-même. En plus, les béquilles invoquées se dérobent. Les auteurs et artistes que je contacte refusent de collaborer. Ils veulent bien que je parle d'eux, mais pas avec eux. Si ça continue, l'essai ça va être les aventures de Chloé Delaume qui accumule les vents. C'est l'éditeur qui va être content. L'éditeur, putain, l'éditeur. Va bien falloir que sous peu je lui montre quelque chose. J'ai 50 pages de notes totalement désorganisées. Je refais mon plan toutes les semaines. J'ai l'impression de devenir folle.

Là, tout de suite, j'ai très envie de fuir en cherchant une nouvelle idée de roman. Comme ça j'aurais la sensation de travailler à un truc capital en jouant les grosses autruches. Sauf que c'est pas le moment. Alors, je ne sais pas trop. Je pensais qu'en passant par ici, ça clarifierait les choses. Je fais souvent un post avant d'attaquer un chantier, ça me permet de faire le tri. Cette fois ci, je crains que ça ne marche pas mais alors pas du tout.

Du coup, je crois bien que je vais faire de la musique smiley de désertion absolue.

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#255

Petite pause dans le bouclage de TINA. On travaille par Google docs, ça va plus vite, chacun valide ou non les propositions des textes collectifs. Avec Jean-Charles Massera, on bosse par ailleurs sur un texte sous forme d'échange de mails, qui pose des questions de fond sur la forme et l'esthétique en littérature contemporaine. Je pensais mourir, parce que la théorie me fait encore peur, mais en fait c'est très stimulant et amusant.

Cet après midi, je vais voir Le Maître. J'y vais chaque semaine, depuis de nombreux mois. Je pense qu'il ne serait pas très content d'apprendre que je l'appelle comme ça. Il n'est pas dans ce type de rapports. Il est incroyablement humble pour un écrivain de son niveau. Sûrement parce qu'il est dans l'écriture, la littérature, pas dans le marché éditorial. Le Maître n'a pas conscience de ce qu'il est, juste d'où il se trouve. Une fois, alors qu'il m'avait rendu un service, je l'ai remercié. Il m'a dit : Pas de ça entre nous. Puis : Enfin, Chloé, nous sommes dans le même bateau. Et d'ajouter dans un éclat de rire : Mais bon, moi je voyage en première classe. Le Maître aime les chutes à tiroirs, d'où le fait qu'il ait conclut : Et ce bateau, c'est le Titanic.

J'aime infiniment aller chez Le Maître. Les discussions sont axées sur la littérature, les pratiques d'écriture, les agencements formels, les cas concrets que l'on rencontre dans nos propres textes en cours. Parfois, Le Maître me lit un extrait de son texte encore en fabrication, ou issu d'un livre qui le nourrit en ce moment. Moi j'apporte des ouvrages expérimentaux qu'il ne connaît pas. C'est vraiment un échange. Son amitié m'est très précieuse.

C'est une bonne semaine, intense, rythme soutenu. Demain re-TINA, puis le soir, assister à la performance d'Emilie Notéris à l'ENCSI. C'est donc le 18 juin à 19h30 et c'est à cette adresse.

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#254

Ca y est, c'est officiel. Je rejoins Eric Arlix, nous allons co-diriger ensemble la collection Et hop chez IMHO. Ca veut dire que je suis éditrice. Plus seulement passeuse, à croiser les doigts pour qu'un manuscrit soit accepté par les structures sur lesquelles je l'ai aiguillé. Plus seulement lectrice, à repérer les faiblesses sans pouvoir les faire concrètement retravailler. Plus juste passive, à observer les sorties en trouvant que quand même, tout ça, c'est un peu mou. Voire, plus fréquemment : ça commence bien, y a des fulgurances, mais putain ça manque de. Travail éditorial. Puisque, bien sûr. L'éditeur n'est pas un imprimeur. Effectuer ce travail, ce travail sur le texte. En vérité, je me réjouis.

Et hop compte déjà quatre titres, dont un reçu par mon site, La question de Clément Ribes. Je ne connaissais pas Clément. J'avais passé ici une annonce pour une soirée Mycroft, je cherchais des auteurs encore non publiés. Vu la qualité du texte je l'ai transmis à Eric Arlix immédiatement. C'est un peu comme si j'avais déjà commencé, du coup.

La collection Et hop proposera six titres papier et six titres numériques. Nous commencerons les publication en janvier. Nous avons déjà notre premier texte, l'auteur retravaille son manuscrit actuellement. Il s'agit d'un jeune belge, David Spailer. Il m'a envoyé son manuscrit via mon site, pour que je lui dise ce que j'en pensais, et que je l'aide à trouver un éditeur en France. J'ai été saisie tout de suite, et comme Eric venait de me proposer de travailler avec lui, ça tombait impec.

Les livres papier seront consacrés à la littérature contemporaine. Le but est de découvrir, puis faire découvrir et entendre un maximum de jeunes auteurs, pour qui les notions de forme et de langue sont essentielles. De nouvelles voix, des voies nouvelles. Et certaines déjà existantes, mais s'exprimant différemment ailleurs et jusqu'ici. La notion de risque, de prise de risque, aussi. L'expérimentation, de fait.

Et hop publiera six objets numériques. Les propositions retenues ne seront pas de simples textes en PDF. La forme fera sens; il y aura un travail sur l'image et les hypertextes.

Ceci est une annonce, de fait. Ouverture de la pêche déclarée ouverte. Envoyez vos textes à : ethop@imho.fr

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#253

Ai fini mon texte pour le magazine Stiletto, la nouvelle s'appelle La collectionneuse. Elle est courte, deux pages. J'ai trouvé la chute sans Igor, probablement parce que c'est une histoire de chaussures, et que du coup, c'est venu tout seul. D'habitude j'ai du mal avec la narration, rien d'intuitif, jamais. Là, c'était très plaisant à faire, un petit huis clos de quelques heures. C'est mon atelier d'écriture à moi, les textes de commande. J'acquiers des savoirs-faire, des méthodologies. Est-ce qu'ils sont transmissibles, après, c'est une question. Je ne suis pas certaine de vouloir donner des cours cette année. Des cours d'écriture, s'entend. Je ne comprends pas bien ce qu'on entend aujourd'hui par cours d'écriture. Je ne comprends pas bien ce qu'on entend par écriture / cours, je trouve que ça frôle l'oxymore pour se vautrer dans l'hypallage. Mais ça c'est encore autre chose. Intervenir sur des workshops, oui, animer un atelier de pièces sonores oui, mais un cours d'écriture, franchement, je ne le sens pas. Une conférence pour expliquer que la narration a ses ficelles et que c'est déjà dans les livres, oui. Ajouter que pour le formel c'est quand même mieux de pratiquer des exercices, je veux bien. Mais les tuyaux sur la stylistique, là, je vois moins. C'est bizarre que la part de l'instinct puisse être transmise, où alors, je sais pas, les profs de creative writing, c'est Giles. Peut-être que c'est possible. En vérité, je n'en sais rien.

Je me demande ça parce qu'il va falloir que je boucle officiellement le Plan B dans quelques jours. Le Plan B est constitué d'une kyrielle de chantiers extrêmement divers afin de pallier à l'éventualité de redevenir une crevarde alors que c'était si fun d'être devenue intello-précaire, et de sombrer dans la lassitude. Le Plan B ne peut être validé qui si 1) Le deus ex machina dénommé Plan C surgit, auquel cas quelque part, c'est la mega win. 2) Le Plan B a été étudié dans sa totalité, et ne comporte aucun vice de forme, sans quoi ça peut être la loose. Mais bien. Genre accepter de donner des cours d'écriture et se retrouver devant des étudiants en art qui s'imaginent que je vais leur apprendre à faire de la littérature. Evidemment, il y a des trucs. Des thématiques, des exercices, des moyens de cadrer. Mais bon. En attendant. Devant un texte fini, voir ce qui va ou pas, ce qu'il faut creuser, je sais. J'ai l'instinct de la lectrice, et le regard avec la bonne grille. Seulement transmettre le comment, pas le qui parle à qui où, mais le comment. Sans déconner, je ne vois pas trop. Mais vraiment pas. Au point que je vais dire non, je crois bien.

Je suis un peu fatiguée. Travaillé la musique avec Cha toute la journée. On a un projet qui s'esquisse. Mise en ligne du Premier Carnet de Dans ma maison sous terre, lecture. J'ai bien mérité ma finale smiley de je crains d'habiter encore dans la télévision.

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#252

Ai résolu grâce à Igor mon problème lié au Retour de Charlie Orphan. Ai trois saynètes à écrire, et la chute. Mais là je sais parfaitement où je vais. Ce qui me permet de penser à la seconde fiction à rendre, réfléchir un peu ce soir à l'histoire, envie de la retoucher, la recentrer, changer le synopsis. Ne pas travailler sur la société secrète le temps d'une scène, mais de toute la pièce. Au commencement était l'adverbe, c'est le titre. Je ferai peut-être mieux de finir d'abord le cas Charlie Orphan, quand même. Oui. Bon, j'y retourne. Faut dire que maintenant que l'énigme narrative est résolue, je voudrais passer à autre chose. J'ai le plan détaillé, comme qui dirait. Mais j'ai de quoi bien m'amuser, chaque séquence est une parodie de genre, un exercice de style en gros. Sauf que là, je sais pas si j'ai envie tout de suite. Il y a des nuits où j'ai la flemme de bosser, ça m'énerve.

Mise en ligne de deux extraits de La nuit je suis Buffy Summers, sinon.

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#251

A 15h je fais la lecture musicale de Dans ma maison sous terre au 104. En attendant l'heure de la douche et du départ, quelques nouvelles posées ici.

Cette semaine, j'ai fait de la musique, la bande son de la perf sur Lilith que je ferai avec Sophie Couronne à Actoral. On la travaille ensemble, avec Sophie. J'ai fait le brouillon de l'intro, on l'a rentrée piste à piste dans son logiciel, elle l'a rendue plus épurée et mélodique. Ensuite j'ai chanté faux ça va de soi les deux airs que je voulais, elle les a enregistrés au clavier, un tas d'instruments, du xylophone au violoncelle, en passant par le piano normal. Ses cordes sonnent vraiment bien, on dirait des vraies, elle a du matos de pro, on s'est bien amusé. Depuis la séance de taf, je tricote un autre brouillon à partir de tout ça. C'est mon chantier le plus lointain, octobre, j'ai vraiment le temps, mais comme il faut 30 minutes de musique, faut quand même s'y prendre pas trop tard. En fait, je mens. On a plus que le temps. C'est juste que cette semaine j'avais envie de ça.

J'ai enregistré des lectures pour mettre sur le site, en extraits avec les livres publiés. Pour Eden matin midi et soir c'était pas simple, j'avais la voix de Anne dans la tête, longtemps j'ai calqué ma diction sur la sienne. Puis j'ai réalisé que j'allais bientôt dans une librairie pour y présenter la lecture, qu'en juillet rebelote à Ecrivains en bord de mer, et que donc ça suffisait comme ça la pose et les conneries. Du coup, ça l'a fait. Enfin faut que je reprenne le début, je suis vraiment trop emphatique, ça craint. Je monterai tout ça bientôt et le mettrai en ligne.

J'ai 22 pages du Retour de Charlie Orphan, la première des deux pièces que je dois rendre à France Culture. Je ne me rends pas compte de ce que ça donne en temps, en tout ça doit faire 50 min, va falloir que je chronomètre pour agencer les dialogues de la dernière partie et la chute. Va falloir aussi que je trouve une astuce scénaristique, que la tension monte, qu'il y ait rapport de force entre l'écrivain et son personnage de fiction. Charlie est un personnage secondaire issu d'un roman bâclé de Clotilde Mélisse, il est très contrarié et veut être un héros. Il essaie de convaincre Clotilde de l'écrire dans un nouveau livre, où il pourrait mourir de façon tragique, afin de marquer la mémoire du lecteur. J'en suis au moment où Clotilde cède, mais pour mieux le coincer au final. Je ne sais pas encore comment formaliser ça, le fait qu'elle veuille bien l'utiliser, pourquoi. Bien sûr, elle a un livre à rendre dans trois mois et pas d'idées, mais il faut un truc plus pervers, surtout qu'elle est misandre comme pas permis. A part ça, j'ai ma chute, je ne navigue pas à vue, peut-être que ce sera fini très bientôt. Les dialogues, ça va vite, rien à voir avec l'écriture habituelle de textes littéraires, une fois qu'on a la situation, ça coule tout seul. C'est pour ça que je n'abuse pas des dialogues, j'en ai vraiment très peu dans mes romans, c'est un truc de feignasse.

Bon bah maintenant, c'est l'heure. Je file.

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#250

Préparation de la lecture musicale de samedi prochain. Ai hâte d'être au 104, n'ai jamais fait de choses là bas jusqu'à maintenant.

Ai reçu une invitation pour le Festival Actoral en octobre, et pour la Nuit Blanche. Je conceptualise mes perfs. Pour Actoral je vais travailler avec Sophie Couronne, le sujet sera sur Lilith. Ca fait longtemps que j'ai envie de ça, bosser sur Lilith. Et bosser avec Sophie, aussi.

Parce que c'est la semaine des performances à mettre en place, rendez-vous ce soir aux Laboratoires d'Aubervilliers. Je vais faire un truc avec eux et le Mac Val, mais j'ai pas bien compris quand. Avec ma chance, ça va tomber en même temps qu'Actoral et / ou la Nuit Blanche, histoire d'avoir un mois d'octobre au taquet.

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#249

Aujourd'hui ça va bien. Pas mieux, bien. La confirmation de plusieurs plans B va me rendre les mois à venir assez excitants. J'en parlerai en temps voulu. Pour l'instant il s'agit de préparer la lecture musicale de ce soir. Rendez-vous avec Joëlle Léandre cet après midi. Les juins ont tous la même peau comporte des passages très durs à mettre en bouche : la scansion est bien là, mais les phrases sont très longues, problème de souffle, où placer la respiration. Il y a des similitudes techniques entre le chant et la lecture.

Je vais répéter le texte avant de travailler avec Joëlle, j'ai déjà commencé hier soir, via le PDF parce que je n'ai plus d'exemplaires du livre, d'ailleurs je ne comprends pas très bien pourquoi. Une amie m'en apporte un dans une heure.

Je suis contente de faire cette lecture dans l'Espace Boris Vian, ça a un côté vrai hommage. Ce livre en était un, tout est très cohérent.

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#248

Echec du Plan A, alors c'est compliqué. Organiser l'année prochaine, et repenser les mois à venir. Pour que ça change un peu, pas que ça devienne respirable, parce qu'il ne faut pas exagérer, c'est respirable. Juste que c'est toujours le même air, le même air et la même chanson.

Mise en place du Plan B. Problème. Le Plan B est constitué d'une multitudes de pistes potentielles suivies d'un on verra. Accumulation de propositions extrêmement différentes, de la perf aux cours de creative writing. Faire des choix. Maintenant. Oui ou non et à qui. Déterminer une ligne, une cohérence interne.

C'est pour ça, le silence. Quels projets, dans quel ordre, planifier les chantiers. Les fictions pour France Culture, puis l'essai. Se concentrer là-dessus, arrêter de dire octobre c'est demain. Même si évidemment, c'est demain, octobre.

Se poser les bonnes questions, commencer par : de quoi j'ai envie. Faire suivre cette phrase d'une vraie interrogation, la plus profonde possible. En fonction de la réponse, trouver une solution.

L'exercice n'est pas simple, il me faut encore quelques jours. Ce qui est certain c'est qu'il faut que ce soit nouveau.

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#247

Il faut replonger tout de suite, à peine rentrée de Charleroi. Faut avouer que quand même, c'est un peu fatigant. Psychiquement et physiquement. Le dedans du crâne, je m'y attendais, la pression ça me rend irritable, je ne passe plus rien à personne, je grommelle et je geins. Mais aujourd'hui, le corps fait aussi la gueule, et ça je ne m'y attendais pas. A force de l'oublier, je crois qu'il m'en veut un peu. La machinerie dit stop, c'est aux nerfs que je vois. J'ai mal un peu partout. Les muscles, l'estomac, l'épiderme, tout se plaint. Je regarde l'horloge, j'ai exactement 24h pour recharger toutes mes jauges. Alors je n'ai qu'une solution : jusqu'à demain 17h30, je reste autiste à la maison. Pas de mails, ni aucun de coup de fil. J'ai des lucky et du Coca light d'avance, je ne bougerai pas. Du bureau et du lit, du lit puis du bureau. Ne pas lire, ne pas regarder de film, très peu communiquer. A part avec Igor. Avant, il me fallait des cessions de trois jours pour me remettre, quand j'étais dans un état de tension extrême. Maintenant je crois qu'un sas de 24h suffit. Enfin j'espère. A défaut de la neutraliser, la tenir en laisse, l'humeur de chien.

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#246

Ai fini mes textes de commande. Ecoute Ingrid Caven en boucle. Pars demain pour ma lecture musicale de Dans ma maison sous terre avec Aurélie en Belgique. Ai mis à jour la rubrique Actualité. Dès lundi je reprends l'écriture de mes deux pièces radiophoniques pour France Culture.

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#245

Extrait du début du livre de Clément Ribes, La Question, aux éditions IMHO, collection Et hop (dirigée par Eric Arlix). Pour la petite histoire, Clément Ribes a 20 ans. Il m'a envoyé la V1 de son texte par mail. Je l'ai fait lire chez Mycroft l'an dernier.

"1.SITUATION INITIALE.

l'enfant est, sur une table, bras en croix, fixés on ne peut plus fortement, jambes écartées et de même, regard fixe sur le haut de la salle, en un mot absent, de force allongé. Autour de lui, les hommes, trois, peut-être quatre (il ne sait pas, il oublie) s'agitent, changent sans arrêt de point, tâtent de ses cuisses les chairs, de son ventre flasque, à la peau, car suite d'un régime, détendue, à travers le tissu lâche, cheveux caressent, fixent et sanglent, l'enfant ne regarde, il perd le sens du lieu, rien

des mains, il le sent, dans sa bouche, au goût de caoutchouc - ils sont neufs et bleus, les gants, à peine sortis de leur boîte, des mains qui ouvrent sa rétive bouche, deux en haut et en bas comme l'on ouvre une valise, deux à gauche et à droite, ouvrent les commissures, afin que trou béant se fasse, immense trou au milieu de son visage, il ne peut plus résister, et laisse le trou ouvrir

introduction dans le trou offert, de l'entonnoir, gigantesque, que trois hommes soutiennent, afin qu'il ne chute pas, ne chute pas la substance, elle, aux côtés de l'enfant, il s'agit du rituel, tout est codifié, derrière la porte, il croit, se tient file d'enfants, eux aussi, examinés, on mesure toute partie, à l'aide d'instruments, mètres étranges, pince, forceps, sonde, de leurs corps encore chétifs, sur lesquels l'on peut, en tâtant du bout du doigt, sentir le renflement d'une, légère et ferme pourtant, ne demandant qu'à ployer sous quelconque coup, côte

« L'une des pratiques officielles les plus sensationnelles des écoles publiques américaines »

il a appris hier l'une des techniques les moins extra-ordinaires des sociétés modernes ; son départ prochain pour le centre (bouche de la Bête, dents dressées en son entrée, tout cela ne pardonne pas), un nouveau groupe, une nouvelle fournée dans le ventre, encore palpitant, demandeur de chair, alignement des corps, il savait qu'il y aurait droit, les opposants sont rares, qui se terrent en terre de contestation, ils cultivent, une fois est définitivement coutume, en rangées organisées, sur des étagères, des mots, des langues, un bouclier protecteur, et peut être quelques tropes ; sous le sol, des lianes, des phrases, quelques points de suspension, des guirlandes, les murs suintent une humidité anormale, et ils sont au monde

rares sont les opposants, et tous nous sommes passés par la phase de scission

les murs des condensés d'asepsie, masse blanche, pas de dérogation à, par la chaux ou par la javel, le kärcher, l'ordre médicinal du non-vivant

« Nous avons un rôle, une mission : vous inculquer à tous, sans instaurer aucune différence, une même et simple langue.

« Nous avons un rôle, une mission : et tout vous sera alors, considérablement simplifié

« Vous remarquerez alors, que quand tout le monde est sur la même longueur d'onde, il est plus aisé de communiquer

« Nous avons un rôle, une mission : et plus aisé de commercer.

« Rendez-vous compte : nous sommes garants des liens entre les hommes.

« Nous avons un rôle, une mission. Un but : votre bien. Sans nous, vous ne nommeriez pas vos désirs, ni les exprimeriez, ni les réaliseriez.

« De chacun de vos corps se dévident lentement des rubans non encore formulés : nous conduisons votre voix, les rubans entrecroisons : d'un tissu tricoté vous devenez les mailles"

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#244

De retour de Deauville, pour le Festival littérature et rock. J'ai fait une lecture de Dans ma maison sous terre, et si vous ne voyez pas le rapport avec la thématique sachez que moi non plus, mais tout ça n'est pas bien grave. L'important, c'est que la lecture se soit bien passée et que je n'ai pas eu a participer à une table ronde sur le sujet maître. A la question y a-t-il une écriture rock, une littérature rock, j'ai répondu que non. Enfin, ça dépendait des journalistes, aux locaux j'ai dit oui, pour ne pas les foutre dans la merde. Il y a des sujets rocks, quand on prend à bras le corps les icônes assorties et qu'on en fait des livres. Après, je doute. Une écriture punk, je vois. Clairement même. Mais rock, c'est quand même drôlement plus flou. La littérature est une affaire de musique, alors peut-être que c'est une question de tempo, de composition, qu'il y en a qui sont rock. Mais bon. Je ne sais pas. Ce qui est certain, après avoir entendu pendant trois jours des reprises et des tubes rocks, des trucs des Stones et tout le tintouin, c'est que plus je vieillis, plus le rock ça me gave. J'aime vraiment pas ça, en fait. A part le rock alternatif et Noir Désir. Le rock de chez rock, c'est affreux. De toute façon ça manque de synthés.

Aujourd'hui je dois finir ou tout du moins avancer vivement sur le texte destiné au catalogue de Tixador et Poincheval. J'ai décidé de faire parler leurs organes internes, qui à l'instar du corps ont été mis à rude épreuve durant leurs aventures. C'est moins simple qu'il n'y parait, ça doit faire 10 000 signes. J'ai perdu mes premiers paragraphes suite à une fausse manip, je suis légèrement verte.

Demain en fin d'après-midi je donne une conférence sur l'autofiction à l'Université Américaine de Paris. Une reprise de Cerisy, avec des extraits de textes en plus. Je voulais creuser la notion d'autoréalité, mais d'ici là je ne serai pas prête. Sinon c'est le texte pour le catalogue qui va être sacrifié. Je vais devoir tenir un rythme soutenu dans les jours et les semaines qui viennent, en plus j'ai une perf en Belgique avec Aurélie le 9 mai. Il va falloir s'organiser.

En ce moment, je ne lis que des manuscrits, et assez peu, au final. Vient de sortir La Question de Clément Ribes, un jeune auteur que j'avais fait lire après sélection chez Mycroft l'an dernier, et que je soutiens beaucoup. Je vous conseille donc de vous procurer au plus vite l'ouvrage, c'est un texte qui m'a marqué. J'ai déjà donné tous les exemplaires, du coup je ne peux pas en recopier un extrait, ce sera pour une prochaine fois.

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