#288


C'était compliqué ces derniers jours, mais alors à un point. Je devais poser ou repenser les fondations de plusieurs chantiers à la fois, tous assez différents et certains collectifs. J'étais bloquée sur le roman comme pas permis, j'ai fait chier tout le monde. Genre d'habitude ça démarre tout seul et pas là ô angoisse de l'auteur qui soudain prend une majuscule à s'en cogner contre le plafond. Infinie patience d'Igor, soutien de la team, ici remerciements.

C'est réglé depuis quelques heures seulement, cette histoire de blocage doublé du je geins à en fissurer les murs et le cœur de mes copines y compris celles qui bossent dans la vraie vie avec un chef de service, des tableaux plein l'écran et un lever à 7h. Plaignez-moi, s'il vous plait, mes sœurs. Pauvre, mais pauvre poupounette.

J'ai appliqué mon système de problème / solution. De fait je me suis remise à l'oratorio, quelques heures ce soir. J'ai de nouvelles pistes, qui me motivent énormément. J'ai écrit une scène versifiée, destinée au chœur et à la soliste. Ca m'a fait du bien. J'avais beaucoup travaillé dessus mine de rien, j'ai tout le plan scène à scène sur trois actes, et presque fini le premier. C'est vraiment agréable comme exercice, tout le synopsis est fait, il suffit de transformer les idées et la trame en vers ou en prose poétique pensée pour l'oralité. C'est assez technique au premier abord, mais une fois que la métrique est déterminée ça vient tout seul. J'ai eu l'idée de la scène finale, aussi. A cause de la fin des Mouches de Sartre, "Ce sont les Érinyes, Oreste, les déesses du remords". Je vois bien le cerveau de Mathilde dévoré par les Erinyes.

Là je vais me remettre au roman, c'est l'heure. J'ai enfin tout trouvé. Ca s'appellera L'Effet Barnum. Ca ne parlera pas que d'amour, ce projet là je le remet, on verra, l'amour juste l'amour, quand même, des fois, j'vous jure, ça va pas bien.



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#287

Le Dictionnaire des personnages populaires de la littérature est sorti. Nous sommes de nombreux écrivains a y avoir participé. L'histoire commence l'année dernière, un mail qui me proposait de traiter Oui Oui. Sur le coup j'ai sincèrement hésité à étrangler le commanditaire, ou à me pendre directement. Bon, en même temps, vu le projet, il fallait bien que quelqu'un s'occupe du gnome sous acides, mais quand même, pourquoi moi, quelle idée. En plus j'ai jamais lu Oui Oui. Ma mère m'a fait commencer par la Contesse de Ségur, Oui Oui c'était comme Fantomette, strictement interdits à la maison. J'ai donc demandé s'il n'y avait pas moyen d'avoir un personnage un peu moins pourri dans la liste, parce que j'aimais bien l'idée de ce dictionnaire. On est tombé d'accord sur Rémi de Sans famille. Le hic, c'est que je ne l'avais jamais lu, je suivais juste, gamine, le dessin animé. Je me revois aux Cahiers de Colette, repartir avec mes deux volumes, commencer ma lecture au café d'en face et devenir toute verte. Parce ce que ce que ça peut être mal écrit et incroyablement pénible, la prose d'Hector Malot, au secours. J'ai donc joins en catastrophe Stéphanie Delestré et Hagar Desanti, en leur expliquant que j'étais désolée, mais Rémi, franchement, c'était pas possible non plus. On a discuté, j'ai fait des propositions, tout était déjà pris, alors j'ai proposé Peter Pan.

Peter Pan, je connais bien. J'avais déjà bossé dessus pour une revue il y a dix ans. Ca m'intéressait de jouer le jeu avec lui, d'écrire un article sur lui. Le voici donc :

"Peter Pan est né en 1902 sous la plume de James Matthew Barrie, dans le livre The Little White Bird (Le Petit Oiseau Blanc), qui servit à créer la pièce de théâtre Peter Pan or the boy who wouldn't grow up (Peter Pan ou le garçon qui ne voulait pas grandir). En 1906, la partie de The Little White Bird qui concerne Peter Pan est publiée seule : Peter Pan in Kensington Gardens ; en 1911, la pièce est, quant à elle, adaptée en un roman : Peter Pan et Wendy, que l'on connait aujourd'hui sous le seul titre de Peter Pan.

Peter Pan doit son prénom au troisième fils de Sylvie Llewelyn Davies, amie de James Matthew Barrie, à qui l'auteur racontait et inventait des histoires. Barrie était très proche de ces cinq garçons, qu'il adopta lorsqu'ils se retrouvèrent orphelins. Le nom Pan est associé au dieu grec de la Nature.

Le personnage de Pan se rattache à la biographie de l'auteur. James Matthew perdu son frère aîné David, ce dernier avait treize ans. Leur mère ne vécu plus que dans le souvenir de son fils disparu. Barrie lui-même stoppa sa croissance. L'idée que l'on puisse rester enfant à jamais imprégna l'écrivain très tôt.

Peter Pan peut également être rapproché du Trickster, « fripon divin » des cultures amérindiennes, repris par Jung. Barrie le définit comme « joyeux, innocent et sans cœur ». Il n'est pas loin du lutin, à cette différence qu'il est nativement humain, à l'instar de Till l'espiègle, jeune saltimbanque malicieux et farceur de la littérature populaire du Nord de l'Allemagne.

Peter s'est enfui de sa maison une semaine après sa naissance, pour rejoindre Never-Neverland, le Pays Imaginaire, « monde nocturne des jardins de Kensington », situé entre la Grande Ourse et l'Etoile Polaire. Il y deviendra le chef des enfants perdus, petits garçons tombés de leur landau, qui vivent à ses côtés de palpitantes aventures.

Il évolue entre les peaux rouges, les fées et les sirènes, les pirates. Lily la Tigresse, Clochette, le Capitaine Crochet. Il a lors d'une bataille tranchée la main du Capitaine, cette dernière a été avalée par un énorme crocodile, qui, depuis, suit Crochet dans ses moindres déplacements. Son monde est en mouvement : sans cesse de nouveaux jeux et de nouveaux défis, de nouveaux personnages, aussi. Il est le seul immuable au Never-Neverland.

Il a l'allure d'un garçonnet de treize ans, peut perdre son ombre, et est d'une profonde cruauté, sans jamais en avoir conscience. Loin des traditionnels héros de la littérature enfantine, Peter Pan est totalement égocentré, peu capable d'empathie, obsédé par l'enfance éternelle. Il attire Wendy au Pays Imaginaire, non pas par amour, mais pour qu'elle lui raconte des histoires et s'occupe de lui, et des enfants perdus, comme le ferait une mère. Il ne prend pas non plus en compte les sentiments de la fée Clochette. Peter impose ses lois et règles, où grandir est un interdit. Parfois, il exécute lui-même ses compagnons lorsqu'ils s'approchent de l'âge adulte, car c'est « contraire au règlement ». Il oubliera les Darling après avoir pourtant partagé bien des choses avec eux, pendant que John et Michael vieilliront dans le souvenir.

La mémoire et le devenir adulte sont refusés par Peter Pan. C'est la raison pour laquelle son nom est devenu un syndrome. Concept développé par le psychanalyste Dan Kiley en 1983, le syndrome de Peter Pan caractérise les enfants qui ont peur de grandir, et les adultes qui refusent et redoutent les responsabilités. Le syndrome de Peter Pan n'est pas reconnu comme étant une maladie mentale, juste d'un mimétisme de fuite : le parent référent réagissait par la passivité.

Les aspects les plus sombres de Peter Pan ont souvent et atténués, voire gommés, dans la plupart des adaptations réalisées à partir du roman de Barrie. Le film d'animation de Walt Disney en 1953, est le plus populaire d'entre elles, présentant Peter Pan comme un enfant astucieux et joueur, qui entraine les Darling dans un monde merveilleux, où les combats avec les pirates jouxtent les tribulations magiques et exotiques, avant de les ramer chez eux. Les adaptations cinématographiques, comme celles de Steven Spielberg en 1990, de P.J. Hogan en 2003, ou de Marc Forestier en 2004, proposent une suite ou reproduisent la trame de Peter Pan. Mais la peur de grandir, comme la peur de la mort, sont minimisées. Loisel, dans sa série de bande dessinée Peter Pan, retrace l'arrivée de Peter au Pays Imaginaire avec une violence et une rugosité qui fait écho à l'œuvre originelle et à son contexte d'écriture."

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#286

Je ne tiens toujours pas mon titre, mais j'avance. Une alternance des temporalités pourrait tenir lieu de structure, j'essaie des trucs, j'ai quelques pistes.

A part ça, j'ai à vous proposer une lecture d'un poète dont j'adore le travail, il s'agit de Jean-Michel Espitallier.

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#285

Cette année, ce n'était pas le salon du livre mais celui de la littérature. Ceux qui ont suivis les débats le savent, et l'ont fait eux-mêmes remarquer. Il y avait peut-être moins de monde, si ça se trouve, mais personne n'est venu pour de mauvaises raisons.

Aujourd'hui j'ai fait plein de trucs, dont commencer officiellement mon prochain roman. Ca fait depuis cet automne que j'ai signé, je dois le rendre en novembre prochain, pour une sortie en janvier. J'ai dégagé du temps pour ça, à part une perf en mai et une ou deux interventions, je n'ai rien d'autre à faire qu'écrire. Ca va être un peu tendu au niveau des finances, mais je dois absolument me mettre en immersion.

Je n'ai pas le titre. J'ai la première page, mais je ne sais pas encore si la première page en question ouvrira le livre. Je suis en train de définir la structure globale, j'en suis au stade où on a les thématiques, l'histoire, et qu'il faut à présent s'organiser. C'est le moment que je préfère. Tout est absolument ouvert, j'ai les matériaux de bases, et avec ça je dois créer un objet littéraire qui tienne debout tout seul une fois en librairie.

J'ai pas le titre parce que je ne sais pas encore à quoi je veux que ça ressemble. Sur quels codes du roman je vais jouer, puisqu'il s'agira d'un roman. Quelle forme je veux lui donner, à cette histoire d'amour, puisqu'il s'agira d'un roman d'amour. Soit l'exercice le plus casse gueule depuis l'invention de l'imprimerie. Tout à l'heure, devant l'ordi, j'ai falli fuir, faire un livre autre, sur autre chose, très différent. Et puis je me suis dit que si je prenais pas de risques, ça limiterait mon intérêt. Je me lasse très vite, j'ai besoin de stimulations, de difficultés, de lancer le mécanisme du problème / solution. Alors donc, un roman d'amour. Lui trouver la forme adéquate.

J'y retourne. Après une pause qui tombe à pic.

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#284

Une journée off avant la fin du salon du livre. J'ai fait une grosse mise à jour du site. Tous les textes courts publiés sont téléchargeables en PDF désormais. Il en manque très peu maintenant, juste ceux que je n'ai plus. Donc pour les ouvrages collectifs, les revues, les magazines, c'est ici, il suffit de cliquer.

J'ai pris une décision au sujet de Mes week-ends sont pires que les vôtres. Ce texte a presque dix ans, et il est épuisé depuis des lustres. L'éditeur m'avait proposé il y a longtemps de le retirer, en ajoutant un autre texte derrière. Mais ça ne me disait rien, et encore maintenant je ne vois pas l'intérêt. C'est un texte si ancien, autant le mettre en ligne, en plus il est très court. J'ai régulièrement des mails ou des lecteurs IRL qui me disent le chercher vainement, maintenant ce sera facile.

Et pour finir, encore une petite surprise.


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#283

Dans la presse ils s'énervent, et pourtant cette année, tout du moins de ma fenêtre, c'est assez différent. La première année vraiment agréable, oui agréable, le Salon du Livre cette année je trouve ça mieux que d'habitude. En boudant le salon, certaines grosses écuries qui produisent quand même globalement des romans à la con, avec des auteurs stars qui font leur numéro vomitif, en boudant le salon, donc, ces entreprises à décérébrer nous ont rendu une fier service. C'est un salon non pas du livre, mais de la littérature cette année.

Bien sûr, il y a encore des files d'attente avec des barrières, des auteurs sagement parqués, mais ça sent moins l'exhibition des bestioles. Bon, le fait est que j'ai délimité une zone de crapahutage plutôt préservée. Je circule entre le stand des Cahiers de Colette, l'espace du CNL et celui de la Région Pays de Loire, où se trouvent les éditions Joca Seria. Si ça se trouve c'est toujours aussi intenable ailleurs. Mais bon.

Évidemment c'est dû à mes partenaires de débats, et à mes voisins de signatures. Cette année, pas d'usurpateurs, de petites crevures vaniteuses, de gens dont je méprise la démarche, et dont la démagogie me donne le haut-le-coeur. J'ai dialogué avec Valérie Rouzeau (sur la notion écrivain / parolier) et Richard Morgiève (sur le Je).

Je retourne au salon mardi, j'ai encore un débat et une signature sur le stand des PUF. D'habitude c'était la punition, ce Salon, mais là, étrangement, j'ai hâte d'être demain. Je croise des amis, je rencontre des lecteurs, on discute, je récupère des manuscrits, c'est vraiment bien.

Sinon, mes chantiers avancent. J'ai mis en stand by l'oratorio, parce que j'ai pas de musique pour l'instant, et sans ça je ne peux pas poursuivre. J'ai des pistes pour le lieu où Juste après Cassiopée pourrait être monté et surtout créé. Je verrai ça dans quelques mois.

Le chantier principal, celui auquel je m'attèle désormais quotidiennement, c'est mon roman pour Fiction & Cie, au Seuil. Je dois le rendre en novembre, pour une sortie en janvier. C'est un roman d'amour, mon titre est provisoire alors je ne le dit pas, si ça se trouve il est vraiment trop pourri. Je cherche actuellement la forme, l'agencement, la structure. J'ai le matériau brut, mais j'ignore encore comment l'organiser. Je vais donc retourner au travail, en vous laissant sur une petite surprise.

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#282

Mise à jour du site. L'essai est sorti, les deux pièces aussi. J'ai ajouté une petite cover et une pièce sonore. J'ai énormément travaillé à mes projets en cours, mais là je ne peux pas encore vous en parler parce que c'est l'heure de partir au Salon du Livre.

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#281

Pendant ce temps là, en Turquie :

"LETTRE OUVERTE

Istanbul, le 15 février 2010

Nous sommes deux artistes turcs, Melis Tezkan et Okan Urun, travaillant depuis 2006 sous le nom collectif de "biriken".

Actuellement nous mettons en scène une pièce d'Özen Yula, auteur et metteur en scène contemporain turc internationalement reconnu.

Cette pièce s'intitule « Suce Mais N'avale Pas » (« Yala Ama Yutma » - 2008). Elle évoque une femme qui, après sa mort, devient un ange et est renvoyée sur Terre dans la peau d'une star de film porno sur le lieu d'un plateau de tournage, avec l'objectif de « sauver au moins une personne ». Dans cette pièce réaliste-fantastique nous interprétons l'héroïne comme une héroïne de science-fiction. Bien que d'un genre comique, « Yala Ama Yutma » adresse des sujets tels que les droits de l'Homme, les droits de la femme, et les déséquilibres économiques en Turquie et dans le monde.

La première, produite par notre collectif indépendant louant le lieu Kumbaraci50, était prévue le 15 février 2010 à Istanbul.

Le 2 février. Le journal « Vakit », quotidien islamiste extrémiste, publie un article qualifiant la pièce, son auteur et ses metteurs en scène d « immoraux ». Vakit a tenu des écrits diffamatoires et publié des faits erronés concernant la paternité de la pièce, son producteur et son intention. Le site web de Vakit expose des commentaires dangereux et incitant à la violence et à des actes criminels. Le lieu Kumbaraci50 et nous-mêmes recevons depuis par téléphone et par mail des menaces anonymes faisant référence aux écrits erronés du journal. Depuis ce jour et jusqu'au 12 février, Vakit a régulièrement publié des articles offensifs sur la pièce.

Le 8 février. La salle s'est vue fermée par la mairie locale de Beyoglu, sur le motif d'absence de sortie de secours aux normes. De nombreux journaux et personnalités du théâtre se sont joints pour protester contre le journal Vakit et ses propos.

Le 9 février. Le maire de Beyoglu a annoncé qu'il soutenait le groupe indépendant et la pièce « Yala Ama Yutma », et s'est engagé à re-ouvrir la salle dès que la sortie de secours serait en place.

Le 12 février. Le journal Vakit continue à diffuser des commentaires provocateurs et menaces anonymes dans une veine de propagande contre la pièce. L'avenir des représentations est encore incertain en raison d'une violence potentielle croissante, du temps perdu en répétitions et travail effectif, et du coût financier des interruptions dûes à ces évènements.

Le 12 février.
M. Ertugrul Günay, le Ministre turc du Tourisme et de la Culture, a exprimé son avis à la télévision : « (…) Je ne connais pas la pièce mais je pense que les artistes seront sensibles à certaines valeurs de la société. Je ne suis pas vraiment pour la censure mais j'ai mes propres critères (…) » (CNN Turk, 12/02/2010)

Depuis les premières provocations du journal, plusieurs artistes ont exprimé publiquement leur soutien envers nous. Certains organismes nous ont même proposé leur salle pour les représentations. Nous leur en sommes reconnaissants.

Mais le danger est là : nous sommes menacés par mail et par téléphone : le journal a rempli sa mission. L'idée commune de ces menaces - encouragées par le silence ou les propos ambigus des autorités - est que la pièce d'Özen Yula est une insulte envers les Musulmans et qu'il faut nous punir.

Nous en sommes donc arrivés à la triste décision de NE PAS JOUER « Yala Ama Yutma» en Turquie :

Parce que nous ne voulons pas servir de prétexte à la violence.

Parce que nous n'avons pas peur de dire que nous avons eu peur.

Parce que nous ne voulons pas, aujourd'hui en 2010 à Istanbul, jouer une pièce de théâtre entourés par une troupe de police.

Sachant que la liberté d'expression est un droit essentiel de l'Homme qui doit être protégé par les Etats et qu'en aucun cas les menaces envers cette liberté ne doivent être tolérées, nous désirons partager avec vous les questions suivantes :

- Existe-t-il une forme de censure en Turquie, pays se voulant libre, laïc et démocratique?

- Ces évènements étant parvenus à nous effrayer, ne vont-ils pas décourager les futurs artistes, metteurs en scène, etc. et donc induire l'autocensure au présent et à l'avenir ?

Melis Tezkan, Okan Urun"

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#280

D'habitude, ça arrive en mars, à cause de mon anniversaire. La pulsion de mort est diffuse, le sursis de la chair flagrant, me subir est insupportable. Alors je m'impose un coma, réinitialisation, à l'ouverture des yeux le disque dur valide sa défragmentation; le pyjama est bleu, le pavillon accueillant. D'habitude, ça implose, c'est tourné contre moi, juste contre moi toute seule. Et puis. Parfois. Tous les cinq ans, en fait, si on fait une moyenne.

Un phénomène cyclique, l'appel de la rupture, l'excitation vorace de la tabula rasa. L'envie de tout envoyer valser, tout, absolument tout et tout le monde. Faire sauter la baraque, jeter à terre le réseau social, atomiser quelques couïllidés au passage, couper des ponts à la tronçonneuse, exterminer tout rapport jugé déséquilibré ou toxique. Regarder comme ça flambe bien quand on y met du sien. Prendre un plaisir infini à disperser les cendres à travers la saison. Et puis. Se sentir libre face au désastre, Karl Krauss : "La situation est désespérée mais elle n'est pas grave". Repasser par la case crevarde, observer qui soutient et qui passe son chemin, avoir de grosses surprises, faire le tri. S'octroyer le luxe d'être officiellement ignoble, pousser le snobisme à vomir toute la vérité, tant pis si sa texture est celle du vitriol. Etre méchante, un peu, parce que ça fait du bien. Se recentrer grâce au massacre, dormir à peine et toujours avec un couteau. Etre cruelle, beaucoup, parce que c'est distrayant. Faire en sorte que chaque jour soit une narration inédite, imposer le statut de personnage secondaire à un maximum d'innocents, les rendre responsables de la médiocrité du scénario.

Se heurter à la solitude. A la vraie, celle qui s'accompagne de bruits blancs, pas la légère qui draine l'ennui. Biffer les regrets et tenir bon. Et puis. Une énième nuit et en chanson. La lassitude et puis le manque, surtout, le manque de lui.

Je suis rentrée à la maison.


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#279

J'ai fait une pause. Une vraie, une longue, sans écrire lire ni faire de son. Ou presque. J'ai observé, scruté ma vie, constaté que mon Je rapetissait. Mon essai prônait le contraire, quand j'ai relu le manuscrit j'ai ressenti le décalage entre l'écrit et le quotidien. Je ne peux pas me permettre de ne pas être cohérente, ça invaliderait tout, ma démarche, mon propos, tout ce que je défends, tout ce en quoi je crois. Alors le corps s'est levé, ce corps que j'habitais de moins en moins. Une pulsion salvatrice, une vraie pulsion de vie. J'ai fait mon sac, je suis partie. A présent je suis seule et tiens à le rester.

Je travaille de nouveau. Une lecture performée avec un musicien pour le 25 janvier à la Fondation Ricard. J'ai repris un texte assez ancien qui s'appelle Je suis le 21, j'ai ajouté des tercets entre chaque paragraphe. C'est un texte que j'aime bien, paru dans un recueil, je n'ai jamais eu l'occasion de le lire en public. Avec Yoann Romano, on cherche encore un peu, mais on a presque trouvé. Il jouera de la basse en live, les sons des machines seront préenregistrés. Demain nous répétons.

Je suis un peu en retard quant à la nouvelle liée à ma résidence au Lutetia, à paraître dans un livre consacré au centenaire de l'hôtel aux Editions Cadex. Mais bon, j'ai mon début, ma trame et puis ma chute. Ca devrait aller vite, deux nuits, je pense.

J'ai compris que Juste après Cassiopée était non pas un roman, mais le texte de l'oratorio que je vais faire avec Aurélie Sfez. Pour ce qui est du roman, je n'ai pas encore le titre, et j'hésite entre plusieurs axes, tous autofictifs. J'ai mes deux premiers paragraphes, ce n'est pas encore assez pour que ça me rassure, mais le chantier est lancé.

TINA dernière mouture est sortie il y a peu. Dedans, il y a mon entretien avec Jean-Jacques Schuhl. Tout bon lecteur de Raymond Roussel ne peut faire l'impasse sur la première partie d'Entrée des fantômes. Tout bon lecteur tout court, d'ailleurs.

Je fais mes premiers pas d'éditrice officielle et non juste de passeuse avec la parution de Victoria, tragédie contemporaine de Félix Jousserand, dans la collection Et hop créée par Eric Arlix aux Editions IMHO. Je l'ai rejoint il y a quelques mois. Je reparlerais plus en détails de ce livre ici. Le fait est qu'il me tient à cœur.

A part ça, si vous connaissez quelqu'un qui loue un petit deux pièces non meublé à Paris, n'hésitez pas à me contacter. J'ai donné un mois dans la colocation, j'enchaîne sur la sous-location, j'aimerais bien un truc rien qu'à moi histoire de récupérer mon chat et de me poser pour de bon.

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#278

C'est vendredi, la nuit, la performance au Mac Val c'était la semaine dernière. Ca c'est très bien passé et il y avait du monde. Le marathon est terminé. Désormais je travaille sur Juste après Cassiopée, à mon rythme. Là, c'est la phase de recherche pure, les premiers tâtonnements ; définition des personnages, de l'intrigue et surtout l'ébauche de la structure. Je la voudrais complexe, un peu ludique. J'hésite à tresser une trame autofictive en plus, ça peut parasiter l'histoire. Difficulté à me dire que je vais construire une histoire, cette fois. Mais ce n'est pas parce que je viens de finir un essai sur l'autofiction que je dois être prisonnière du genre. J'avais prévu depuis longtemps de travailler sur ce projet de roman où le Je ne serait pas le mien, où les Je seraient des voix autres, pas vraiment étrangères, mais construites de toutes pièces avec des bouts de moi, pas seulement des bouts de moi, imaginer davantage, projeter, aussi. J'ai envie de fabriquer un objet plus proche de Certainement pas que des livres autofictifs déjà commis.

Mon plan se voit toujours modifié en cours d'écriture, je crois que c'est impossible de s'en tenir à ce qui est prévu, on est toujours rattrapé, dépassé, par le flux. C'est justement ça qui est excitant : savoir que l'on ne peut pas savoir. Ni comment au final sera l'ouverture du livre, et encore moins à quoi ressemblera le chapitre final. Ce que je vis en ce moment, c'est de loin ce que je préfère. Je tourne autour de mes thématiques, je dessine, gomme, rectifie les traits de mes personnages, je détermine les lieux où se dérouleront les scènes. Je dois prendre des décisions fondamentales, aussi. Les descriptions, par exemple. C'est mon point faible. En tant que lectrice, sauf chez Balzac, ça me gonfle au-delà de l'entendement. En tant que praticienne, je suis nulle en description, je ne prends aucun plaisir à l'exercice, passe des heures sur deux paragraphes pour n'en garder qu'une ligne, du coup ça sent toujours un peu la sueur et le contreplaqué. Mais je ne suis pas certaine qu'il soit absolument nécessaire que j'améliore ce point, je veux dire que je devienne capable de faire des descriptions traditionnelles. Sauf que du coup, pour planter le décor et les persos, va falloir trouver des astuces, des formes. Alors j'essaie des trucs. Pour l'instant c'est très moche et ça ne fonctionne pas bien.

J'ai des pistes, quand même. Un système qui pourrait marcher, mais pour ça il faut que je l'applique concrètement, que je fasse plusieurs feuillets pour vérifier si ça tient le coup. Certaines intuitions doivent être immédiatement vérifiées, il arrive d'avoir une idée formelle très forte mais qui ne tient pas la route quand la langue vient à être injectée. La langue, d'ailleurs, j'hésite encore. Baroque vs clinique, deux voix donc deux styles bien distincts. La question reste : doit-il y avoir un narrateur omniscient, et comment le faire intervenir.

Bref, je m'amuse bien. J'ai un an pour écrire ce livre, j'ai dégagé le temps qu'il faut, plus que d'habitude, d'ailleurs. J'ai décliné toutes les propositions d'interventions, quel qu'elles soient, pour les mois qui viennent. J'ai envie d'être hantée par ce projet, comme ça avait été le cas avec Dans ma maison sous terre. Jusqu'ici, le maximum que j'ai mis pour un roman, c'est sept mois. En général, je passe quatre mois sur un livre. Je ne fais que l'écrire, en autiste absolue. J'ignore comment ça va se passer avec celui-là. Si je vais m'enfermer ou si je serai capable d'avoir une vie sociale en parallèle. Ca va dépendre de quoi je vais devoir me nourrir.

A propos de vie sociale, le prochain Mycroft aura lieu le 17 décembre. J'ai décidé de faire quelque chose de plus amusant que d'habitude. Du coup, il va se passer plein de trucs. Ce sera une soirée baptisée Le bon esprit de Noël. Chacun doit apporter un livre de poche qu'il a envie de faire découvrir. Il est conseillé de venir avec son livre déjà empaqueté, sinon je vais faire atelier papier cadeau comme une truffe en début de soirée. Mais bon, je vais prévoir quand même. De 19h à 20h, on entasse les cadeaux sous le sapin qui sera de petite taille rapport à celle de la galerie. De 20h à 21h, je ferai deux lectures, des extraits de La vie sur terre de Baudouin de Bodinat, lectures qui ouvriront les deux sets d'un concert très unplugged donné par Jean-Luc Le Ténia, dans la mesure où il n'y a pas de micro. Mais chacun sait que Le Ténia a la voix qui porte. J'ai demandé à Jean-Luc de choisir ses chansons les plus drôles : le texte de Bodinat étant à se pendre, s'il interprète ses jolies chansons tristes je vais être responsable d'un accroissement de suicides dans le XIème arrondissement. Après le concert de Jean-Luc Le Ténia, il y aura un live de Toog chez Udo. Les deux univers musicaux n'ont rien à voir, Le Ténia sera en guitare sèche, Toog est plus électro-pop, mais il y a une fausse naïveté qui les rassemble. Enfin je trouve. De toute façon j'ai envie d'essayer. L'important c'est que des livres et des textes circulent tout en passant une chouette soirée où les gens se rencontrent autour de la littérature.

C'est vendredi, la nuit, je ne suis pas chez moi. Je suis en résidence pour cinq jours dans un lieu assez particulier : l'hôtel Lutetia . Je dois écrire une nouvelle qui s'y passe, pour les éditions Cadex. Nous sommes trois auteurs à faire cette expérience. J'ai pris le parti de ne pas quitter l'hôtel de tout le séjour, pour être en totale autarcie. Je vais visiter les recoins, les cuisines, discuter avec le personnel et consulter le livre d'or, je suis arrivée en fin d'après-midi, je ne sais pas encore vers quoi va tendre le texte. Je pense que j'y verrai plus clair demain, je voudrais écrire le texte sur place, même si j'ai un délai de quinze jours pour le rendre. Je voudrais tricoter une vraie nouvelle, avec une chute. Du coup je vais devoir consulter Igor. Il est très fort en histoires et en chutes. De toute façon il est très fort. C'est mon héros.

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#277

Je commence à voir le bout du tunnel. Il me reste juste cinq à six minutes à écrire pour la perf de samedi, j'ai fini la musique et j'ai la chute. J'ai cru que j'allais devenir folle, hier. A partir de la semaine prochaine, je n'accepte plus rien avant un sacré bail, plus d'interventions, de textes de commande, de perfs inédites. Je suis épuisée, nerveusement et intellectuellement. Si je me mets quoique ce soit sur le dos, je vais m'écrouler, je le sais. Besoin de respirer un peu, de prendre une semaine off. Je rentre en résidence cinq jours vendredi en huit dans un endroit un peu particulier, j'en reparlerai.

Levée tôt ce matin, retrouvé l'envie d'écrire, réveillée par l'envie d'écrire, hier pourtant je pensais être évidée de tout. L'idéal serait de finir le texte avant de partir à mon déjeuner, mais peut-être qu'il faut que les idées décantent, on verra. Il me manque encore quelques informations pour tricoter cette petite partie du texte. Je travaille en collaboration avec Camille Ducellier, qui assure la vidéo et la banque de données sur les sorcières. Igor quant à lui récupère via eBay tous les numéros de la revue féministe Sorcières, ça m'aide énormément. Un travail d'équipe, cette perf.

Aujourd'hui je suis particulièrement en forme. Ca vaut mieux, j'ai Mycroft ce soir. La sélection de textes est faite, on lira des extraits de plusieurs livres avec Garance Clavel, des textes tous émouvants, sublimes, même, pour certains. Je ne dis pas lesquels pour que ceux qui viennent ce soir aient la surprise. On va donc faire la tombola des livres qui vous ont fait pleurer. J'ai hâte de voir le panel, dis moi qui te touche, je te dirai qui tu es.

En attendant de me décider, texte ou pas texte, répétition Mycroft ou douche direct, j'écoute ça.

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#276

C'est dans quinze jours, alors faut l'annoncer. Pour avoir un maximum de participants. C'est important compte tenu du jeu, les participants. Ca se passe mercredi 25 novembre chez Mycroft, c'est le retour de la tombola de livres.

L'idée, cette fois, c'est de faire découvrir à un autre le livre qui vous a le plus ému, voire celui qui vous a fait le plus pleurer. Chacun pourra en lire un extrait, Garance Clavel et moi, on va prévoir quelques pages de notre côté, des textes si possibles très différents, de Racine à Linda Lê, en passant par Rimbaud et Vian pour ma part. Je vais voir de quoi a envie Garance, elle passe chez moi demain.

De 19 à 21 h, on va faire ça, dans quinze jours : lire et entendre des textes qui remuent, chacun quelqu'un, peut-être tous. Transmettre son expérience de lecteur, qu'est-ce qui m'a touché, qu'est-ce qui touche. Ca ne pourra pas être que l'histoire, la langue sera en question. On va dire et entendre des langues d'écrivains, assis en tailleur chez Mycroft. Je pense que ça peut être très bien. Cette tombola va permettre de faire circuler des textes, et de partager des souvenirs de lecture. Ca fait vivre un petit peu les livres et parler de littérature.

De 21h à minuit, Niko de Mascara Disorder mixera de la cold wave chez Udo. On pourra continuer les conversations en mangeant une currywurst.

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#275

Trouver le titre a constitué une expérience maboulisante. Finalement je me suis arrêtée sur La règle du Je. Le mot autofiction apparaîtra dans le sous titre, c'est l'éditeur qui choisira la formule. Moi je verrais bien Autofiction: un essai, mais c'est peut-être lourd pour un sous-titre, il préfèrera simplement Essai sur l'autofiction, si ça se trouve. Franchement, les sous-titres, j'ai pas d'avis. C'est pour clarifier le produit, l'orienter vers sa cible, je sais parfaitement que c'est nécessaire, mais je ne suis pas très efficace.

Il me reste un chapitre à écrire. Une seconde annexe, le portrait de mon lecteur idéal. Le manuscrit a déjà fait un premier aller retour avec mon éditeur et mon comité de lecture perso. En plus de l'éditeur, je cible quelques proches ou connaissances capables de m'apporter leur point de vue par rapport à l'objet en cours. Pour l'essai, ça a été plus difficile de les choisir que quand il s'agit d'un roman. En plus l'autofiction, soyons lucide : tout le monde s'en fout complètement.

Je pensais pouvoir reprendre une vie sociale après l'essai, mais j'avais oublié que j'avais une perf prévue au Mac Val le 28 novembre. Je dois bosser dessus avec une jeune vidéaste, initialement sur la question de genre. Ce qui signifie que je suis censée encore me fader de la théorie. Seulement là, après l'essai, la théorie, je n'en peux plus. J'ai envie de tricotages en analogies, de pensée en escaliers, de mots qui rebondissent et d'un sujet plus ancré dans le symbolisme. Comme pour ma dernière perf j'ai travaillé sur le personnage de Lilith, là on va s'atteler aux Sorcières.

J'ai passé mon après-midi dans le studio 111 de France Culture. Le diptyque qu'ils m'ont commandé est en train d'être enregistré. Dans un premier temps, le volet 1, Le retour de Charly Orphan est réalisé par Alexande Plank, avec Eric Elmosnino dans le rôle de Charly Orphan, et Anouk Grimberg dans celui de Clotilde Mélisse. Ca a été très agréable, et intéressant, le dialogue avec les comédiens. La musique sera une création d'Aurélie Sfez, à partir du thème de Clotilde composé pour la BO de Dans ma maison sous terre. Elle va en studio demain. Les textes sortiront aux Editions Joca Seria en mars, je ne sais pas encore sous quel titre. Pour France Culture, Le retour de Charlie Orphan et Au Commencement était l'adverbe sont sous In texto veritas. Je pense que pour Joca Seria ce sera sous l'appellation Deux aventures de Clotilde Mélisse.

A part ça, j'ai un an pour faire mon prochain roman au Seuil, chez Fictions & Cie. Je constate que les auteurs sont pour l'instant préservés. Au niveau des attachées de presse, j'en perds une que j'aimais beaucoup, Gwenaelle Dréan, à la fois très professionnelle et extrêmement humaine. Mais il me reste Julia Polack, son assistante. J'espère qu'on ne va pas me réaffecter à quelqu'un l'an prochain sans Julia. C'est devenue une copine, elle vient même aux lectures Mycroft, enfin je veux dire, elle s'intéresse pour de vrai à la littérature contemporaine et à l'expé. Je n'ai pas encore mes chiffres définitifs quant aux ventes de Dans ma maison sous terre. Je suis a priori autour d'un petit peu plus de cinq mille. Ca m'a permis d'avoir un avaloir mieux que d'habitude sans avoir eu à demander.

Je devais encore un livre aux Editions Verticales. J'avais signé le contrat il y a plusieurs années avec Bernard Wallet. Bernard Wallet n'y est plus, j'ai un infini respect pour Yves Pagès et son travail, mais je n'avais pas de motivations pour rester. Un livre chez Fictions & Cie, un livre chez Verticales, un livre chez Fiction & Cie, ça me filait le tournis par avance. Je sors en parallèle trop d' objets dans des structures indépendantes pour ne pas avoir de maison mère pour mes romans les plus disons, traditionnels.

Le Seuil a racheté mon contrat à Gallimard, auquel est rattaché Verticales. On me dit que ce n'est pas une bonne idée de mettre tous mes oeufs dans le même panier, d'autant que le staff du Seuil va à Montrouge, et tout le tralala. Bon. Le Seuil, le groupe, c'est la crise. Mais à mon niveau, ça ne change rien. En imaginant que ce soit la pire des apocalypses, que, aller poussons bien le bouchon, soyons désinvoltes, paranoïa & Cie, Bernard Comment saute, c'est quoi la conséquence. J'aurai un toto qui ne comprendra rien à ce que je fais en guise d'éditeur, et qui me refusera un livre que du coup j'irai publier ailleurs. Trop grave. Je peux avoir un bouquin plombé à la sortie, aussi. Plus grave. Mais bon, hein le dysfonctionnement de la structure de diffusion j'ai déjà donné avec Certainement pas. La Martinière se fait racheter par un groupe pire? Je signerai un contrat chez un autre groupe pour racheter mes avaloirs à Danone, que voulez-vous. C'est déjà le bordel. J'ai connu deux éditeurs hébergeant qui ont fait faillite, j'ai participé à des comités de lectures pour des collections avortées, je vois tout le monde ramer et j'ai arrêté de m'acheter des escarpins.

Ne plus avoir un pied chez Gallimard, c'est se couper de Folio. Mais de toute façon je ne vends pas assez Les Mouflettes d'Atropos et Le Cri du Sablier, ils en n' ont rien à foutre de me mettre en poche, chez Folio. Les auteurs de chez Verticales qui finissent en Folio, c'est les classiques et les bancables, pas mon profil. Au moins chez Fiction & Cie, ça finit en Points Seuil. Parce que chez Points Seuil, ils s'intéressent à mon travail en dehors des chiffres. Les Juins ont tous la même peau, ils savaient que ça vendrait pas beaucoup, mais ils sont contents de l'avoir publié.

J'ai donc un an pour faire un roman. Ce roman sera Juste après Cassiopée, et sera une histoire d'amour. Puis ce roman sera décliné en oratorio. L'oratorio sortira peut être juste en cd ou en livre-cd, je n'en sais foutrement rien. Ce que je sais, c'est que je vais d'abord écrire le roman, inventer une structure narrative bien complexe, me prendre la tête comme pas permis. Je peux prendre mon temps, et je ne vais pas me gêner. Je ne me mets plus de chantiers annexes sur le dos, je finis novembre sur les Sorcières, et en décembre, je passe à Cubase. Une pause d'un mois, ça je vais m'y tenir.

En attendant il y a TINA, demain j'interviewe Jean-Jacques Schuhl.

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#274

C'est parti pour une apnée de 48h. J'ai un handicap, le corps a fait exprès pour rendre la tâche plus ardue, une crève. Pas trop grave, qui se dissipe peu à peu. Mais bon, une crève quand même. Fièvre et froid dans les os. Ca dissout la montée d'adrénaline, c'est dommage. Je crois que j'aime ça, de toute façon c'est la seule explication rationnelle. Je suis systématiquement en charrette, parce que j'aime ça. Assume-le cocotte point final. Là, je suis au bord de la catastrophe. Des tonnes de notes absolument partout, un problème de structure qui vient juste d'être élucidé, une cinquantaine de pages à écrire, à écrire pas à rédiger. C'est officiellement la panique, le plan d'urgence est lancé dans la Maison du Bonheur, le mot bouclage clignote au-dessus de mon bureau. Je suis passée par tous les états, l'abattement, la paralysie la plus complète, la crise de nerfs, la crise de larmes, et puis ensuite un apaisement. Genre mais comme c'est étrange, j'ai déjà vécu ça il n'y a pas si longtemps et ce coup ci c'est encore pire. Seul un deus ex machina pourrait me sortir de là au secours esquimau. Seul un deus ex machina, seulement il ne pourra venir de l'extérieur. La solution consiste donc à provoquer la phase maniaque et à la maintenir. Depuis le temps, j'ai quelques astuces. Le but est de canaliser le flux sur le chantier à terminer. Jusqu'à présent, ça a toujours fonctionné. Et je trouve ça extrêmement agréable, en plus. Pouvoir se taper sa phase maniaque à donf, sans emmerder toute la région, tout en finissant un objet. De l'optimisation d'être bipolaire.

J'ai enfin compris pourquoi je ne pouvais pas défendre l'autofiction telle qu'on l'entend : je n'entends pas le mot pareil. Problème d'écoute, oreille interne. Dans autofiction j'entends la notion de langue à 70%, parce que je suis la définition de Doubrovsky, pas celle du Petit Robert. Dans la série titre à la Massera, on pourrait lire ici : la meuf qui se rend compte que l'autofiction dedans y a plein de livres qui ont un problème de contenu. Mais heureusement, l'axe est ma propre perception de l'autofiction, La Maléfiction, le titre. Donc bon, ça ne change pas grand chose. Si ce n'est qu'il faut de fait radicaliser l'aspect littéraire. Mettre concrètement de la maléfiction dans l'essai. Ecrire, pas rédiger. Donc deux jours de off complets à venir. Et effectivement oui, être en absolue autiste sur word, c'est définitivement ce que je préfère. Même si je serai très contente de revoir tout le monde chez Mycroft le 21. Après c'est rebelote pour dix jours. Je dois rendre le manuscrit définitif à la fin du mois.

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