#38
Hier soir, inauguration du Salon des Vendeurs de Livres. Question : pourquoi est-ce que tous les ans je m'inflige cette obligation professionnelle qui n'en est pas une. A chaque fois c'est le même refrain, je ne supporte pas d'être enfermée dans une rame de métro même pas à heure de pointe mais je me déplace en sachant parfaitement que je vais me retrouver kidnappé dans un espace clôt en subite conversation avec des gens dont j'ignorais l'existence y a cinq minutes et qui m'émettront dessus avec insistance en me touchant le bras.
Hier après-midi j'ai eu une montée de stress assez violente : aux deux bouquins en cours se greffent un tas de petits chantiers et de commandes auxquelles je tiens, plusieurs d'entre eux doivent être rendus plus tôt, un week-end de boulot intensif avec obligation absolue de résultat probant m'attend. J'avais bossé jusqu'à 8h du mat, je me suis réveillée vers 15h déjà assez speedée, avalanche de mails et de coups de fils portant et sur les dits chantiers à rendre plus tôt et sur des interviews, je frôlais déjà l'hystérie, le monde entier se liguait pour m'empêcher de bosser, je refuse déjà plein de trucs mais pas assez la preuve, sensation vive d'être une espèce de buffet froid où tout le monde vient se servir, gros doutes sur ma capacité à réussir les dits chantiers en si peu de temps et dans un état mental aussi perturbé. Objectivement, j'étais en pleine crise de paranoïa, et quand je suis en pleine crise de paranoïa vaut vraiment mieux rester à la maison, vu que déjà à la maison les chats me regardent bizarrement dès que je quitte l'ordinateur afin de me faire culpabiliser.
Le Salon des Vendeurs de Livres, en temps normal c'est déjà la merde pour y accéder. A croire que c'est étudié pour. Cette année, histoire que le trajet soit enfin agréable, Igor m'a proposé qu'on y aille en voiture avec Jérôme Laperruque. J'aime énormément Jérôme Laperruque, il est aux antipodes de ce que j'exige d'un individu affublé de testicules, mais il est aussi drôle que doué, et particulièrement pas sot. A noter que les garçons qui ont de l'esprit, de nos jours ça cavale pas les rues.
Si le forum où je travaille n'avait pas passé l'après-midi à ramer, m'empêchant de fait de poster quoi que ce soit, y compris les réponses aux messages qui m'étaient directement adressés (je reçois tout ce qui y est posté par mail en parallèle, et ne pas pouvoir intervenir alors qu'en plus c'est mon boulot c'est particulièrement agaçant), toute la phase préparatrice du cerveau de mémé avant sa confrontation avec l'extérieur était objectivement optimisée au mieux. J'étais prête à l'heure, véritable miracle en soi, j'ai eu le temps d'absorber par voie pulmonaire de quoi garder une chouette distance avec le monde avant de monter dans la voiture, Jérôme avait même prévu les cd nécessaires à une création de Stimmung positive.
En fait en y repensant, si ça a été le cauchemar, c'est la faute à Delanoë. Si y a bien un truc qui me met hors de moi, c'est indéniablement l'acharnement des tendances écolo à transformer une ville en cataclysme urbain sous prétexte qu'il faut éduquer les gens. Et qu'une fois éduqué le citoyen lambda crapahutera à pieds et cessera sur le champ de polluer son environnement, tout passionné qu'il sera par les bienfaits de la dite marche à pieds, des vertus de la bicyclette et de la merveille de confort incarnée par les transports en communs. Y a pas à dire, Delanoë ça doit faire un bail qu'il a pas pris le métro en se fadant quatre changements en heure de pointe, sinon il serait plus lucide.
Je hais le tramway. J'ai toujours trouvé ça super anxiogène, à cause des rails incrustés dans l'asphalte, à cause des câbles qui bouchent le ciel de la ville déjà assez bas et lourd pour justifier ma consommation quotidienne de THC. J'ai habité à Montpellier un an, cette ville en soi était déjà monstrueuse, mais avec les travaux du tramway la place de la Comédie avait des airs de bouche de l'Enfer de Sunnydale. Depuis que je sais qu'il va y avoir un tramway à Paris j'ai envie de me pendre, de déménager, et accessoirement de demander à ma psychiatre qu'elle augmente mon traitement.
On a mis une heure et demi pour arriver au Parc des Expositions. Une heure de bouchons, une demi-heure de marche, de marche au milieu des travaux qui éventrent la route, pas de trottoirs, le vent dans la gueule et les bagnoles qui frôlent pas que le sac à main. J'avais déjà envie de chialer, sans compter que je loupais La Nouvelle Star.
Une fois sur place, autre question : comment ne pas être imbuvable avec ses amis et son fiancé, quand on se retrouve immergée dans un charnier frétillant et que chaque seconde ça gueule dans le crâne pauvre connasse t'aurais pas mieux à faire que ces mondanités de merde, parce que c'est que ça, des mondanités de merde, tu dis que tu t'y refuses aux dîners en ville, aux cocktails de lancement, aux soirées baise-pétasses, mais là tu fais quoi sombre truffe.
Tous les ans c'est pareil. Je ne supporte ni l'alcool ni les gens. Alors pour supporter les gens, je dois boire. Au bout de quatre coupes, comme je tiens super mal, ça commence à aller. Comprendre que je réponds autre chose que ah oui mais excusez-moi je dois absolument aller aux toilettes, ou dernière innovation ah oui mais excusez-moi je ne suis pas du tout Chloé Delaume en fait bougez pas je vais vous la chercher. Tous les ans c'est pareil. Je traverse les allées en tendant mon verre de stand en stand, ça n'a plus aucun sens : je dois boire pour laisser les gens me parler en me touchant le bras, alors pour trouver du champagne je parle à plein de gens que je ne connais pas, auprès de qui je minaude jusqu'à obtention du verre, et qui s'appellent des serveurs. Pathétique, n'est-il pas.
Alors comme d'habitude j'ai croisé des personnes dont je ne me souvenais pas, et plus symptomatique : j'ai moi-même dit bonjour et amorcé un babillage avec une fille que j'ai prise pour une autre et qui ne me l'a avoué qu'au bout d'un quart d'heure.
Au moment de partir pour le dîner post-ouverture traditionnel, il devait y avoir une amie dont c'était l'anniversaire, j'ai planté mes copains comme une truie sous lithium, avec Igor on a mis une heure pour traverser Paris en métro et trouver le bon restau, comme de bien entendu il était minuit et ils voulaient plus servir, je voyais triple, y avait du R & B à fond dans le taxi, j'ai échoué sur le lit à me gaver de pâtes à la bolognaises en regardant Six Feet Under et en concluant de bonne foi c'est ça le pire que c'était finalement la soirée d'inauguration la moins traumatique que j'avais vécue en cinq ans.
C'est la dernière année que je me fade ça. J'ai déjà rayé la fameuse soirée professionnelle de clôture, un piège à cons, l'année dernière je me suis retrouvée complètement déchirée à l'étage à vider coupe sur coupe pendant que des éditeurs que je ne nommerais pas par mansuétude se trémoussaient sur la Compagnie Créole en collant des attachées de presse particulièrement motivées. Déjà en soi ça fait très peur. Pour des raisons qui demeurent au final assez peu mystérieuses compte tenu de mon état, je me suis ensuite tapé un dîner où une infâme pouffiasse qui n'existait déjà pas et n'a plus publié quoi que ce soit nulle part depuis, m'a expliqué que j'étais "nulle en marketing", que j'avais "mal ciblé le public qui peut [m'] acheter", et que c'était dommage, parce que j'avais "physiquement le potentiel pour que ça marche". Pour parfaire le tout, Marc Weitzmann m'a expliqué super sérieusement que " en dessous de 7 000 exemplaires, on est pas écrivain". Ceci dit je ne peux nier l'intérêt d'avoir supporté de tels propos sans y répondre de manière à finir aux Assises : j'ai pris plein de notes en rentrant, et ça a permis à toutes les citations du passage de Certainement pas portant sur le milieu littéraire d'être exactes, un bon copier/coller de (sic).
Donc c'est la dernière fois. Demain je signe à 16h, avec Eric Arlix, ça va aller. La signature ça va. Je ne fais plus de signature en librairie si y a pas lecture avant parce que ça n'a pas de sens et que ça fait Nolween Leroy. Sur le salon y a pas le choix, déjà les débats c'est inaudible et tout le monde s'en fout, alors une lecture sur un stand j'aurais l'impression d'animer un évènement saucisson à Carrefour. Comme je ne suis pas Amélie Nothomb je n'ai pas une queue encadrée de barrières, j'ai le temps de parler aux gens, je suis assise derrière une table donc personne ne me touche le bras, et comme depuis que le malentendu du Cri du Sablier est passé tous mes lecteurs ont un cerveau c'est plutôt pas désagréable.
Enfin ça n'empêche que c'est pas très cohérent quand même. Parce que compte tenu du temps que ça prend, d'aller faire la signature, je vois bien la tronche de ma journée de demain. Va falloir partir à 14h30 pour être à 16h sur le stand. Ce qui veut déjà dire que si je me fais une nuit de boulot, ce qui est obligatoire en ce moment, je vais être assez perturbée et complètement crevée. Pour peu qu'un ou deux psychotiques se pointent comme d'habitude pour m'expliquer que je suis la femme de leur vie en raison de ma carence en sérotonine, je risque cette fois de me contenter de les envoyer se faire foutre, et pas du tout dodeliner de la tête en leur conseillant de bien suivre le traitement que leur a donné le docteur. Et je ne vais pas pouvoir m'empêcher de penser que c'est absurde, vraiment absurde, de perdre une après-midi à rencontrer des lecteurs alors que ça m'empêche justement de bosser sur les prochains livres. Et que le plus important pour les lecteurs normalement c'est ça, préférer lire les bouquins à venir plutôt que de me dire bonjour en évitant s'il vous plait de me toucher le bras. Mais bon, ça va aller. J'espère que ça va aller.
Et puis ça peut être utile. Igor a raison : à force de me terrer j'ai très peu de retours sur mon boulot, des fois j'ai l'impression de vraiment travailler dans le vide, les articles c'est tellement rare qu'ils aient été rédigés par des journalistes qui ont lu plus que le quatrième de couverture que ça ne me soutient pas franchement, à de rares exceptions près. Il suffit de pas grand chose pour cerner le profil du lecteur qui se déplace. Et c'est vrai que je ne peux pas me plaindre, j'ai pas d'amatrices de roman de bonne femme. Des fois se dire qu'on a en face de soi quelqu'un qui comprend ce qu'on fabrique ça fait quand même du bien, c'est suffisamment rare pour que ça fasse au moins du bien.
Demain, avant de partir, lire à haute voix jusqu'à s'en convaincre pour de bon cette extrait des Méditations carnavalesques de Jean-Luc Giribone :
Un jour, je décidai de vivre à la surface de la vie. En un tournemain je parviens à m'affranchir des vecteurs labyrinthiques d'approfondissement, des contenants d'intériorité maladive, des contenants d'intériorité saine, et même de certains appareils psychiques, pour strictement maintenir mon existence dans l'épaisseur nulle d'une surface.

#37
Je n'arrive pas à répondre aux mails des gens, y compris quand les gens sont des amis ou juste des individus suffisamment cohérents pour que je n'aspire pas particulièrement à les virer de mon carnet d'adresses.
Ca commence à devenir un problème. J'y peux pratiquement rien, c'est une histoire de jauges : communiquer quelque soit mes interlocuteurs et les médiums, au bout d'un certain seuil je bloque. La jauge est objectivement à sec, plus de stocks ni pour dire ni même pour émettre.
J'ai été en rapport avec les composants essentiels de mon réseau affectif la semaine dernière. Anniversaire, ne pas revivre celui de l'an passé, établir une liste exhaustive, extrèment exhaustive des voix qu'on a envie d'entendre, calculer les combinaisons des dites voix, choisir celles qui sauront se mêler sans sombrer dans la cacophonie. C'est pas que ça tienne du trauma, mon anniv de l'année dernière. C'est juste que la journée ressemblait à du Bonitzer avec des plan-séquences que Rohmer lui-même aurait pas osé. La soirée je ne m'en souviens plus. J'avais dû faire en sorte d'être en pilote automatique ou j'ai scotomisé après, je sais pas. En tout cas ça a bien marché. J'ai beau racler dans tous les recoins, y a plus un seul fichier qui s'accroche au cortex.
Cette fois-ci je voulais qu'il se passe un truc, quelque chose, n'importe quoi pourvu que je n'en sois pas rendue à conclure en me couchant la même chose que le 14 mars de l'an dernier. Le 14 mars c'est pas du tout mon anniversaire, mon anniversaire c'est le 10, mais j'ai retrouvé un cahier où j'avais pris des notes en précisant la date. Je ne mets jamais de date nulle part d'habitude, là je sais pas pourquoi mais 14 est écrit en gros, si ça se trouve si j'ai pas de souvenirs de ma fin de soirée d'anniversaire c'est parce qu'elle a été suivie d'une descente carabinée qui a duré la semaine. En y réfléchissant bien c'est pas si impossible.
Toujours est-il que sur la page, y a écrit:
"14 mars, toujours à Jean-Pierre Timbaud.
L'avantage d'avoir une vie de merde, y compris en période d'anniversaire, c'est que ça donne de la matière pour faire une chouette pièce pour France Cu."
Heureusement que j'ai pas fait de TS dans la foulée par inadvertance, j'aurais fait culpabiliser pour rien Laure Adler.
Aujourd'hui 14 mars, enfin le 15 vu l'heure.
Je travaille sur le Vian avec une fougue gastéropodienne. Je ne suis toujours pas fixée sur le titre. J'ai des tonnes de notes pour les perfs à venir et le livre-cd lié au chantier J'habite dans la télévision, plus une quinzaine de pages définitives pour sa version finale. Dont je n'ai en fait toujours pas idée. A cause du roman sérieux que je veux faire ensuite. Ensuite, quand j'aurai le temps. Mais c'est pas possible de demander au cerveau de se la fermer une fois qu'on a un dossier ouvert. Trop de dossiers ouverts : ça bug.
Aujourd'hui 14 mars, je ne sais toujours pas si J'habite dans la télévision va donner et donc est un petit livre-cd, un roman avec un cd, un roman et un cd, un roman et puis finalement pas de cd, un roman et des mp3 à télécharger pour rire, ou un roman et des mp3 tout court à télécharger. Déjà.
Et depuis une semaine je me demande si au fond J'habite dans la télévision ça ne serait pas plutôt la première partie du dit roman sérieux que j'ai prévu de commencer après. Or si c'est le cas ça voudrait dire que depuis novembre je travaille déjà sur ce fameux manuscrit fantôme qui a changé soixante fois de titre sans avoir pour autant trouvé de nom à ce jour.
Du coup je ne sais plus où je parle, de quoi je parle, de quoi je dois parler. L'espace, l'objet, ça fait sens, il faut incorporer cette donne en amont. Où je parle, de quoi je parle. Qu'est-ce que je raconte. Où est-ce que je dis.
Je sais parfaitement ce que je veux dire, dans ce roman prévisionnellement sérieux. Comment évidemment c'est pas le problème non plus, j'ai des idées formelles extrèmement précises, c'est ce que je dois raconter qui me pose un problème, un vrai problème fondamental.
Je voulais qu'il se passe un truc : le formalisme, même avec le soutien cuirassé d'une batterie stylistique ne peut venir à bout de la narration traditionnelle. Le précipité ne prend pas dans le tube à essai, je voulais qu'il se passe un truc, ça bouge dehors mais c'est la cata dans le labo. Ca m'est déjà arrivé d'avoir une expérience en cours qui me saute à la gueule, sur La Vanité des Somnambules j'avais pas trouvé la voix du corps et comme une truffe j'ai pas osé reprendre une casserole propre, encore moins annuler le protocole en cours.
J'ai mon sujet, fermement mon sujet. Je ne l'assumais pas en frontal, parce que ça a un côté à la con, faire un roman sur son rapport à la télévision. Bah oui, ça sert à rien de nier, la télé-réalité, le vidéodrome, ça ne change rien au fond, le rapport à, le subjectivisme, l'ombilic des lambeaux du je confronté à, s'attarder dans les douces contrées de l'imaginaire pour empaqueter le problème est-il bien raisonnable.
Le confort ça tue, paraît-il. L'inspiration comme ils disent, la volonté plutôt. Faut entendre par confort stabilité, d'ailleurs, pas fauteuil moelleux et frigo fauchonné, juste un lieu unique et un machin qu'on peut pas appeler autrement que l'amour, des fois c'est même bien emmerdant qu'on puisse pas l'appeler autrement parce que c'est cent fois plus gênant de dire juste l'amour que de se faire surprendre par sa grand-mère en plein boukkaké.
C'est pour ça que c'était vraiment une bonne idée de faire une pause avec l'autofiction, tant que je mettais encore un voile de pathos à la con sur la notion d'autofiction. J'ai utilisé que des matériaux excessivement souffreteux à chaque fois que je l'ai pratiquée, l'autofiction. Le Je par le prisme de la fiction, ça veut pourtant pas dire le Je orné de ses croûtes les plus mirifiques.
J'ai le sujet. Des agencements. Le matériau. Ce qu'il manque c'est le fil narratif global. Attendu que je n'en ai rien à foutre du fil narratif global, attendu que je n'ai pas très envie non plus de perdre du temps à ourler de jolies histoires pendant que la propagande télévisuelle devient, preuves à l'appui de plus en plus inquiétante et stigmatisante, attendu que de toute façon les personnages de fiction sont des transpositions et des transferts quoi qu'on en dise et en assume, attendu que je ne trouve cette fois aucune utilité par rapport au sujet, et aucun plaisir à dresser le fameux foutu profil psychologique des personnages et confectionner leur fond de glotte : je vais dire Je et ça va pas traîner.
C'est pas possible de s'être braquée à ce point. Le confort ça tue, parait-il. L'urgence est différente, c'est tout. Et heureusement. Parce que j'ai vraiment eu la trouille. Assimiler l'urgence à la douleur, ça ne m'arrangeait pas trop. Découvrir que mes choix de vie étaient châtiés pour protectionnite aigue non plus.
Ce qui est pratique, quand on réalise subitement après des mois d'angoisse mansardés que ça y est, on a dans l'ordre et ça c'est important faut les avoir dans l'ordre sinon c'est du souci houla, et le titre et le sujet et la trame narrative et les agencements principaux, c'est que les jauges se remettent toutes dans le vert. Direct. Aspiration platine, désirs à 8 000 points assouvis, prisme frétillant.
Ca va beaucoup mieux tout d'un coup. Un roman officiellement en cours, c'est dingue ce que ça vous booste une vieille autiste, je vais de ce pas ouvrir Outlook. Quoi que. Dans deux jours c'est le salon des vendeurs de livres, je ferais mieux de me ménager.

#36
Ca fait des mois que le livre était dans la pile des à lire, entre des lettres, des manuscrits, des relevés de comptes, des factures, des enveloppes à peine décachetées et des cartons gros grains qui s'acharnent à m'inviter on se demande bien pourquoi.
Des mois qu'il était là, sur l'étagère de gauche, à cinquante-trois centimètres de moi, j'ai compté, cinquante-trois centimètres entre l'étagère de gauche et le fauteuil du bureau que je ne quitte jamais, ce qui accessoirement explique probablement l'absence de fermeté de mon arrière-train.
J'ai perdu la lettre et donc l'adresse qui va avec. Je suis momifiée par la honte. Un objet littéraire pareil, j'en croise un toutes les Saint Glin Glin, je passe mon temps à chouiner que rien de rien, déjà les textes expé faut s'armer de patience et remuer de la truffe, alors les organiques, les lyriques qui assument le sang noir et les glaires autant rêver debout. Alors qu'en fait il était là, là et depuis des mois, cinquante-trois centimètres, je mérite l'échaffaud.
C'est à cause de la couverture. J'avoue. Moi qui suis la première à hurler qu'un bouquin ça se passe de marketing, j'ai reposé le livre à cause de ça, de son extérieur, littérature et packaging, au fer rouge qu'il faut me marquer. J'ai même pas regardé sérieusement le nom de l'éditeur, dû à peine reluquer la quatrième de couv, je vais pas m'en remettre d'avoir été si nulle. J'ai un piètre argument en guise de cache-cervelle, rien d'autre pour me défendre. L'usure et la fatigue. Parce qu'à force de tomber sur des opus flirtant avec l'auto-édition par défaut, dès que l'objet fait cheap et un chouia ringard j'ai l'alarme poète maudit pécrave en mal de soutien qui s'allume. Que le Petit Robert et ses potes me pardonne, j'ai l'instinct de survie pour le moins mal placé parce que placé partout et à n'importe quelle heure du jour et de l'ennui. En plus ça s'aggrave avec l'âge. Avec les éructations de la boîte aux lettres, aussi.
Les éditions du Parc c'est pourtant pas La Pensée Universelle, putain mais mes neurones avaient pris des vacances ou bien c'était la weed, c'est vraiment pas permis de zapper ça comme ça. Bon, c'est vrai que leur catalogue m'avait pas convaincue, pour le peu que j'en ai lu. Le roman de Pierre Jourde m'avait vachement déçu, surtout après avoir lu ses pamphlets si justes et efficaces, je m'attendais à plus, à nettement plus je sais pas quoi mais quelque chose qui en impose, en impose vraiment pour de bon. Or Dans mon chien c'était pas le cas. Le Pierre Mérot non plus, Petit Camp ça l'avait pas fait, j'avais détesté Mammifères, enfin je dis détesté mais même pas, ça m'avait rien fait du tout, Mammifères, les états dépressifs des quadra alcooliques qui "fustigent en filigrane la société contemporaine" (sic dans l'article linké, comme de bien entendu) ça m'a toujours gonflé. Et puis il se passe rien, la langue est juste chargée à l'instar de l'haleine, ça s'arrête net et là. En même temps j'avais quand même vérifié, vérifié qu'un roman Flammarion lauréat du Prix de Flore 2003 pouvait avoir été écrit par un auteur intéressant, que si l'éditeur et le président fondateur du prix était la même personne ça n'enlevait peut-être rien à la qualité réelle de l'ouvrage (rires). C'est pour ça que j'avais acheté un livre antérieur de Mérot, au Parc. Genre soyons honnête et objective, menons l'enquête perdons du temps mais soyons sourde à cinquante-trois centimètres.
Il s'appelle Tarik Noui. Il avait vingt-neuf ans quand le livre est sorti, en 2003. La Désolation des Singes. Il n'y a pas d'articles via Google. Aucun disponible aujourd'hui ou aucun à l'époque, je ne sais pas. Imprimé en février, office de mars, loin de la cacophonie septembreuse, il est passé inaperçu sauf pour les vrais lecteurs dont je n'ai sû faire partie. Ressortons le fouet, les orties, encore un coup, ça le vaut bien.
La Désolation des Singes n'est pas un roman, c'est une partition, une partition pour un choeur agonique, une voix détachée choryphée, décomposition lente des corps mutilés, rythmée par le crissement des os broyés par la machine. Un lieu unique, métonymique, l'Usine. Post-apocalyptique, métaphore temporelle, un récit de viscères esclavagisées, Guyotat n'est pas loin mais la langue de Tarik Noui est unique et souveraine, dégagée de Surmoi. La chair des gueux, la boue, l'acier : la dernière phase autophagique d'un capitalisme tétanos. L'aliénation comme unique mode, même la prostitution n'est plus envisageable comme axe de survie, un magma de globules soumis, un joug indéfectible, la réification passe par le collectif des entrailles sacrifiées sur l'autel productivité.
"Votre lucidité m'est chevillée au corps" : noter et renoter cette phrase, ne pas l'oublier, savoir combien elle s'applique au lecteur qui referme La Désolation des Singes. En déduire qu'on est plus nombreux que prévu, peut-être infiniment plus nombreux. Même si le silence est abject, même si les relais sont viciés, même si le pire seul les fascine, même si la désertion effleure à force de lézardes lassitude. Il existe des auteurs qui lorsqu'ils se présentent utilisent le mot langue comme seul état civil. Il existe des auteurs tout court. Leur brushing il est vrai est rarement impeccable.

#35
Relu Le Monde Jou d'Eric Arlix, version livre. Ca le faisait déjà grave sur manuscrit, mais avec l'objet en mains, c'est pire. Pire parce que dire mieux serait vulgaire, compte tenu du texte.
A noter au marqueur au dessus du bureau, histoire de se calmer tout de suite : "Je ne suis plus moi, la fiction m'a emporté en surcharge d'ego". Je m'en remettrais jamais de ne pas l'avoir faite moi-même, cette phrase. J'en suis blette de jalousie.
En interne, ça cacophonise pas mal sur cette problématique ingérable : la stylistique au service du politique tu causes tu causes c'est tout ce que tu sais faire. Et sur une autre aussi. Dégager les brêles et les geignards de son carnet d'adresse, ça élève le niveau même si le général reste très faible. Par contre, ça met la barre un peu trop haut, parfois. Et depuis ce bouquin j'ai des courbatures au cortex. Un tas. "Je ne suis plus moi, la fiction m'a emporté en surcharge d'ego". Certainement pas fait 360 pages, ça aurait pû tenir en une ligne, la preuve.
Conclusion : une fois le Vian achevé, boucler la version finale de la fiction commandée par France Culture, et se mettre au boulot fissa. Au vrai boulot. Ca commence à prendre forme mais c'est un gros chantier. Si jamais le résultat final se résume encore en une phrase arlixienne je me pends. Ou j'élève des siamois à la campagne, ça contrariera moins mon fiancé.

#34
Encore malade. Turin sous la neige, Paris sous la boue, mémé sous la couette. Urgent : échange corps indéniablement vétuste contre n'importe quel habitacle, organique ou non.
Annulation in extremis de ma participation demain à Blois sur l'autofiction : à 39° à part gémir je ne peux rien faire.
Mise en ligne de deux mp3 sur le site des éditions è®e : Goth_Pen² (5'24) et Will Wright m'a tuer (4'57). En streaming sous peu sur Tiramizu.
Reçu après que le paquet ait fait une promenade je ne sais où une composition du meilleur chanteur français du monde, Jean-Luc Le Ténia. J'ai plus qu'à écrire ma partie et à chanter faux dans le micro, un coup d'ACID et ce sera dans la boîte. Duo gidouillesque en perspective, donc.

#33
Les interventions postées par le collectif de Terraformation sur le blog AEIOU sont archivées ici.
Ce qui en soi constitue une bonne nouvelle.
Sans compter qu'une infection des amygdales, ça peut s'avérer très joli en gros plan. Et ça, c'était pas gagné.

#32
Pour des raisons totalement mystérieuses, mon Outlook est tragiquement décédé.
J'ai donc *PERDU TOUS LES MAILS* reçus jusqu'à ce matin (17.02). Je n'ai de fait plus de trace de certains projets et messages. Il faudrait donc me *RENVOYER* les mails importants.
Ce serait bien. Sauf que je parie que ça va jamais marcher mon annonce ambiance la petite Jennifer est attendue à la caisse centrale.

#31
Mise à jour peu et_hopienne. Manque de motivation fortuite. L'IRL qui prend le dessus c'est jamais bon pour le pc, désertion inéluctable du poste de travail.
Achevé le texte pour Transfuge. Je jure sur la tête de Temesta que la revue est extrêmement dynamique comme ne le suggère absolument pas leur site. J'en profite également pour supplier quelqu'un de faire quelque chose au plus vite. Transfuge c'est un peu Le Matricule des Anges mais exclusivement pour la littérature étrangère. Et c'est du bon boulot, fouillé et tout. Les bonnes revues papier ont quand même souvent des sites un peu pourris, n'importe quel webzine à la con est plus lisible, et pourtant au Matricule y a énormément de données, c'est du gâchis ma bonne dame.
On peut reconnaître les puristes à leur austérité, me répondra-t-on en ayant pas tort. Soit. Mais je ne demande pas du Flash avec des libellules qui se trémoussent sur du R&B, j'aspire à l'extradition de l'Optima taille 18. C'est plus pratique d'être auteur que directeur de revue. Quand on me dit que mes mp3 filent des acouphènes qui font fuir les gens je peux répondre tant mieux sans changer de sujet parce que j'ai rien à vendre ici. Les livres y a pas de liens direct. Je peux être laide à loisir, ma survie n'en dépendra pas. Un site d'auteur c'est une pustule egotique, aucune réelle nécessité. Pour les éditions et les magazines indépendants, si.
De la com, la vitrine, on y revient, la vitrine comme celle dans laquelle j'avais une poupée japonaise. Une petite vitrine hermétique, une boîte en verre. Regarder pas toucher. Mais regarder quoi rien. Rien du tout. Des informations consignées, et des grognements de salons. Combien le petit chien dans la vitrine.
Je reprends. Transfuge. Thématique sur le voyage. J'ai horreur du voyage. Je déteste les récits de voyage, je suis en proie aux spasmes dès qu'on dégaine trop près de moi des photos de voyage, j'ai envie de mourir quand je suis kidnappée par une conversation où l'on doit échanger nos impressions de voyage. Le pire c'est les anecdotes qui se passent dans les aéroports. Rien qu'en entendant le mot voyage j'ai un besoin urgent de Primpéran. J'ai jamais été foudroyée par les soleils mouillés, c'est pourtant pas faute d'avoir manqué de traîtres yeux. J'ai rien à dire sur le voyage, mais alors rien à dire du tout.
A part qu'en ce moment je passe toutes mes nuits à Poudlard, et qu'en hiver la vue vaut presque celle d'Heilderberg quand on est à dos d'Hippogriffe. Mais bon. Je vais pas à chaque fois faire le coup des pixels, affrontons une bonne fois pour toute ce foutu rapport à l'espace. Atelier Lutte en Extérieur. Visualisation du catalogue. Pour une réactivité optimum, lancer une recherche sur le souvenir en zone hostile le plus violent.
Igor a dit Marseille. Et il avait raison. Marseille est une queue rance premier refrain. Du sperme rance colle aux semelles de tous les escarpins couplet. Marseille n'est pas une ville c'est une malédiction. Aux chœurs de reprendre en rythme elle est belle elle est mignonne, c'est une bien jolie personne. Souligner le e muet. Ca peut être le signe de la disparition. D'une certaine expérience. Celle de l'année si légère et ludique pleine de petits chantiers.
Deux à trois petits trucs par mois, qui déjà partent dans tous les sens. Sur ces deux à trois petits trucs par mois, quelques uns sont liés au même projet mère. Au bout d'un moment, ça finira par donner plus qu'un truc. Oui. Eventuellement une jolie chose, mais pas un objet. Pour en faire un objet il va falloir du temps. Durant lequel je ne vais plus aller à Poudlard, mais finir tout ça sérieusement. J'habite dans la télévision, entre autres. Ca tombe bien y a une perf samedi. Il va falloir du temps, je disais. Du temps : deux jours. *Le cannabis : parlons-en.*

#30
La magie du capitalisme phase terminale vient de se pencher sur mon cas. A la base, un petit rien du tout, une bonne idée même on peut dire. Une rencontre virtuelle avec des lecteurs, une signature en librairie version cyber, papoter sur écran en sirotant du coca light et en fumant des Lucky sans que le tenancier des lieux redoute que ses rayons de papier bible empestent la cendre froide. Evidemment que j'ai accepté. Un chat sur un site de vente de livres en ligne : une rencontre en librairie sans les emmerdements, pensez-donc. Le bonheur.
Bien sûr, c'était prévu sur le site de Cdiscount. Alors j'aurais pu faire preuve d'un peu de jugeotte, faire un petit parallèle IRL, la rubrique livres de Cdiscount et le rayon bouquins de Casino, par exemple. Mais Cdiscount j'y vais que pour les DVD, pas pour acheter ma lessive. J'ai plutôt pensé à la Fnac en plus cheap et zédeuse, on y a chopé l'intégrale de Mothra-la-mite-géante il y a peu, et puis le en ligne ça change tout, une interface comme une autre, je me suis pas posé de questions, un chat c'était dans mes cordes point. Ca restait cohérent, peut-être même un brin rigolo, plié en deux heures maximum.
Et puis ce matin, un peu comme chez Julien Courbet, soudain c'est le cauchemar. Même avec un quinze feuilles de skunk, un Photoshop bloqué à l'époque de Mothra-la-mite-géante et un conséquent désastre neurologique consécutif à une formation en école de commerce, je pensais pas qu'un esprit soit suffisamment perturbé pour pondre un truc pareil. En même temps, et c'est bien ça le danger, c'est super drôle.

#29
Pétition lancée par Le Nouvel Obs "P2P nous sommes tous pirates". A noter que ces dernières années on ne dit plus pétition mais appel. Un dossier très complet est consacré à la question.
Ariel Wizman figure dans "les premiers signataires". Si j'avais pas une trachéite carabinée je rirais bien à luette déchaînée.

#28
C'est un drame qui se confirme : j'ai des lecteurs de droite. Mais vraiment de droite. Pas juste socialistes, des gens de droite-droite. Genre qui trouvent que Sarko est un mec bien mais un peu vert, à qui faut laisser encore quelques années avant qu'il soit au top de l'efficacité. Genre qui trouve ça doux à l'oreille, les glissements danteciens. Sur les 17% du joli mois de mai, j'ai des lecteurs. Assidus. Limite fans. Déjà qu'avoir des fans ça donne envie de se pendre tellement le sentiment d'usurpation bousille le cerveau pire qu'un cancer du bulbe phase terminale, avoir des fans de droite ça traumatise carrément.
Je ne sais pas quand est-ce que ça a commencé, mais faut trouver une solution d'urgence pour que ça finisse. Parce que la bonne excuse « c'est des anars de droite », ça prend pas avec moi. Y a des oxymores qu'ont la vie dure, mais quand même. (A propos d'anars de droite, j'ai découvert ce truc stupéfiant l'autre jour, Primpéran vivement conseillé avant lecture des archives).
Au début, j'y ai pas vraiment prêté attention. J'ai juste demandé à une feue revue brune et métastasée qui s'était clonée sur le net d'enlever mon nom de leurs références, et accessoirement une photo de vacances prise par un poète psychotique, où la présence de benzodiazépines dans mes artères se manifestait avec beaucoup de virulence malgré le noir et blanc. Je m'étais dit qu'ils avaient dû mal me lire, voire pas m'avoir lue du tout. Que c'était pour apporter une petite touche de contemporanéité à leur charnier. Que mon 90b avait dû les émouvoir, ça les changeait du foulard Hermès sur le chemisier Claudie Pierlot. Que mon ex-mari ayant publié chez eux, comme les bonnes femmes qui font des livres à défaut de la vaisselle elles doivent quand même être l'ombre du soutien de famille, y avait pas de raison qu'ils tentent pas le tarif de groupe. Qu'ils avaient mal pigé une blague de ma grand-mère sur les arabes dans un des opus, me l'ayant attribuée à tord comme les gosses du BEP compta de Trappes qui n'avaient rien compris à l'adaptation théâtrale du Cri du Sablier l'an dernier, à part que mon père avait tué ma mère et mon chat, évènement qui m'avait rendue raciste et incapable d'écrire "en français normal". Mais c'était pas là que ça se jouait, je le savais très bien. C'était sur quelque chose de beaucoup plus pervers.
Il y a quatre ans, un poète expérimental m'avait beuglé à table que Guyotat faisait « de la littérature fasciste ». Il entendait par là un rapport à la langue conservateur, une défense de l'esthétisme de la langue. La langue comme matériau vivant c'était mal parce que « la langue n'est pas politique en soi ». Evidemment je n'étais pas d'accord du tout, j'y croyais même pas d'entendre un telle connerie, connerie grassement partagée par les autres pouêteux convives qui fermaient poliment leur gueule mais n'en pensaient pas moins, vu qu'on trouve difficilement plus lâche qu'un producteur de poésie subversive dans ces cas-là. Il va de soi que l'attaque portée à Guyotat, qui est effectivement l'écrivain français que je respecte le plus, n'était que l'introduction d'un chouette monologue démontrant combien ma démarche était "anti-révolutionnaire", et ça va de soi, "fasciste".
Ce qui est assez rigolo, c'est que ce charmant garçon quelque peu aviné, ainsi que certains témoins irréductiblement muets de cet incident, publient ce mois-ci un texte dans la revue de Bernard-Henri Lévy, La règle du jeu. Apportant de fait leur caution à ce collectif comme à son directeur de publication. Ca c'est un acte politique. Et révolutionnaire. Sacrement subversif. Je ne dois pas être injuste, s'ils se retrouvent à signer dans la revue de BHL c'est à la demande d'un ami, un auteur qui fait du bon boulot, et qui s'est retrouvé là pour des raisons perso. Mais faut pas abuser. Ni singer de tout mélanger naïvement, les affects avant le travail, surtout quand on se revendique politiquement si investi, infiniment investi, indocile et si subversif. Moi aussi j'ai reçu le mail pour participer à cette mascarade. Et ça m'a pas franchement mise en joie d'y avoir répondu par un silence perpétué depuis. Humainement ça affecte. Mais faut savoir ce qu'on veut, qui on est, où on se place. Y a un prix à payer, et c'est pas à l'éthique de raquer dans ces cas-là. Y en a pas assez en stock, de l'éthique, c'est trop fragile pour en sacrifier. Et tant pis, sincèrement, si à terme je n'ai plus le moindre ami dans ce milieu de schizo-arrivistes. J'aurais toujours assez d'alliés, se sera peut-être la TAZ des psycho-rigides, y aura peut-être plus qu'à Arlix et à Wallet que j'adresserai la parole, on en sera peut-être rendus à user de la mort-aux-rats pour lutter contre Minus et Cortex tellement y aura plus que ça à faire, mais au moins je me serais pas assise, et encore moins couchée.
Publier un texte chez BHL, être prêt à le faire, l'accepter sans réserves, se dire en l'écrivant ça va être dans la revue de BHL, je suis désolée, mais ça fait sens. C'est pas une publication anodine, comme une nouvelle dans un collectif chez Hachette, bien que ce groupe soit majoritairement constitué d'enculeurs de mamans; où même une commande qu'on accepte dans un maison neutre sans savoir que parmi les autres participants y a au final de gros blaireaux alors qu'on s'était renseigné pour éviter d'avoir le vertige en matant le sommaire une fois le livre en main. Avoir un texte et chez BHL et aux côtés de Dominique de Roux : que plus personne ne m'emmerde avec ses poses d'artiste militant, sinon y en a qui vont finir aux urgences.
Dominique de Roux, Immédiatement, Christian Bourgeois Editeur, 1971 : « A partir d'Hésiode, on peut diviser l'histoire du monde en cycle d'or, d'argent, de cuivre et de fer... (...) Cycle des scories, le dernier : le nôtre, le gauchisme. Le métal consommé redevient charbon, cendres. Ainsi tout le cycle de la putréfaction du métal est accompli. Plus cette putréfaction s'accentuera, plus nous serons proches de l'âge d'or à venir. »
La langue est politique. Intrinsèquement. Les droitistes qui se gargarisent en voyant dans mon travail un retour aux valeurs du Petit Robert ne comprennent rien. Cherchent des alliés, des cautions. L'argument d'autorité, ils adorent. Incapacité notable de penser par eux-mêmes, citations et exemples bienvenus. Le formaliste est perçu comme passéiste, donc toute réactivation passe pour une démarche nostalgique, sécurisante du jadis le beau parlé de mes aïeux. Aucune capacité à y voir la ludicité, Le Grand Jeu. Le boulot de déconstruction du système langagier, donc du système tout court. Trois archaïsmes et ils se sentent dans un fauteuil moelleux, sans voir qu'il est à oreilles.
Je savais le danger de l'autofiction. Je savais que parasiter la syntaxe de mes croûtes suppurantes ce serait pas suffisant pour que tout le monde comprenne de quoi ça parle au fond. J'ai pensé qu'avec le traitement du personnage de fiction, en soi ce serait plus clair. Que le rapport fiction collective imposée / fiction individuelle résistante, là on comprenait ce qui se jouait derrière. C'était pas assez. Faudrait un mode d'emploi tellement je parle dans le vide. J'ai cherché un autre moyen, avec Certainement pas j'étais sûre que ce coup-ci y avait plus d'erreur possible. Limite too much à plein de moment, couches et surcouches. Mais toujours pas apparemment. Je vais quand même pas en être réduite à utiliser une narration traditionnelle pour me faire comprendre un jour, pour que les malentendus cessent, pour ne plus recevoir de mails ébaudis de sous-nazillons du dimanche qui veulent copiner à tout prix parce qu'ils pensent qu'on parle la même langue. Ca non. Je veux bien faire des efforts mais faut pas pousser mémé dans les urticacées. Et puis ça n'aurait pas de sens. Aujourd'hui, la narration traditionnelle c'est un truc de droite, c'est quand même bien connu...

#27
29 minutes de bande son. Trois parties cohérentes, enchainements ok. Reste à transformer un doc word atteint de malnutrition en un texte dodu qui tient la route. Jour J-3.
La question reste : après je vais pouvoir dormir quand. Réponse de l'agenda : fin juin. Vu l'état dans lequel je vais me retrouver à ce moment là, y a des chances que mes vacances se déroulent non pas région occitane mais plutôt dans le Sud du Père Lachaise.

#26
1. "Les astrophysiciens attendent maintenant les résultats des expériences de chimie, pour savoir si l'atmosphère de Titan fabrique les molécules prébiotiques, les briques de la vie". Prévision : Des homo sapiens fabriqués pour être des Shadoks sous peu.
2. Cette information date d'il y a plusieurs jours. Autant dire des calendes.
3. Déperdition totale de tout contact avec le monde dit réel depuis trois jours. Motif : punching ball virtuel agréé du lieu dont j'ai la charge. Problèmes communicationnels denses, incapacité de formuler les choses clairement puisqu'en cas d'épuisement interdiction de dire ta mère pour couper court. Impossibilité de couper court, de fait. Expérience homo sapienssiste via une nocturne chasse au troll. Découverte du vortex aspirant le système nerveux du modérateur face aux facéties du concept d'IP flottante. Exploration d'une intra-zone totalement inédite, où le terme de net-étiquette est ressentie comme une élucubration pré-sarkosyste, et où on me perçoit comme une décérébrée hystérique adepte de la censure, vouant une passion sans égale aux coups de plumeaux répétitifs, obnubilée par la notion d'ordre. Trouver la place pour dire, je sais. Mais là-bas trouver le temps est impossible. Préservation des nerfs et autres organes fragiles hors programme. Si je me contentais d'entendre ce serait envisageable. Seulement je ne sais qu'écouter. Sensation intense d'impuissance. Peut-être que je ne sais pas faire, ou que je ne le peux pas. A cause du côté de la barrière. IRC & cie, immédiateté, la répartie comme arme blanche, suffisant. Quand on est de l'autre côté, quand on n'a rien a surveiller, quand on n'a pas à tout lire, quand on peut ouvertement se positionner. Faire des blagues ridicules juste pour faire la maligne, échanger ce qu'on veut, mettre à mal les hostiles. De l'autre côté, à cause de l'interface admin, les mots ne sont plus les mêmes, il faut les ravaler. Déstabilisation systématique quand j'endosse un quelconque pouvoir. Même infiniment minuscule. L'agressivité que ça engendre en face, par principe de survie. Constater que les mécanismes restent toujours les mêmes, quelque soit la tranche d'âge et le niveau intellectuel. Constater que toujours je n'y comprendrais rien parce que je les refuse. Espérer que les Sims un jour auront une IA développée avec un plug google. Echange de données pures, confrontations d'idées, abandon des affects. Cesser d'émettre pour juste dire.
4. Problématique d'habitation dans le deuxième monde : prendre place dans un espace aux codes préexistants, sans avoir participé à sa fondation, c'est garder un statut d'immigré clandestin. Poètes, vos papiers.

#25
Les performances ça crée du souci, on n'a pas idée. Jusqu'ici s'assoire attendre commencer faire finir petit sourire poli refermer le laptop se lever partir. Eventuellement dire "voilà". En général un peu gênée dans ce cas. Se dire ah tiens c'est vrai y a des gens à qui j'ai donné un pestacle ça tourne pas rond tes idées ma pôve fille. Jusqu'ici toujours refusé l'option bonjour merci d'être venus si nombreux je vais vous présenter ce soir un travail qui consiste en. Parce que ça commence comme ça et ça finit par bonsoir bienvenue dans un soirée de poésie transgressive la pièce qui va vous être présentée ce soir a été écrite y a trois ans et largement amortie via 112 représentations, les décors sont de Roger Hart les costumes de Donald Carwell et le concept post-situationniste. Et ça bon, moi j'y tiens pas trop. Fort heureusement chuis pas la seule.
Alors du coup comment je vais faire c'est pas écrit sur le programme. Si le résultat est pourri on en verra rien, de la recherche. Que ça peut être ingrat les exercices à contraintes, des fois le formalisme c'est de l'auto-flagellation.
Fiche du chantier :Corpus Simsi Reloaded. Contrainte 1: utiliser pour la bande son uniquement 4 boucles de 1 minutes chacune non issues des Sims 2. Parce que seules 4 phases d'évolution du personnage par le passé (fiction, réalité, virtuel, transit), donc autant de résidus sonores. Or sur 30 minutes c'est très peu. Contrainte 2 : comme impossibilité technique, depuis le nouveau moteur du jeu, d'utiliser des scènes en live, justifier l'absence d'images dans le texte.
Conclusion, le 23 ça va donner bonjour alors je vous préviens la bande son est complètement pécrave mais attention hein, *elle fait sens*.

#24
Feuilletons de l'hiver, suite. Le Seuil et notre ami Hervé de La Martinière, du neuf pas très neuf, rien de bien excitant dans les derniers épisodes, passons. Avec un haut-le-coeur soutenu, mais passons.
Dans la série résumé des épisodes précédents qui permet de se faire plein de copains partout, prenons plutôt Les aventures d'Ariel Wizman au pays des mais heu c'est pas si grave laissez-moi tranquille. C'est pas ma série préférée, mais en attendant La Ferme 2 c'est pas si mal.
Dans Libé : "L'animateur Ariel Wizman trouve «casse-couilles» d'être devenu icône de la lutte antipiraterie en donnant sa voix au ministère de l'Industrie : «C'est le ministère qui m'a proposé. J'ai été un peu con, j'ai accepté sans réfléchir, je ne pensais pas que ce serait autour de mon image. Je ne suis ni pour ni contre. Je ne suis certainement pas du côté des majors du disque, il ne faut pas me prendre pour Pascal Nègre le patron d'Universal Music France, ndlr]. J'ai demandé au ministère de faire un communiqué disant que j'ai fait ça gratuitement et que je suis résolument et férocement antirépression. La politique de l'exemple [menée par les maisons de disques qui poursuivent les internautes en justice, ndlr] est déplorable. Mais j'assume, ce n'est pas comme enregistrer un message pour le Front national : ce n'est pas scandaleux que les artistes veuillent être rémunérés."
Tu m'étonnes que c'est "casse-couilles". Un peu comme pour les mecs qui foutent le IPod à fond et se carrent des acouphènes en entendant la voix du toto. Le "j'ai été un peu con" se passe de commentaires. Surtout s'il s'est vendu sans être payé. Je pensais qu'après des années de pratique dans le milieu du spectaculaire pailleté on apprenait des trucs basiques, genre tout travail mérite salaire. Et comme le boulot là-bas c'est de jouer Laverdure, faut quand même pas être très malin pour. Tss. Pour nous faire gober ça. Gratuitement ok. Sur le compte en banque peut-être. Après faut voir. Les avantages en nature. Les passes-droits. Ca marche comme ça dans le milieu des affaires, or ici c'est une histoire qui se passe dans le milieu des affaires, pas chez Brock et Schnock qui font mumuse à la Grosse Boule. Mais bon, effectivement, en voyant ça, personne ne risque de le prendre pour Pascal Nègre. Les requins ça cogite plus loin que le bout de leur marteau. Witzman là c'est plus ambiance Oum le dauphin, mais y a des espèces protégées qui n'inspirent pas tellement la compassion.
"Férocement anti-répression", moi je dis : c'est aussi joli qu'une phrase d'Eve Angéli quand on l'accuse de maltraiter les gentils animaux pour les faire rentrer dans l'enclos. "Férocement" j'adore. Les gens qui disent "je suis férocement machin", c'est d'un naturel complet. Mais j'exagère. Il est de super bonne foi quand il dit ça. Pour lui "férocement anti-répression" ça doit consister à faire des blagues chez Stéphane Bern. Bah si. Canal + c'est quand même la télé super libre de ton, à donf. Mais non il a pas dix ans de retard, faites pas de mauvais esprit. Stéphane Bern, c'est l'archétype du garçon qui incarne l'anti-répression. Le fou du roi, par exemple. Révolutionnaire en diable. De ces émissions qui vous marquent, tellement rebelles, tellement résistantes face à l'oppression. C'est quand même connu : quand on entre en lutte on bosse pour Stéphane Bern et on fait des blagues à l'écran. Parce que l'humour, merde, c'est quand même le meilleur moyen d'agir concrètement quand on est "anti-répression". Férocement. En montrant les dents et tout. Un peu longues les dents. Alors à force ça fait des trous dans la carpette et on se prend les pieds dedans.
Mais bon. Je ne vois pas de quoi on se plaint puisqu'il "assume". "Ni pour ni contre" (le type d'expression propre aux gens farouchement anti-répression), mais il assume. C'est vrai quoi merde. C'est pas Le Pen quand même Pascal Nègre. Il est très méchant mais il est pas fasciste et toc. De l'argumentation au poil. Ca valait le coup de prendre des cours avec Emmanuel Lévinas pour en arriver là.
J'avais envie de parler d'un autre truc, un autre feuilleton en cours drôlement chouette, mais en fait je viens de tomber sur ["un mea culpa téléphonique", et ça m'a filé la mémoire des poissons.
NB : "J'ai appelé le ministère de l'Industrie, pour qu'ils corrigent tout ça". "Tout ça" c'est les 100.000 fichiers audio qui crapahutent sur le réseau en roucoulant leur doux message, et donc "corriger" c'est les virer, ou ça veut dire faire un sympathique communiqué de presse suppliant les internautes de plus kalachnikover l'ambulance? Que de soucis que de soucis.
L'industrie du disque a quand même des mecs pas très futés en communication. On va leur donner un coup de main. Il suffit de récupérer les fichiers pécravés, et de faire ré-enregistrer le message par Frédéric Beigbeder. Lui aussi est un homme de médias, lui aussi hante les nuits parisiennes, lui aussi passe à la télé (et même dans Voici, un sacré plus), lui aussi a pour fans des atrophiés du bulbe qui fantasmes sur les Tatayet de la hype, et en plus il lui arrive de mixer. DJ Fredo, ça c'est du lourd, efficacité garantie. Vu ce qu'il a été foutu de faire du PCF on serait certains d'avoir la paix avec les majors.
