#78
C'est un problème d'autonomie. Carences de compétences, matériel capricieux et contrôle impossible. Je n'ai que des nerds autour de moi, ils ne saisissent pas la frustration, eux ils savent dompter les machines et parlent la langue du wired. Certaines nuits je crois bien que je vendrais l'âme de Temesta pour avoir leur savoir, leur instinct et surtout enfin les solutions. Moi-même, seulement moi-même. Ca devient humiliant d'appeler toujours à l'aide, et puis la dépendance, le temps de latence aussi, c'est plus qu'insupportable.
Là, j'ai tout en même temps, ça me saute à la gueule et je ne peux rien y faire parce que j'ignore comment. Cinq heures de bidouillages et soudain c'est le drame. J'avais presque fini. Le morceau du Ténia enfin presque fini. Des micro plages de travail trop éparses, je voulais régler ça en apnée. Essais systématiques des effets, aussi, histoire de maîtriser un petit peu plus les possibilités techniques, en vue de la finalisation de la bande-son de J'habite dans la télévision.
Le temps que je passe sur mon logiciel de son, la lenteur absolue que met en général une boucle a se constituer, j'ai remarqué qu'il n'y a vraiment que les praticiens pour comprendre réellement à quel point c'est normal. Il faut créer les mots en plus de la syntaxe, c'est comme ça que ça marche et ce n'est pas évident, intuitif mais pas évident. Si je compare avec l'écriture d'un texte, l'écart du rapport objet/temps fout carrément le vertige. En une nuit il est parfaitement possible de pondre un texte court, genre commande pour un collectif. Il faut juste que l'idée ait mûrie préalablement, c'est la seule condition, parfois la veille suffit, ou il faut la semaine, ça dépend des chantiers. Pour le son, ça n'a rien à voir. En une nuit c'est fréquent d'obtenir trois minutes de bande définitive, quand c'est pas moins, d'ailleurs.
Le Ténia c'est plus simple, enfin pas complètement non plus. Il m'a envoyé le guitare / voix sur la même piste, trifouiller la musique sans toucher à sa voix c'était possible quand même, mais pas simple malgré tout. Le souci vient de moi : je ne suis pas capable de reproduire avec ma bouche ce que j'ai prévu dans ma tête. Les prises micro seule dans le bureau, c'est d'un chiant intergalactique, je repousse tout le temps l'exercice puisque je sais que ça va être pénible et des plus laborieux. Ce soir j'étais contente, peut-être même soulagée. Quelques cordes étranglées en intro, mes prises enfin retouchées et placées, à une heure et demi j'en voyais enfin le bout. Et vas-y que je me vois envoyer à Jean-Luc le mp3 par mail avant d'aller au lit. Et puis d'un coup l'ordi se met à communiquer. Je ne lui ai rien demandé, enfin si, quelques trucs, enregistrer un extrait précis, et prendre des gling gling avec le micro, du basique. Mais Monsieur le pc veut parler à Sony. Parait que c'est un pluggin un chouia capital qui vient de décéder, toutes mes bandes sont offline et j'ai l'air d'une pure truffe. Je ne suis pas contente, mais alors pas du tout. Le mot juste c'est : furieuse. Mais très exactement.
Igor va se coucher et devra encore jouer au SOS Poliote demain, ce qui me désespère. J'ai beau regarder, je ne comprends rien. J'ai beau chercher je ne trouve rien, ou visiblement pas ce qu'il faut, encore moins aux bonnes url. Je me dis c'est partie remise, mais finir la journée comme ça, ça relève pour moi de l'impossible. Sensation de temps perdu, de vide. Alors je me mets sur mon site, enfin sur la V3 du site. Finalement y a du taf, je veux refaire la page d'accueil, changer certaines rubriques, revoir le graphisme et de fait un peu tout. Et là c'est rebelote. J'ai même pas Photoshop, dès que j'ai besoin d'un montage même très con je dois demander aux potes, pour le site il faudrait que je ne bosse que le contenu. Mais je n'y arrive pas, à blanc sur une page word, sans que le cadre ne soit fixé, je bloque point à la ligne. Ces derniers temps j'ai regardé l'ergonomie de pas mal de sites, à chaque fois que je trouvais des idées qui me semblaient bien, des pros m'expliquaient que jamais navigation aussi pourrave n'avait vu le jour sur le net. Je commence à en avoir marre, option plein le cul je vais me pendre. Les geeks savent pas la chance qu'ils ont. Ce qu'ils ont dans la tête, ils peuvent le reproduire, précision et rapidité. Qui maîtrise les outils est du côté des armes, et moi je suis à poil à gueuler dans le néant, sans mon petit clan technique je ne peux agir en rien. Ca me fout tellement les nerfs que j'ai laissé dans le zoo mes fennecs crever de faim.

#77
Ne rien mais alors strictement rien branler pendant deux jours consécutifs sans être scotchée au fond du lit avec une mine de grippe aviaire, je ne sais même plus l'effet que ça fait et ça commence à me courir. Entre les coups de fils et les mails j'ai l'impression de taffer dans une entreprise, genre assistante d'une meuf qui ferait je ne sais quoi, mais mal.
Le quatrième de couv, je me suis demandé si je n'avais pas été subitement lobotomisée en l'écrivant ; à la relecture le lendemain, j'ai constaté que j'avais mailé à Verticales un truc tout pourri avec une phrase pas en français en guise de sublime conclusion. Une panique au sens propre. La stupéfaction aussi, putain non ça ne le fait pas, en autant de jours ça ne l'a pas fait, c'est pas sorti, tu sais plus faire même plus faire ça, juste un putain de quatrième ma pauvre fille c'est que le début. Allo Elise au secours je veux Jeanne oh merci Yves je suis désolée pardon Bernard. A chacun son boulot pas tout porter toute seule, normal qu'ils disent, normal. Yves : tu es la personne la moins lucide pour parler de ton travail en ce moment. C'est un fait, je le note, j'en ai la preuve incontestable, je n'y arrive plus du tout, je veux une journée de silence coupée de toute forme de communication surtout portant sur mon travail. J'assure plus du tout, je poliote et j'ai la syntaxe de Yoda à partir d'une heure du matin, y compris devant témoins ce qui est plus que gênant.
Je suis effectivement la personne la moins lucide pour parler de mon travail en ce moment. Ca ne pouvait pas mieux tomber, puisque le truc à la BNF arrive, et que le manuscrit commence à circuler. Les tous premiers contacts autour du bouquin, je suis en forme et cohérente, une merveille. Tout à l'heure j'ai perdu le titre. Pour de vrai et au téléphone, un blanc, trois longues secondes et une inquiétude relative qui engloutit tout l'intérieur. Mais en ce moment j'ai l'excuse béton. Jememarie c'est un truc qui sauve tout. Franchement, c'est infiniment plus efficace que le décès du grand père en Bretagne, les gens sont très compréhensifs, comme si vous ne pouviez qu'être folle, échevelée et au bord de la crise d'hystérie. Moi j'aimerais bien être hystérique, c'est que j'arriverais à parler et à sauter dans tous les sens. Là, je voudrais juste jouer au zoo et aller chez le fleuriste y commander un nénuphar. Mais ça, c'est pas franchement possible. Ca ne s'arrête jamais, je ne contrôle plus le rythme. Ne pas sacrifier la semaine prochaine, disparition autant que possible, sinon le jour J manquera de tamanoirs.

#76
François Bon corrige ses épreuves. Moi ça y est, c'est fait et fini. J'espère que ça va aller, c'est tellement rigoureux chez Gallimard, normalement rien de grave n'est resté, je n'ai jamais vu un manuscrit anoté si scrupuleusement.
Le problème que j'ai là tout de suite, c'est ce foutu quatrième de couv. Je leur ai dit, aux verticaux, ne vous inquiétez pas : je le fais, je sais faire, je l'ai déjà fait pour moi et d'autres, ça n'est pas compliqué et ce sera rapide. On est dimanche après midi et ça fait trois jours que je mens.
La relecture du bon à tirer, déjà, c'était bizarre. Des réflexes que professionnels et aucun plaisir de lecture. En même temps, je n'en peux plus du texte. La structure des perfs était construite sur le même modèle que le roman, en interne aussi, l'intro et la chute bâties autour des mêmes phrases clefs, déclinaisons et variations des mêmes processus, je connais le cycle par cœur, la rythmique je l'anticipe trois mouvements à l'avance, du coup je me suis fait chié comme pas permis pendant les corrections. Je me souvenais de tout, d'habitude ce n'est pas le cas et ça rend l'exercice un petit peu plus léger.
Les avantages liés à la pécravité de ma mémoire sont excessivement rares. Etre à moitié gâteuse ce n'est pas très pratique. Ca nécessite déjà de trouver un conjoint qui ait un détecteur d'objets intégré et un double de mon filofax qui se met à jour par RSS télépathiques. Ca c'est fait, ce qui tient du miracle. Mais ça ne couvre pas tous les dommages collatéraux, le cahier barbouillé de coordonnées de gens même pas je sais qui c'est avec au dessous un nom de projet indéchiffrable. La découverte d'une intervention prévue le lendemain mais depuis six mois, la répétition au casque dans le train, la cavalcade pour y monter puisque j'avais mal retenue l'heure ou lu de travers le numéro de quai. Sans déconner, être poliote du bulbe, c'est quand même une putain de chienlit au quotidien. Mon agenda, les descriptions qu'il y a dedans, c'est celui d'une gosse de huit ans atteinte de déficience chromosomique aigue. 13h : Arno + le monsieur de Manosque / déjeuner P.E. (quai à l'angle) où avaient joués Wintercamp avec joint pliés en douze un tirage papier de mappy et son pote ratp.fr. Que je dois consulter douze fois alors que c'est tout droit mais bon on ne sait jamais je ne suis plus vraiment sûr il vaut mieux vérifier.
La seule utilité de mon souci de mémoire, c'est par rapport à mon travail. C'est d'ailleurs très étrange que ça le fasse à ce point. Quand je lis un livre ou un manuscrit, il me reste toujours au moins un vague souvenir relevant du ressenti. Je peux avoir oublier la méthode stylistique qui le crée, ce ressenti, parfois même la narration elle-même, ou le nombre de personnages, les options de la fiction. Mais jamais le ressenti. Ensuite, les souvenirs les plus clairs que j'ai, les choses que je retiens le mieux, c'est avec les livres que ça se passe. Beaucoup plus que dans le réel. Je ne suis pas capable de faire des citations fréquentes de tête, mais expliquer et rapporter très fidèlement ce qui se joue dans un passage contextualisé. Je peux être précise. Je n'oublie pas ce que j'ai lu la veille et encore moins trois mois avant. Ma mémoire fonctionne bien quant il s'agit de lecture, rien à voir avec le bout de viande rabougri qui me force à plisser les yeux puisque je ne retrouve nulle part mes lunettes. Mais elle me fait quand même des bugs dès que je suis l'auteur du texte.
Je ne me souviens que très vaguement de ce que j'ai rédigé la veille, trois mois avant n'en parlons pas. Et en fait, c'est pas mal du tout. Au début c'était chiant. Je refaisais le même type de blague ou le même vers quelques pages plus loin sans le faire exprès le moins du monde, je devais m'organiser pour toujours clore une partie définitivement avant d'aller me coucher, sinon le lendemain je risquais d'en avoir pour deux heures de relecture. Je frôlais le palimpseste, je perdais vachement de temps. Ma mémoire j'ai compris, je ne vois pas non plus le docteur Lagarrigue juste pour vérifier que décidemment quel bonheur d'apprendre à gérer le borderline sérotonine soit mon amie, j'ai des circuits endommagés par les benzodiazépines et le cannabis parlons en, même à jeun et à vide la machine est un peu niquée. Une fois pointer les cas de disfonctionnement, autant optimiser, n'est-ce pas. Ne jamais porter le deuil d'une déficience corporelle. Une bonne fois pour toute dire voilà : au Crédit Lyonnais de Sartrouville, si j'étais incapable d'effectuer correctement les opérations au guichet, ce n'est pas parce que j'étais défoncée aux Lexomil, chère Madame Guignoteau. C'est parce qu'étant incapable d'intégrer le protocole d'enregistrement de ces dites opérations, ou plus exactement oubliant environ toutes les demi-heure en quoi il consiste, j'étais obligée de prendre des Lexomil pour ne pas vous morver dessus et fracasser le crâne des clients sur le comptoir. Nuance. La difficulté de l'adaptation, souvent les gens ne se rendent pas compte. Peut-être que c'est pour ça qu'ils cherchent à négocier.
J'oublie ce que j'ai rédigé la vieille. Pour reprendre le texte à froid c'est efficace, parce que simple lectrice infiniment souvent les corrections une fois faites, j'en suis sûre. Je peux avancer page après page, c'est du quasi définitif retouché par micro tamis ou énorme coups de burins, mais je peut faire confiance à mes validations. Par rapport à ce que je veux obtenir, s'entend. Pas par rapport à ce que vaut mon travail sur le marché des valeurs littéraires ou industrielles, dans les deux cas ça ne me regarde pas vraiment.
Si je laisse trop longtemps un chantier en attente, je ne retrouve plus aucun repère, je prends les morceaux écrits comme des notes et je repars encore à zéro. C'est pour ça que je dois écrire vite une fois que j'ai débuté le projet. J'habite dans la télévision je l'ai bossé si longtemps, le dispositif était prégnant, j'ai jamais fait autant de feuillets pour n'en garder que si peu en soi, mâcher remâcher tout cracher à la fin mais toujours par saccades, j'ai pas du tout envie de reprendre une bouchée. D'habitude je ne m'en souviens pas, enfin certains passages précis si, mais très peu quand je suis sur les épreuves. C'est à force de faire des lectures que je me souviens des extraits. C'est à cause du chantier global : les douze perfs je les ai également répétées, le roman relu, les angles je me les suis tellement passés qu'ils me semblent polis, je ne regarde plus que les rouages, à vérifier l'huile dans une main et la scie à métaux dans l'autre que les enchaînements se fassent bien. Le 11 septembre Verticales fera une soirée pour leur rentrée littéraire. J'y ferai une dernière intervention avec bande-son de J'habite dans la télévision. Je reprendrai cette version à Manosque. Oui, cette fois je ferai deux fois la même en un mois, c'est un choix, le work in progress doit s'arrêter. La commande de la perf à Manosque est tombée après cette décision, je ne veux pas me forcer à faire un décalque d'un travail que je considère abouti juste pour faire joli, ce serait une connerie. La bande son sera achevée cet été, la phase finale présentée deux fois, ça va bien. Je ne vais pas non plus errer avec sous prétexte que le livre sort. Les lectures liées à la sortie du roman, comme la Nuit Blanche aux Cahiers de Colette, ou les lectures/signatures librairies qui auront lieu l'hiver prochain, je les ferai en voix sèche, et je ne ferai pas de déclinaisons. Les perfs c'était en amont du bouquin et de la pièce sonore, c'était un taf préparatoire présenté en cours et comme tel. Je passe à autre chose et point. Ce n'est n'est pas le même objet, ce n'est pas le même texte, pas le même dispositif, juste un axe de structure et un refrain commun. Le prochain travail texte / son à la Ménagerie de verre, je le ferai sur le neuroterrorisme, je crois que ça sera en octobre. Je commencerai avec ça mon nouveau cycle de travail. Je veux bosser sur le terrorisme, je pense apprendre plein de trucs et pas mal m'amuser, en tout cas réfléchir, c'est assez stimulant.
J'ai commencé il y a deux jours à vraiment me pencher sur la structure et les premières pages du bouquin pour Naïve sur Indochine. J'ai envie d'y mettre beaucoup de trucs, et encore plus de m'y mettre tout de suite. C'est pour ça qu'il faudrait, même si je viens de repousser encore d'une plombe le moment de m'y coller, que je rédige vraiment ce foutu quatrième de couv de merde. C'est pourtant pas si dur. J'ai les deux pages d'argu extrêmement bien foutues de Bernard sur l'écran d'à côté. Je devrais être capable, puisque je l'ai proposé, de pondre sept lignes à la con capables de présenter le bouquin. Ce bouquin que je connais par cœur et ne m'intéresse plus du tout maintenant que j'ai un nouveau jouet. Putain que je hais les dimanches.

#75
Igor pense que je suis en phase up du cycle, et je crois bien qu'il a raison. Comme quoi une bonne colère, des antibio, un peu de lumière pour rebooster la sérotonine et hop. Ca m'arrange assez, très clairement. C'est que mine de rien j'ai du boulot. Le 29 juin lecture de textes de Guyotat et de Salvayre au Musée Zadkine, j'ai toujours pas choisi les textes, ni l'angle. J'hésite sur beaucoup trop d'entrées, sur les échos tissables et les correspondances. Je voudrais quelque chose de fluide, un cheminement évident. J'ai prêté Coma à Julien et je viens de constater qu'à force de faire tourner l'intégrale des Salvayre j'en ai plus trop sur l'étagère, ce qui ne s'avère pas très pratique. A régler cette semaine, sinon je vais merder et ce serait fort dommage.
Je commence à flipper surtout pour le 2 juillet. « Leçon de littérature » à la BNF, je suis mal à l'aise depuis le début. Bon déjà, j'ai été invitée par Cécile Wajsbrot. De 1997 à 1999 j'ai été critique littéraire au Matricule des Anges. J'ai arrêté dès que j'ai commencé à publier mes textes en revue, parce que la double casquette c'est mal. Ingérable, plus exactement. J'ai défoncé pas mal de livres. Avec le recul je me demande même si je n'y prenais pas du plaisir. Si je n'en rajoutais pas un peu, histoire de faire rigoler le chef qui trouvait mes collègues trop gentils. C'est affreusement classique, remarquez. C'est d'ailleurs pour ça que ça craint, les critiques qui sont praticiens, ou pire qui aspirent juste à l'être. Pas encore capable de pondre le bouquin qu'on ressent bien présent tout au fond, ça rend la lecture très sévère. J'écrivais sous un autre nom, souvent les auteurs malmenés ignorent parfaitement que c'était moi. J'en ai pas fait des masses non plus, de critiques. Et puis en les relisant, putain que c'était mauvais. L'archétype de la licenciée de Lettres Modernes. Bref. Cécile Wajsbrot, j'ai pas été gentille avec. Du tout. Depuis que ça m'arrive d'avoir à mon tour des papiers rédigés par des licenciées de Lettres Modernes, des fois j'ai comme un petit remord. Pas pour ce que je disais des livres, si je l'ai écrit c'est que je l'ai pensé, c'est plutôt à cause de l'ignorance crasse des retombées humaines potentielles. Ca peut faire mal aux gens, un article violent, ou juste un brin salop. J'y pensais vraiment pas, l'auteur n'existait pas, pour bosser sérieusement, sans Damoclès Otis, c'est la seule solution. Mais depuis qu'elle m'a contactée, je ne suis pas extrêmement à l'aise, demain je vais la prévenir parce que c'est malhonnête, et qu'au premier contact IRL je risque d'être obnubilée.
Le problème de fond, avec le truc de la BNF, c'est que je suis censée parler de mon travail à moi pendant une heure. Devant des gens, déjà, et puis pour France Culture puisque c'est rediffusé. Ca me fait un peu peur, c'est un exercice pour auteur confirmé, même si j'ai des positions très tranchées, c'est quand même assez épineux. D'où tu parles sinistre pouffiasse, ça risque un peu de tourner en boucle dans ma caboche, cette interrogation. Mais bon. En même temps, je passe le même jour qu'Oliver Rohé, il a fait que trois livres et puis il a mon âge. N'empêche qu'on se pointe après Butor et Volodine. Ca calme sa race, dans le genre casting. J'ai débrieffé avec Arlix, je vois bien deux trois axes à traiter, et puis Cécile Wajsbrot qui en plus est vraiment formidablement adorable dans ses mails (culpabilité²) m'a filée quelques pistes. Limite des fois je suis pas au courant de ce que je fais, comme quoi il est plus qu'évident que je suis loin d'être confirmée.
J'ai repris le travail aujourd'hui. Pas encore textuellement, les mots sont tous petits, les phrases en embryons, je ne veux pas forcer ça ne servirait à rien. Une petite nuit de bidouilles sonores, exactement ce qu'il me fallait. Je peaufine la bande son finale de J'habite dans la télévision, j'essaie de mixer correctement et c'est le truc le plus chiant du monde, les niveaux et surtout les parasitages faits exprès, c'est super compliqué à rendre. Vu que ça sera sur le site, je vais devoir le mettre en mp3. Je perds de la qualité, j'entends plus certains micro couacs que j'ai mis des heures à créer, c'est relativement frustrant. J'ai un passage entier que je vais devoir changer, c'est juste du chaos noise après la compression. Je vais demander de l'aide, je pense. Je manque de maîtrise, de technique et de logiciels. A chaque problème sa solution, doit y avoir un truc, pas possible autrement. J'ai repris aussi le morceau en duo avec Jean-Luc Le Ténia, mais là c'est un autre problème puisque c'est une chanson, et que même avec tous les pluggins du monde mon contre chant reste trop pécrave pour pouvoir être utilisé. Pas très envie de brailler dans le micro à cinq heures du mat, je ferai les prises dans la journée, je préfère faire peur aux chats que de réveiller Igor.
Il me reste dix jours de forum, j'étais plutôt de bonne humeur, mais certains m'ont ressortis l'option punching ball et j'ai fui. J'ai fait mes heures mais pas plus, sinon je crois que là ça sortait. Ils ne se rendent pas du tout compte des efforts que je fournis en matière de diplomatie. Je crois même qu'ils me prennent pour une gourde, tellement je suis laxiste et que je reste calme. De toute façon je me suis fait une raison. Heureusement que les habitués, je les vois quelques fois en vrai et qu'ils savent un peu qui je suis, sinon ce serait trop schizoland. C'est vachement dur, souvent, de devoir se justifier quand la seule réponse évidente est mais vas donc mourir connard. Là-dessus faut rajouter le fait que visiblement j'ai l'air d'une stagiaire à l'antenne, j'ai pas le corps adapté à la télévision, ils me donnent 25 ans et un CV de truffe. Pourtant je m'amuse bien, souvent. Le problème c'est vraiment d'être le réceptacle de certaines frustrations. J'en ai un qui en boucle me remets mon boulot perso sur le tapis, il a rien lu mais c'est pas grave, je suis une forumancière sotte et donc une mauvaise écrivaine, je ne pige rien parait-il aux bienfaits que peut avoir la téléréalité, donc mon prochain bouquin ne peut qu'être vaseux. Ca va être compliqué en septembre, je le sens. Ils ne liront pas livre mais sauront qu'il est sorti, déjà qu'une rentrée c'est nerveusement pas ultra top, je redoute les vannes mais à un point. Heureusement que question promo je suis pas la reine des sunlight, sinon ça serait vraiment ardu.
D'ailleurs je corrige le bon à tirer demain. Le coursier devait passer aujourd'hui, mais j'en ai pas vu la couleur. Faut que je rédige le quatrième de couverture, c'est toujours un peu angoissant. Ceci dit pour une fois, chose incroyable, je suis capable de présenter un synopsis. Je raconte une histoire, lol de lol n'est-il pas. Un roman résumable, putain même pas j'y crois, mais en fait tout arrive. Pas certaine que ce soit bon signe, mais le fait est que jusqu'ici pour la première fois de ma vie quand on me demande de quoi ça parle je m'en sors avec des phrases normales. Sans user d'expressions du genre « dramaturgie de l'autofiction » ou « expérimentation narrative ». Pourtant je trouve qu'il est nettement plus couillu que mes livres précédents, peut-être plus sérieux aussi, finalement. Mais en prenant de l'âge la tuyauterie est plus discrète. Efficace je ne sais pas, je n'ai que des retours de gens que je connais bien, alors ça compte pas trop. En même temps ne rêvons pas, je vais encore avoir droit à elle est mignonne et courageuse mais j'ai lâché à la page 10, je ne comprends rien à ce qu'elle raconte. Du temps du Cri, c'était page 4, si je vis jusqu'à 80 ans j'ai peut-être des chances qu'un critique des Inrockuptibles achève un jour un de mes ouvrages.

#74
Combien de semaines sans écrire, je ne sais pas. Ce qui est certain c'est que c'était nécessaire. Les doigts sur le clavier, je n'en pouvais plus du tout. Même gérer le forum, communiquer par écrit, ça relevait de la torture. Plus aucun naturel, à croire que dans ma tête les mots étaient tous morts. C'est parfaitement logique. Sur l'année écoulée, l'année trois quart, plus exactement, j'ai dit tout ce que j'avais à dire sur les problématiques que je voulais explorer. Le cerveau de la workoolic il a dit stop un point c'est tout. Il m'a signifié : je suis vide, j'exige de me remplir avant d'être à nouveau sollicité, Chloé je te préviens fous-moi un peu la paix, j'ai besoin d'être nourri et de prendre des forces, sinon. Le salopiot il a ses trucs. Des parades extrêmement chafouines et on ne peut plus efficaces. Du coup j'ai chopé un virus, je connais parfaitement mes jauges, la chronique d'ASI en fin de mois, la pluie glacée et la fatigue, je l'ai sentie, la mutation. Clouée au lit neuf de tension, les affres morveuses désespérantes d'une héroïne du XIXe. Un grand festin d'antibiotiques et de longues heures au fond du lit.
Mon cerveau m'a dit : j'ai très faim. C'était on ne peut plus légitime. Il a été traumatisé par l'expérience de soumission au rythme et aux messages de la télévision. Lectures orientées pour le travail, avaler des informations, des articles liés aux neurosciences, des bouquins chiants comme pas possible, et toujours cette optique de l'optimisation, l'urgence aussi, bien sûr l'urgence, mise sous tension du cervelet, c'est normal qu'il en ait ras le bol.
J'ai fait une liste le mois dernier. Une quinzaine d'ouvrages de retard. J'ai commencé par le Guyotat, j'ai enchaîné sur le Surya et après je n'ai pas bien compris. Mon libraire n'est pas très content. Des maisons vont être punies, et je dois avouer que c'est de bonne guerre. Un foutage de gueule intégrale. J'ai lu tellement de merdes qu'au bout du cinquième roman scandaleusement dénué de propos j'ai été obligée de relire les rares bouquins que je m'étais faits cet hiver pour me prouver que si si des gens bossent sérieusement. A la fin c'est bien simple, je gardais le Coma à côté de moi, un antidote obligatoire, à chaque tiers de l'ouvrage en cours une pause, un plongeon dans le livre marron pour me préserver les neurones.
Depuis que je suis devenue laïque et que je ne crois plus au surnaturel, je ne dis plus Mon Père pardonne-leur parce qu'ils savent très bien ce qu'ils fabriquent. De tous les côtés de la chaîne, et les journalistes y compris. Crapahutage en librairies, hors de mon quartier c'est idem, et ça m'a soulagée cette colère partagée. Il va y avoir du sport et les représentants vont payer très chèrement l'usurpation de leurs catalogues. A force de fumée ça fout le feu.
Beaucoup de contrariétés, de déceptions mais peut-être surtout le signe de la contamination, de l'âme qui s'imprime bien sur les pages, des avis de décès d'écrivains, l'alien a fini par sortir, ça c'est de la justice immanente, sans parésia tout se fissure, c'est pas faute de les avoir prévenus. A présent que ma fièvre accepte de se dissiper et que ma tension remonte, je commence enfin à en rire. Mais d'un rire clair, sans méchanceté. J'avais dit : je perds des batailles, mais à l'usure je gagnerai la guerre. Mes choix sont justes alors patience. Avoir raison c'est très jouissif. Au point que la colère n'est plus. La rage toujours, mais c'est autre chose. Le moteur qui doit leur manquer. Alors, oui, je ris au miroir et finalement je me sens forte. J'hésiterais presque à balancer, tellement ça n'est plus nécessaire. Mais ce serait dommage de se priver.
Alors juste quelques anecdotes. La maison du Docteur Olive regorge bien trop de cas cliniques, délicieusement représentatifs. Les Editions du Docteur Olive, je les ai connues de l'intérieur, j'ai été la première à en claquer la porte. Trois semaines d'HP après, je ne ferai pas la maligne, ça m'a beaucoup coûté mon séjour auprès d'eux. J'ai fui en 2003, j'y ai perdu des plumes et quelques amitiés. Mais ça ce n'est pas grave. Les gens, ce n'est jamais grave, je n'en ai pas besoin. Fonctionnement autarcique d'une part, et puis je n'ai pas besoin de plus de trois personnes dans l'entourage intime, pour beaucoup c'est abject, mais je dynamite les ponts sans la moindre souffrance.
Les Editions du Docteur Olive, dans le milieu de l'édition plus personne n'en est dupe. Y signer ça fait sens, et puis pas mal de thunes. Ceci explique cela. Chez le Docteur Olive, il y a beaucoup de gens. Quelques vrais textes aussi. Par erreur, cooptation, hold-up ou désespoir. Mais je ne suis pas certaine que même dans ce dernier cas il existe des excuses. Les Editions du Docteur Olive constituent le creuset de petites histoires sordides les plus désespérantes du petit monde vénal des fabricants de livres. Après l'hilarité s'en suit toujours la gerbe. Le Docteur Olive a des femmes. Une épouse, une maîtresse, des favorites et des bonniches. Si possible blondes, mais pas toujours. L'épouse est surnommée Simba par quelques journalistes drôles, son fond de commerce a changé depuis le succès du Da Vinci Code, à la thématique de la mort s'ajoute désormais des enquêtes et des héroïnes affublées de prénoms anglo-américains. L'année dernière on pouvait voir une reproduction taille réelle de Simba à côté de ses livres dans les rayons de chez Gibert. Un sacré choc. D'habitude c'est plutôt réservé à Dark Vador accolé aux dvd de Star War, le plan de l'image cartonnée qui trône à côté des produits. Mais bon. Les idées marketing des Editions du Docteur Olive ça fait un bail que la surenchère et le mauvais goût en sont les clefs. Simba en septembre sort un livre, et à en croire la belle photo qui sert au lancement de la campagne, y a eu comme une visite dans le cabinet de Christian Troy à l'approche des beaux jours. On ne lésine pas sur les moyens.
Aux Editions du Docteur Olive, sévit depuis 2002 la michetonneuse la plus efficace de Paris, soit Mademoiselle Aline Maupin. Jusqu'à cet hiver, son périmètre d'usurpation se cantonnait à une revue. Une revue bien connue pour avoir une maquette qui a drôlement énervée Antoine Gallimard, puisque c'était un calque complet de la NRF. Une revue aussi bien connue pour héberger les vieillards réactionnaires encore en exercice, les jeunes à la ramasse les plus mal informés, les intrigants de tout poils, et quelques vrais auteurs, comme le Grand Guyotat pour des raisons complexes où il va de soi que l'argent y est pour quelque chose. Désormais adoubée par Thierry Ardisson chez qui elle a sortie sa collection de trousses Vuitton, Aline Maupin est écrivain. Plus exactement biographe. Prochainement romancière, on peut prendre les paris. Le propre d'Aline Maupin, c'est qu'elle est l'archétype de la chèvre-émissaire parfaitement tyrannique avec le personnel. Lorsqu'elle accompagne ses bonnes en province pour vérifier le calage de son ouvrage chez l'imprimeur, puisqu'Aline est une chef qui supervise chaque chose, elle s'y rend dans sa propre BM avec chauffeur. Dans l'atelier de l'imprimeur, Aline conserve ses lunettes noires, siglées ça va de soi. Dans la brasserie du petit village où se trouve l'imprimerie, au moment de déjeuner Aline ne souffre pas que son chauffeur puisse se restaurer, et lui somme publiquement de rejoindre la voiture. Puis fort désappointée par ce boui-boui infâme et dénué de tofu elle commande comme les autres un met très exotique du nom de croque-monsieur. L'assiette arrive, et soudain, c'est le drame. Il y a du jambon au cœur du croque-monsieur. Aline, végétarienne, soutient au personnel totalement effondré que ce n'est pas possible, que ça relève du complot, qu'il lui arrive parfois de consommer ce plat dans le bar de l'hôtel en bas de la maison, et que dans le huitième arrondissement de Paris le concept de croque-monsieur est dénué de jambon. Hautement contrariée, Aline plante ses bonniches et reprend la voiture pour rentrer à Paris. J'aime beaucoup cette histoire, sûrement parce qu'elle est vraie.
Aux Editions du Docteur Olive, il se passe toujours quelque chose. Des choses parfois moins amusantes que les aventures d'Aline Maupin. Il y a quelques années, ce bon Docteur Olive fit croire à tout Paris qu'il serait le mécène des petites maisons de poésie, si possible en difficulté. C'est ainsi qu'il signa un certain nombre de contrats, accolant sa marque déposée à celles de catalogues de réelle qualité. S'attribuant par là même la paternité d'ouvrages qu'il n'a jamais ouvert, et boostant son image de façon fort finaude. Depuis il va de soi qu'après avoir été baisés dans tous les sens, les petits éditeurs se sont barrés, récupérant autonomie et dignité. Mais le Docteur Olive est un chouette homme d'affaire. En signant les contrats, une close stipulait l'achat des stocks de certaines de ces maisons. Ce qui fait qu'actuellement, le meilleur éditeur de poésie expérimentale de France n'est plus propriétaire de son propre stock. Des années de travail et des dizaines d'auteurs appartiennent uniquement au bon Docteur Olive. Qui refuse de s'occuper du réassort. Afin que les livres ne meurent pas, et que les commandes des libraires soient honorées, il propose à l'éditeur mère de racheter ses propres ouvrages à un tarif délirant. La solution est simple, compte tenu de la situation. Les auteurs de la petite maison drôlement punie doivent acheter au Docteur Olive leurs propres livres, leur remise étant supérieure à celle imposée à l'éditeur mère. Une fois les cartons en main, ils peuvent les transmettre à l'éditeur mère, qui à son tour les revendra aux libraires désireux de conserver dans leur fond les livres en question. C'est trop la fête du slip.
Ce qui est ennuyeux, c'est que j'ai eu raison. Raison de ne pas renouer avec Elle. Elle c'était une amie et une poétesse pas piquée des hannetons. Elle, c'était une histoire, c'est d'une haute trahison. Elle s'était un double qui finalement s'est avérée avide de s'immiscer doublure jusqu'à la queue de poisson. Parce que je me marie dans trois semaines, j'ai durant cette année hésité chaque mois à la recontacter. L'ère du chouette Yom Kippour, on connaît la chanson. Je suis psycho-rigide, c'est ça qui m'a sauvé. Là, je serais dans la merde. Mais quelque chose de bien. Parce qu'Elle est devenue la servante d'Aline Maupin. Parce qu'elle est devenue le bras gangréneux du Docteur Olive. Parce qu'elle assiste à tout cela, y compris à la volonté de mort du stock de cette maison de poésie citée plus haut, en tirant, je le crois, une grande satisfaction.
J'affirme qu'Elle est morte. Et pas seulement pour moi. Pour elle-même, pour de vrai. Ca se voit à chaque trace. Parce qu'elle veut le pouvoir, elle peut geindre et se plaindre, ce qu'elle subit au sein de la Docteur Olive Inc., elle l'accepte juste, oui seulement juste, parce qu'elle le vaut bien. Elle participe très activement au pillage du catalogue de la maison de poésie expérimentale garrottée par son grand patron. Prochainement elle aura chez le Docteur Olive sa propre collection, inaugurée par un auteur débauché de cette petite maison. Une collection en son nom propre. Rien que ça, n'est-ce pas, rien que ça, qu'on ne me dise pas que ça ne fait pas sens. Avoir besoin d'imposer prénom et patronyme en titre de collection. Comme le Docteur Olive avec sa propre maison. S'inscrire au creux de territoire, devenir une marque en soi, valider sa propre existence en s'accolant très physiquement aux auteurs sur la couverture. Mais c'est un mouvement bien plus ample, une dynamique plus générale. Je l'ai dit combien de fois, on n'étouffe pas vainement la notion de parésia, on ne peut pas se plier, basculer et collaborer sans que tout s'abîme au-dedans. Elle vient de sortir un livre. Elle dit c'est un roman et en dépit des déjeuners permettant de jolis papiers il faut avouer que personne n'y croit. Ce qu'on croit, c'est juste ce qu'on voit, la lucidité Saint Thomas en ces temps de troubles est générale. On voit de belles photos dignes d'un book de comédienne. Du glamour made in Flammarion. On voit un texte bâclé, qui s'essouffle maladif dès le troisième paragraphe. Une absence de propos, des lecteurs stupéfaits répétant mais enfin elle parle mais ne dit pas n'aurait-elle rien à dire. Des choix de ritournelles cousus d'un sal fil blanc : trois jolies métaphores, les trois seules efficaces répétées à l'envi, cache misère et surtout c'est du sous Christophe Fiat, il faut bien que quelqu'un est le courage de le dire, c'est du sous Christophe Fiat. Voilà ce qu'on récolte quand on passe ses journées à ne faire que la bonne pour le Docteur Olive. Elle a tué ses mots, elle a tué sa chanson, et son dernier bouquin est la consignation de son suicide interne.
Je suis seule mais vivante. Et pas si seule que ça. Si les potes de MBK qui s'incrustent comme lecteurs au sein de Verticales pouvaient parallèlement éviter de courtiser Bernard Wallet pour lui, je m'en porterais mieux, car j'aime cette solitude. Binôme avec Arlix et préservée d'eux tous, moi je n'aspire qu'à ça. Travailler dans mon coin et ne plus assister à leur foutue misère, à cette médiocrité, à ces contrats faustiens dans lesquels ils se complaisent. Et puis une dernière chose : la sympathie, c'est à tout sauf à ça que je travaille.

#73
La journée des questions, j'ai l'impression que c'est ça. Ca a commencé hier soir, mais je n'ai pas répondu. J'avais plus urgent, comme par exemple trouver ce foutu dragon des mers pour activer le miroir du soleil, et lire le manuscrit expé le plus intéressant que j'ai eu entre les mains depuis facilement deux ans.
Je reprends les choses dans l'ordre. D'abord il y a eu ça, ensuite ça, et puis ça. Même si je reste chez moi je fais tourner les livres. Là j'ai été chafouine. Les gens à qui j'ai prêté Les langues paternelles, ou à qui je l'ai vivement recommandé, ce sont plus des lecteurs de littérature tradi, de romans autofictifs ou non que de fictions théoriques. Conquis, qu'ils ont été, je reprend un terme cité. Parmi eux il va de soi que je me suis arrangé pour insister auprès de ceux qui parallèlement n'aiment pas trop Daniel Schneidermann. L'inquisiteur de la télé, celui qui fait chier tout le monde et pour qui je travaille parce que les ennemis sont communs et qu'on se comprend bien, éthique psychorigide, pratique de Parhésia. Sans compter que Daniel a quitté le jury du Prix Décembre quand Beigbeder y est entré. Ca faisait un an que je le connaissais, ce jour-là j'ai compris que quelque soit le domaine il était cohérent, que la notion d'intégrité ce ne serait jamais une plaisanterie. A Arrêt sur Images, même si je ne gère que le forum, que le supplice de l'antenne n'a lieu qu'une fois par mois et que je ne suis qu'une courroie de transmission entre les internautes et lui, il y a quand même implication, c'est pas qu'un taf alimentaire. Je ne bosserai pas pour le forum de Karl Zéro, si il existe. C'est important de le préciser.
Alors oui, je l'ai joué tordue. Histoire d'entendre par la même bouche du bien de David Serge et du mal du corps qui l'héberge. Dans la même heure, évidemment. Laisser courir de chouettes hypothèses dans mon salon, rumeurs de suppression d'ASI, s'il est viré de France 5 il nous pondra une bio bourrée de scoops chez Fayard, ou Flammarion non pas Flammarion Chloé veillera tu feras la nègre ça te fera des thunes hilarité sournoise et collective. Au fait tu sais qui c'est David Serge, j'ai lu sur le blog d'Assouline que c'était quelqu'un de connu. Je n'ai pas ri et j'ai fait la niaise. Alors certains me boudent un peu. Faut pas. Qui détient un secret ne peut qu'en jouir en silence, mais en jouir. C'est certain. Ca c'est pour le premier point.
Le second date de ce matin, enfin du début de l'aprem, c'est Igor qui me téléphone pour m'informer que je me suis encore engagée sur un truc que j'ai dû oublier. Je suis invitée cette semaine « sur une cyber performance littéraire ». Le problème c'est que je ne connais ni le site, ni ces gens. Alors c'est un peu compliqué. Je pige pas trop non plus le but de la manœuvre, je suis facile à parodier, peut-être que c'est pour ça que je suis listée avec le Faust empaillé, le leader de chemisettes brunes et un cantiqueux racaillien. Le tout très mal orthographié, j'hésite entre la blague et l'hoax. Ca n'a pas vraiment de sens. Igor pense que si ce mail a été balancé sur plusieurs gros groupes de discussion, c'est pour booster l'audience du site. Un site de créa, visiblement, mais le niveau laisse à désirer. Peut-être que c'est de très jeunes gens. Mais c'est quand même pas une raison. Alors je ne suis pas très contente. En plus les pauvres ils se rendent pas compte. Tout le monde s'en branlerait mais d'une force, que je fasse chez eux une cyber performance littéraire...
Y a des trucs que je ne m'explique pas. Surtout aujourd'hui où j'ai le temps. Par exemple, ici je comprends très bien où je suis, ce que je dis et pourquoi. Ici la question du comment, je ne m'en préoccupe pas. C'est bien pour ça que ça repose. Je parle, je ne dis pas. Ou alors pas souvent. Ce n'est pas de l'écriture, ça reste de la parole. Et même à la limite, parfois juste des informations. Qui sont quand même particulières et pas toujours très passionnantes. Je me demande si je viendrais me lire, en fait.
Déjà quand on était à 200 visiteurs par jour, il paraît que c'est peu, mais moi ça me fait flipper. Depuis deux mois je n'ai rien fait, enfin je veux dire pas la guignole, je suis restée enfermée chez moi et j'ai quasiment pas posté. C'est monté à 250. C'est absolument régulier, parfaitement incompréhensible. En plus je crois que c'est les mêmes. Les mêmes qui reviennent ou qui restent. Parce qu'il ne peut pas y avoir du flux en permanence, pas assez de liens netteux ou de produits d'appels. Qui ils sont, le profil, là c'est assez facile, les mêmes que dans mon lectorat, plus d'autres liés que au net. C'est désagréable, n'est-ce pas, d'être réduit à une statistique, jusqu'à son temps de lecture. Vous plaignez pas, à la rentrée je serais aussi un pourcentage dissolu dans le chiffre global de la production éditoriale second office d'août la pouliche piaffe début septembre. Cette année je n'angoisse pas, j'observe. Et souvent je ne comprends rien.
Le pire, je crois, c'est qui sont les lecteurs du blog de la forumancière. Quand je me suis rendue compte que c'était bien 7 000 par jour, j'ai plus été capable de poster. A la base, à part des remarques sur les coulisses, je voulais présenter des extraits du roman en cours, puisqu'il était sur la télé, que je faisais des recherches, et que les infos ou les débats du forum pouvait influer sur le contenu. C'est passé à 8 000, ce qui veut dire que sans faire exprès je risquais de faire de la promo. Ca tétanise, mais grave. Je ne sais plus de quoi parler, même quand j'ai le temps. A part Le Cri du Sablier, j'ai jamais été lu par autant de personnes, le problème du rapport immédiat au lecteur, putain que j'aime pas ça dès qu'il est incarné. L'outil des stats au début c'était rigolo, mais vaut mieux plus jamais l'ouvrir. N'empêche que faudrait quand même que je me penche à nouveau sur le cas Magalie, là-bas, parce qu'une gagnante de la Star Ac qui ne fait que 12 800 ventes de disques, compte tenu de son parcours dans le château, ça peut être plus qu'intéressant.
A part ça, Grégoire Courtois a été libéré.

#72
C'est terminé. Les toutes dernières retouches ont eu lieu dans la nuit, j'ai envoyé le doc word à huit heures ce matin. Je pensais être soulagée mais je suis juste très vide ; dormi jusqu'à 16 heures, penser, communiquer, relève de l'impossible. J'appréhende la semaine un peu à cause de ça. Bien sûr il reste du travail, les retours de la correctrice, mais sur le fond tout est réglé. Jeudi j'ai vu mes éditeurs pour qu'il ne reste que des coquilles et des poignées de fautes d'orthographe. J'aime vraiment bien bosser avec eux. Il y avait Yves Pages avec Bernard Wallet, normalement c'est Bernard qui me gère, j'ai envoyé le texte aux deux en copie par convenance et sécurité. Yves pour moi ça reste un auteur, un excellent éditeur soit, mais je suis fan du Théoriste et ça c'est pas pratique du tout. L'appréhension des commentaires qui suivent la toute première lecture sur un livre encore en ébauche, elle est pire quand on pense à la production propre du cerveau qui s'y colle. Yves a dix ans de plus que moi, c'est peut-être pas assez, j'ai peur de tout le monde sauf des vieux, dans le cadre du travail. Et puis je me méfiais, pour qu'ils préfèrent s'y mettre à deux c'est qu'il devait y avoir un truc, genre le manuscrit est pourrave mais on osait pas le dire par mail et encore moins par téléphone. Il va falloir qu'un jour je me penche sur le problème, ça ne va pas être agréable, mais il commence à me peser, ce complexe de persécution.
On s'est bien amusé pendant les corrections. Une sorte de scrabble syntaxique, avec curée des métaphores bancales. Exercice ludique et assez excitant. Contrer faire mieux faire vite. J'ai repris ce week-end deux passages en entier, sur le coup je ne voyais que très vaguement le souci, du côté de la scansion et du champ lexical. C'était le cas pour le premier paragraphe emmerdant. Mais sur le second ciblé, je crois bien que sa tournure rendait le propos parfaitement opposé à celui prévu au départ. Deux plombes dessus et des montées de tachycardie. Je n'arrêtais pas de penser à Aristote, pourtant visiblement ça n'avait pas de rapport. Mais en fait si, évidemment. A croire que j'oublie dans l'urgence la manière dont je fonctionne. Si je m'étais écouté tout de suite, au lieu de vouloir être logique, construite et cohérente, j'aurai senti l'analogie et vite chopé les citations. Des fois je me foutrais des claques.
J'habite dans la télévision roman, affaire classée. J'ai lu en juillet 2004 la phrase de Le Lay sur le net, c'était une dépêche AFP. Ca faisait trois ans que je suivais les principaux programmes de téléréalité. Avec certains de mes amis, on faisait des paris et on jouait à la prod. Profil des candidats, interactions possibles, potentiel en terme de, options prises par le scénario. Dans le cas des loft ou des loft-like, repérage des failles névralgiques, multiples propositions d'activités de groupe permettant d'influer en live sur la fiction en cours. J'étais obnubilée. J'ai suivi l'opus 4 de la Star Ac en observant tous les montages et ce qui se disait, mais juste sur les quotidiennes et les primes, j'avais pas de 24/24. Le processus de fabrication de personnages de fiction. J'en suis restée là au début. Les candidats des êtres humains qui se transforment en personnage de fiction. Les aspects de cette narration, ses règles et ses filets, sa participation active à la grande fiction collective.
C'est en septembre qu'est venue l'idée. Plusieurs trucs en même temps, je crois, la même semaine. Un dossier pour la bourse Stendhal, une invitation pour Lille 2004, et une question de journaliste qui m'avait super énervée. Synopsis obligé pour remplir le dossier. Une imbitabilitude assez proche de la SF, je ne sais pas ce qui m'a pris. Ah si. Igor a une culture très geek, alors je me suis dit : si au lieu d'écrire des machins qui ne font bander que des sorbonnards en licence de Lettres Modernes je pouvais être capable de faire du cyberpunk, il me trouverait vachement sexy. Je n'ai pas eu la bourse Stendhal. Peut-être parce que je ne justifiais pas très bien l'extrême nécessité de partir un mois à New York pour mener à bien ce projet. L'idée de base du bouquin, c'était un jeu de télé-réalité, mais en réseau. Seize candidats, quatorze êtes humains, deux sortes de Sims surévolués. Me demandez pas comment techniquement ils se côtoient, j'avais trouvé une piste qui technologiquement était censée convenir mais c'est trop long à expliquer. Les votes se faisaient en flux continu, chaque action clef comme dans les Sims, était choisie puis validée. Les candidats comme le public devaient retrouver les avatars. Il y a quelques semaines, Igor a lu un papier quelque part, il faudrait que je retrouve. Un loft-like où les actions principales des candidats sont décidées par le public est à l'étude aux Etats-Unis. J'ai bien fait de lâcher l'affaire. Et puis c'est un signe, je crois bien. Igor m'avait prévenu, pour faire de l'anticipation qui ne soit pas grotesque, faut prendre en compte la loi de Moore et un tas d'autres facteurs. C'est quand même un peu con de jouer à la Pythie que sur les cinq ans à venir, surtout quand on m'a rien demandé.
La proposition de performance à Lille, j'ai dit oui oui un truc texte/son, je vais voir avec Dorine_Muraille. Mais Julien travaillait sur ses nouveaux morceaux, le plus souvent en Normandie, c'était vraiment trop compliqué. J'ai dit tant pis j'y vais toute seule. On m'a installé le logiciel, pendant quinze jours j'ai fait des boucles en m'amusant comme une timbrée. Le seul ennui c'est que je n'avais aucune idée de ce que j'allais fabriquer pour la lecture avec bande son. Quand je bosse avec Julien, on a des thématiques. On fait des trucs ensemble depuis six ans, on a des axes précis, je sais vers quoi creuser. Là j'étais dans le flou. Je voulais bosser sur le biopouvoir et radicaliser le texte, sur le fond s'entend, le lyrique c'est trop adapté à l'oralité pour ne pas travailler dessus dans ce cas-là. Et puis il y a eu le journaliste. C'était par mail, il me semble. Parce que je n'ai pas le souvenir d'avoir haussé la voix, ni d'être allée pleurer dans les toilettes. C'était quelqu'un de jeune qui aimait mon travail, ça me fait toujours flipper d'avoir affaire à eux. Parce que quand ils réalisent que je ne vis pas nue sous une cape de soie noire à me taillader les veines dans une cave les nuits de pleine lune, ils sont toujours épouvantablement déçus, les jeunes qui aiment bien mon travail. Surtout quand ils sont journalistes. Alors lui à la fin de l'interview il était très déçu, parce qu'au lieu d'écorcher des chats en déclamant Artaud, je préférais jouer aux Sims et suivre la Star Ac. De la culture beauf, je crois que c'était le mot, ou peut-être populaire mais dans le sens comme ma concierge.
J'ai bloqué bien deux jours. A m'enfermer pour jouer aux Sims avec dans la télé la Star Academy. Igor commentait toutes les pubs, on revenait sur l'histoire du temps de cerveau disponible. Dans la Star Ac l'année d'avant, un candidat avait au prime interprété Chiwawa de DJ Bobo, Coca-Cola était le principal annonceur du programme. J'ai fait un coup de Google avec pour mots clefs TF1 + audience. J'ai dit à Igor désolée, mais je crois qu'à cause du travail, tous les programmes de TF1, surtout ceux de divertissement, je vais devoir me les fader. J'ai revu Vidéodrome et en octobre j'avais amorcé le chantier. En janvier 2005, Daniel Scheidermann m'a engagée pour tenir le forum d'Arrêt sur Images. C'est comme ça que j'ai pu vraiment me soumettre à l'expérience. Du lever au coucher vivre avec puis dans la télé. Observer en quoi ça consiste rendre le cerveau disponible, comment ça se passe pour de bon, est-ce qu'un basculement s'effectue. Consigner tous les jours ce qui se dit et fait dans la télévision. Et scruter les changements qui s'opèrent dans ma tête et parfois au coin de l'œil.
Pour rester enfermée avec ou devant la télévision il faut en avoir les moyens. Les moyens ça veut dire du temps. Du temps à consacrer, voire même à sacrifier, puisqu'on sait qu'il deviendra disponible afin d'être vendu à un groupe comme Coca-Cola. Avec pour travail alimentaire un forum, déjà je pouvais rester chez moi. Et donc du lever au coucher rester dans le salon devant mon ordinateur et la télévision. Le propre d'Arrêt sur Images, c'est que c'est une émission qui décrypte la télé. Il y a même un opus consacré aux cerveaux disponibles, et depuis un spécialiste en neuro-sciences parmi les chroniqueurs. Le forum étant lié à l'émission, les discussions sont majoritairement liées à ce qu'il se dit et fait (ou pas) dans la télévision. Immersion complète, absolue.
Je fais le point, je m'y attendais. C'est la première fois qu'un projet prend autant de temps et reste autant en tâche de fond. En dix-huit mois Les juins ont tous la même peau, Transhumances, le livre d'artiste avec Curlet, le feuilleton pour Magazine et puis tout un tas de petits textes. En parallèle, toujours, J'habite dans la télévision. La douzième lecture bandesonnée dans deux semaines chez Troudair. Le Lieu Unique et la Ménagerie de verre, si j'y fais un truc comme prévu le prochain hiver, je ne suis pas sûre de conserver ce cycle. J'ai des chantiers prévus, je me laisse quelques semaines avant de lancer plus fermement la mise à jour.
En septembre, je disais, la rentrée. Chez Verticales on sera quatre. Pierre Senges, Jean-Louis Magnan et Arno Bertina. Le seul inconvénient dans une maison de taille moyenne, c'est que je ne peux plus être la chouchoute à papa. Alors je suis obligée de beaucoup plus m'appliquer et de moins faire la mariole. Je l'ai encore rendu en retard, mon manuscrit, mais juste de quinze jours. A part pour Les Mouflettes, je crois que c'est la première fois que je ne nique pas de planning. Les trois dernières semaines ressemblaient à tous les autres précédant un rendu. Une semaine de ras le bol où je geins sans faillir et rêve de thalasso ou de week-end à Rome. Au bout du huitième jour mon entourage me coatche à grands coup de pieds au cul, et je speede comme une folle tralalère j'ai fini. Mais là, c'est dans les temps. Je suis devenue sérieuse, très sérieuse mine de rien. Dans deux jours réunion avec les représentants. Les représentants ce sont les gens qui vont démarcher les libraires. On les installe autour d'une table, et puis toute la journée des éditeurs défilent pour exposer leur catalogue. Souvent, les auteurs concernés présentent en bafouillant en quoi consiste leur livre, parfois ils en lisent un extrait. Moi, à part la lecture, ça me fout dans la merde. Enfin généralement. D'abord je résume mal, et puis en vérité j'ai pas encore fini le livre. Du coup j'ai un peu de mal à raconter la fin. Ce coup-ci c'est différent, et je crois bien que ça m'intrigue. Se pointer dans les temps face aux représentants, maîtriser son discours, pouvoir très clairement résumer la démarche, l'intrigue centrale, les agencements. Je vais y aller sûre de moi, ça me changera un peu.
C'est un problème de temps, ce flottement depuis hier, je quitte celui de l'écriture pour celui de l'édition, et surtout j'abandonne celui de la télévision. La semaine dernière j'étais encore à tripoter mes phrases, à ingérer les mots diffusés par le poste, j'avais des choses précises à faire, à dire. Maintenant je ne sais plus bien. En plus c'est très étrange, parce que ce n'est pas fini, en fait. Je suis toujours forumancière, et j'ai encore pas mal de temps à passer sur le projet global J'habite dans la télévision.Parce qu'à la base, le livre devrait sortir avec un cd. Le cycle des interventions, c''était bien un work in progress. Un chantier texte/son ouvert, évoluant et fluctuant d'une présentation à l'autre. Ce n'est pas un spectacle que je fais tourner, l'intérêt c'est qu'il ne tourne pas, ce qui me permet d'avancer. La bande son, ce n'est pas de la musique. Il ne s'agit pas d'accompagner la lecture d'un fond sonore électronique pour faire plus djeunz que si c'était lu en voix sèche. La bande son, elle ne décore pas. La pièce sonore c'est l'enregistrement de mon cerveau pendant qu'il se passe ce que je dis. Et même si je suis portée sur l'endophasie, ce qu'il se passe dans le cerveau quand il se fait formater par la télévision ça fait des bruits particuliers. Qu'on ne peut pas dire avec des mots. Le cd avec le roman, comme en plus cette idée y était intégrée, c'était très cohérents. D'ailleurs chez Verticales tout le monde était d'accord.
Le principe du cd avec le livre remonte à l'invention du cd, je dis ça en passant parce que je ne sais pas ce qu'elles ont en ce moment, les maisons d'édition tradi, à toutes avoir l'impression qu'elles sont à donf dans l'ultra modernisme par ô intrépide décision commerciale inédite et risquée la cible est encore floue, elles sortent des livres avec cd depuis hier ou après demain. A croire qu'ils n'ont jamais entendu parlé de ces étranges créatures nommées poètes sonores. Mais bon. Chez Verticales au moins ils ont compris très rapidement, et puis c'est pas une grosse structure. On doit ressortir en Minimales ce que j'ai fait pour France Culture avec Dorine_Muraille il y a deux ans. Je pense que je vais développer l'équivalant d'une pièce sonore pour l'Atelier de Création Radiophonique de France Cu, mais chez moi l'an prochain. En parallèle de mon livre pour Naïve.
Toujours est-il que pour avoir un livre-cd au final, c'est encore bien plus chiant au niveau des dates que pour un roman normal. On ne l'a pas vu venir, la connerie kafakaïenne qui pour une question de fab fout en l'air un aspect capital du travail présenté. Verticales appartient au Groupe Gallimard. Et le groupe Gallimard est très organisé. Les grandes maisons ne bricolent pas, elles ont un planning très strict, un processus de fabrication plus long. Parce qu'elle produisent beaucoup plus. Bien sûr ça a du bon, avoir son objet fabriqué puis diffusé par Gallimard. J'ai une guigne pas possible à chaque sortie de bouquin, si c'est un petit éditeur dénué de fortune personnelle il se fait bouffer ou il ferme et question diffusion je n'y reviendrai pas, Volumen est un cas d'école. Alors évidemment, si Gallimard c'est si sérieux, c'est parce que dedans, c'est très organisé. Le manuscrit rendu à moins 100 jours, déjà passer outre fut coton. Le texte est relu par l'éditeur, il y a le battement de la correctrice, des retours, puis le bon à tirer. Ensuite ça va à l'imprimerie, pour que l'objet existe en juin à cause des journalistes qui l'emmènent à la plage avec les 600 autres. Déjà, cent jours c'est super long. Mais quand il y a un cd en plus, faut rajouter aussi un mois. On a appris ça quand j'étais déjà à la bourre, il y a un mois. Je n'étais pas contente, ça je ne vais pas le nier. Mais je ne pouvais rien faire, chez Verticales non plus. A part repousser la sortie à janvier, et ça, franchement, c'était un coup à devenir dingue. Comme je rends tout en retard je n'ai jamais rien qui traîne dans mes tiroirs, un bouquin c'est une phase de travail et de vie, impossible de passer à autre chose avec cette suspension.
Alors je vais remanier le site cet été. Il y aura une rubrique correspondant au dossier annexe que constituait le cd. Dessus la pièce sonore sera en écoute et en téléchargement. Ce n'est finalement pas plus mal. Un MP3 c'est moins chiant à mixer qu'un cd. Pour le cd il m'aurait fallu quelqu'un, là je peux rester autonome du début à la fin. Et puis le livre sera moins cher smiley de joie. J'ai le temps de travailler de façon méticuleuse, de développer des trucs encore juste pressentis. Ca va être amusant. Remanier le site, c'est pareil. La rubrique où la pièce sonore sera hébergée, y réfléchir aussi, ajouter d'autres choses. Chercher d'autres axes, mais sans que ça passe par la langue. Pour ça quand, même, le net, c'est d'un pratique, on aurait dommage de se priver.
Il est quatre heures et Igor grogne, la fumée vient jusqu'à la chambre. J'avais peur d'un réveil où le flottant persisterait, demain. A présent je suis sûre que non. Le forum dans l'après-midi, et un peu de télévision. Chercher une manière différente d'aborder et traiter l'un et l'autre. Là ça devient intéressant. Le mercredi c'est la Nouvelle Star et je raffole de la Tortue.

#71
Bon bah hier j'ai quand même dit une chouette connerie au sujet du serveur mais pas de la serveuse. Heureusement que partout dans le monde le tourguenisme avance...
lien permanent
#70
Je ne la connais pas. Elle est arrivée sur le forum comme bien des bloggeurs, elle avait pour pseudo La Serveuse Automate. Souvent avant même de cliquer on se fait une idée de ce qu'on peut trouver. Ne niez pas. Y a pas que le nom du blog, y a l'hébergeur aussi. Pleins de trucs. C'est normal. Ma souris quand je lui impose d'ouvrir un lien vers Haut et Fort elle a de la méfiance plein les moustaches, pareil pour un My Space mais pour d'autres raisons. Vous êtes dix à comprendre, alors je vous explique : "writer" c'est pour un truc "écrit" avec la demoiselle qui faisait des pâtes à Joey Starr dans 60 jours et 60 nuits. Bon bien sûr y a pas que ça de fort cocasse, mais comme dirait THTH comprenne qui peut].
Un lien, c'est comme la couverture d'un livre, le titre et l'éditeur avant de toucher au texte, sur moi ça joue. Je ne suis pas la seule, arrêtez de minauder. A moins que ça ne vous fasse rien du tout, pour de vrai rien du tout. Ni Haut et Fort, ni une couverture Flammarion. Je me demande juste dans ce cas-là ce que vous foutez ici.
Donc.
La Serveuse Automate et puis un over-blog, ça partait bien pendant que la page se chargeait, je ne peux pas expliquer pourquoi de façon très rationnelle. C'est peut-être de l'instinct, de l'instinct développé au fil des ans et des textes croisés, reçus, je ne sais pas. Je sais juste que ça marche, je me plante de moins en moins. Vous n'êtes pas obligés de me croire. N'empêche que quand ce que j'ai repéré n'aboutit pas, c'est uniquement et toujours uniquement pour raison commerciale. La qualité de ce que j'ai fait circulé n'est jamais remise en cause, pas que par politesse. On m'a même dernièrement fait remarquer que c'était bien dommage de n'avoir du museau que pour des textes qui ne rapportent pas, sur lesquels on ne peut pas prendre de risques étant donné la conjoncture.
Bref.
La Serveuse Automate je ne la connais pas. C'est presque aussi kiffant de tomber sur un blog comme ça, surgi de nulle part, que sur un bon manuscrit envoyé par la poste.
La Serveuse Automate elle dit : Bac +12 en linguistique du service hôtelier, spécialisation aux States en marketing du management de la petite enfance, co-auteur de la théorie quantique de la dualité onde-corpuscule, auteur d'un essai sur l'abondance de la symbolique sexuelle dans la peinture monochromique.
Sans ce boulot de serveuse je ne suis personne, pourtant ce boulot n'est pas moi, il n'est que mon corps, mon énergie....je suis la serveuse automate.
Elle précise également : Je suis J., 24 ans, bac moins un, serveuse à temps plein, ancienne caissière Carrouf, équipière Macdo, Standardiste Speed Rabbit, serveuse Hippopo, chambreuse Holidayhinn, nettoyeuse Onetpropreté, coupeuse de raisin, vendeuse de glace, ramasseuse de Coco de Paimpol....
Une tête blonde, le teint pâle, des poches sous les yeux, un chignon, le joli costume noir et blanc Hilton Hôtel, en dessous mon corps fatigué, le regard fuyant et timide, le sourire facile, dans les pattes un pti bonhomme de 2 ans et demi, Hugo, dans mon lit beaucoup de passage, dans mon cœur une seule marque au fer rouge, Antoine.
Je lui ai demandé pour les publications, au moins en revue une fois, mais jamais qu'elle m'a dit. Si j'avais une maison, je la ferais signer tout de suite. Mais j'ai pas de maison. Et c'est peut-être pas si mal, parce que ça prouve encore une fois, mais dans un autre domaine que le journalisme, que ça ne voudra jamais trop rien dire, la notion de vraie signature.
Alors.
La seule chose que je peux faire, c'est lui envoyer des lecteurs. Ici je ne sais pas trop ce qui se passe, vu que je ne branle pas grand-chose, des semaines entières sans poster, des textes qui n'en sont pas, juste des billets de mauvaise humeur, mais les connexions font rien qu'à augmenter. Autant que ça serve à quelque chose.
Et puis aussi à relayer ça, tiens. Parce que deux entartages sur le Salon du Livre c'était décidemment pas assez. Parce que BHL doit souvent prendre le thé au Hilton, enfin c'est compatible pour ne pas dire probable. Sans compter que j'aimerais bien savoir ce qu'il pense des non professionnels de la corporation journalistique qui sévissent sur le net en contrariant Monsieur le Ministre de la Culture & du Divertissement, le tenancier de ce blog. Je suis un peu en boucle depuis hier, je sais.

#69
Renaud Donnedieu de Vabres : " (...) et je le dis franchement : je ne suis pas le ministre des troubadours et des saltimbanques !". C'était le 23 décembre au JT de France 2, les intermittents commençaient à le fatiguer sérieusement. Qu'est-ce qu'ils allaient nous emmerder hein, une question de choix de vie, faut quand même pas charrier, ils n'avaient qu'à s'inscrire en école de commerce ils n'en seraient pas là.
Renaud Donnedieu de Vabres n'est pas le ministre des troubadours et des saltimbanques, le Ministère de la Culture est celui du Divertissement, et le divertissement c'est un truc drôlement plus utile et chouette que la culture puisque ça fait vendre un tas de truc y compris ce qu'on veut grâce au cerveau humain disponible et plus exactement à une zone qui s'appelle le cortex préfrontal médian. Mais ça s'est un autre problème.
Je ne vais pas revenir sur le DADVSI code, la licence globale et nos anus constellés d'hémorroïdes. Mais je dois quand même souligner un truc. C'est sur le forum où je travaille qu'un internaute me l'a passé au Stabilo. Une interview de ce brave Renaud accordé à Libération le 10 mars. C'est pas exactement hier et je n'étais pas tombée dessus, personne ne m'en a parlé depuis non plus, à croire que sous le flux de bordel en ce moment ça ne paraissait pas capital.
"Quelles leçons tirez-vous de ces trois jours de débat passablement agités?
C'est vrai que nous avons vécu des moments de grande tension, que certains ont cherché à rendre ce texte illisible en salopant le débat. Mais vous savez je prends tout cela avec une ironie distante. Il est peut-être difficile de passer de la logique de la gratuité qui a cours aujourd'hui à celle de la responsabilité mais je ne regrette rien. Il faut sortir de cette manière caricaturale et périmée de pratiquer le débat politique que l'on a connu ces derniers jours et de se concentrer sur l'avenir. Ce texte pour moi, n'est d'ailleurs que le premier d'une longue série d'adaptations de notre droit à l'ère numérique et je compte bien, par exemple, m'attaquer un jour au problème de la presse et de l'Internet. C'est un autre sujet capital parce qu'il n'y aura pas d'informations de qualité sur l'Internet sans de vrais signatures, de vrais acteurs dont c'est le métier. L'Internet est une grande chance mais je ne veux pas l'idéaliser et sans un cadre clair, beaucoup de ces chances pourraient être gâchées."
Ca, l'ironie distante, c'est sa marque de fabrique. Pour ne pas gâcher la grande chance qu'est Internet, il est temps de mettre un terme aux idéaux alternatifs. Donc vous êtes bien mignons les gars, mais Renaud n'est pas le ministre des saltimbanques et des troubadours, et la circulation de l'info, il va y remédier fissa. Parce que les idéaux alternatifs, ça gâche du temps de cerveau humain disponible qui pourrait être plus utile à des choses comme la propagande de l'UMP ou tout autre concept susceptible de convenir.
Médias alternatifs : c'est comme ça qu'on nommait au début du XXIe siècle, mais grâce au Ciel vraiment seulement au tout début, ces blogs et ces sites rédigés par des personnes qui sans carte de presse se permettaient de concurrencer les médias traditionnels divinement agrées, où les politiques mettaient à loisir leur nez si ce n'est leur queue.
Je sais pas si très concrètement tout le monde pige bien ce qu'elle veut dire, la petite tirade finale de Donnedieu de Vabres. Parce que ça touche à l'info comme à la culture. Personnellement, j'ai un peu de mal, pour ce qui est de l'info, à obtenir des sources dégraissées de propagande dans les médias traditionnels, déjà. Mais peut-être que c'est à cause d'Arrêt sur Images, de ce que j'apprends et je constate quotidiennement sur leur forum, aussi, vu que les habitués se renseignent vraiment bien et relèvent les escamotages réguliers, quand c'est pas de la réécriture.
Quant à la culture, je sais pas trop pour vous, mais entre les pages livres qui ont été réduites au Monde; Campus qui fait son spécial Salon du Livre avec Jean Reno en invité vedette précisant chemin faisant combien l'UMP c'est trop la fête du slip; Guillaume Durand dans le même opus qui nous fout sous le museau Marc Levy et Werber comme grands écrivains contemporains représentatifs (putain mais heureusement qu'Angot a eu l'idée étrange de faire une chronique dans cette émission, sinon personne n'aurait précisé sur le plateau que non monsieur "ce n'est pas de la littérature"); et le niveau général absolument stupéfiant de connerie et d'inculture qui sévit dans les rédactions de la presse dite culturelle, donc bref, je sais pas pour vous, mais moi je me sens bien dans la merde et pas très contente, vous voyez.
Parce que c'est quoi, "une vraie signature"? Un nom qui a été validé par une impression papier? Parce qu'aux Inrocks, peut-être, c'est des vraies signatures? Un gage de professionnalisme? Donnedieu de Vabres n'a jamais lu un seul article des Inrocks, je ne vois que ça. Ou plutôt si. Il a dû lire les articles culturels des Inrocks et a super envie qu'il n'y ait que ça en France. Ca se comprend. Enfin moi j'ai compris le 10 mars. C'est un hasard, et c'est bien pour ça que ça n'existe pas, le hasard.
C'était mon anniversaire, et pendant que l'interview de Monsieur le Ministre avide de séparer le vrai du faux et le bon grain de l'ivraie trônait dans le Libé, j'ai réuni quelques amis pour qu'on se défonce le minois de façon guillerette et collective. Quand je dis quelques c'est vraiment quelques, on était sept en tout et en comptant Igor. Je m'étais arrangée pour maîtriser le casting, mais manque de pot dans mes intimes j'ai un collectionneur. De filles. Plutôt jolies, après pour le cerveau j'avoue que j'en sais rien il en change bien trop vite pour que je puisse vérifier.
Dans mon salon j'ai donc eu le privilège de me fader une soirée complète avec une créature à première vue charmante qui travaille aux Inrockuptibles. Heureusement que sa vraie signature elle l'a fout en bas d'articles sur la musique et pas dans les pages livres. Putain sérieusement. Parce que déjà je dois avouer que si je n'avais autant d'estime et d'affection pour l'individu qui l'a introduite dans mon salon, c'était la porte et ma main dans la gueule. Au mieux. Si elle avait bossé aux livres, j'aurais pas tenu bon du tout. Vu le marasme en ce moment, non c'est sûr. Une meuf qu'explique qu'elle va voter Villepin "pour diviser la droite", que "mais les punks à chien s'ils avaient le pouvoir hein, ils feraient quoi?" et qu'elle va nous pondre un article "contre le rock festif" parce oui cocotte t'as raison, y a grave urgence là, c'est LE truc à éradiquer le rock festif en 2006, ça pue la bière et le punk à chien, il est grand temps d'y mettre de l'ordre, non mais sans déconner.
Je n'ai pas du tout envie de lire de vraies signatures, mais la classe politique comme la majorité des acteurs des médias traditionnels, si. Sérail, chasse gardée, tout ça. Crise de la presse aussi. Alors je ne sais pas trop comment faudra s'y prendre, mais il est absolument hors de question qu'on ne puisse plus lire que la prose d'encartés ou de journalistes dont le combat est de contrarier Sarkozy en votant Villepin tout en fustigeant le rock festif, combat à la mesure des Inrockuptibles remarquez. La presse papier va mal, on bâillonne internet pour relancer les ventes, en voilà une idée qu'elle est bonne. Putain. Bon dimanche sous vous applaudissements...

#68
Ce serait bien de faire un point, même si c'est vrai que j'ai pas trop le temps. Ca fait des mois que ça dure, et puis c'est derniers jours ça s'est accéléré, c'est peut-être pas pour rien. Je ne veux pas dire que c'est magique, ça fera bientôt deux ans que j'essaie d'être laïque et le moins psychotique possible, je renonce par conséquent à tout surnaturel. N'empêche que le hasard n'existe pas, c'est même à moi de le contrer, c'est épuisant mais je ne lâche pas, ça non, je le refuse et ça peut marcher.
Il y a cinq ans j'ai perdu de vue et par choix un certain nombre de personnes. Ca ne s'appelle pas que les circonstances, j'observe et je constate que je fonctionne par cycles. Deux années, en moyenne. Je ne peux pas le nier, c'est tellement évident que je vais bosser là-dessus, j'en ai parlé à Dame Salvayre ce soir, j'ai un truc à creuser, la notion d'amitié et sa programmation, d'ici un an je suis dessus, j'ai deux petits livres à écrire avant, je vais établir un protocole et expérimenter ça.
Je suis très proche de Sims, en plus irrémédiable. Ma jauge en cas de déception ou de trahison ne va pas jusqu'au 100 quand c'est dans le négatif. Selon le degré d'intimité et d'attachement, je peux aller jusqu'à cinq chocs. Mais souvent au second je coupe. Pour mes mecs s'était différent mais ça c'est parce que je suis une truffe. Une connaissance qui merde une fois poubelle, un pote qui abuse trop idem, un copain peut un ou deux coups de canif, peut-être trois. Un ami, quatre canifs un poignard. Ou bien rien. Ca dépend du donnant-rendu. La déception, la fatigue de l'autre, la perte de l'intérêt, l'enlisement ou l'erreur, je n'arrive pas très bien à quantifier encore. Je mets ce qui est de l'ordre des croisements étiolés et de l'oubli à part. Je précise que je me venge, aussi. Et si possible toujours de manière très mesquine et sans en avoir honte. Fallait pas commencer.
Je fais pas mal de frontal, souvent je parle au vent, je dis qu'un bon écho vaut plusieurs acouphènes, c'est toujours ça de pris. Quand j'étais catholique j'ignorais le pardon, je me souviens que le Père Patrice un soir extrêmement fatigué m'a dit : tu ferais mieux d'être juive, le Dieu colère c'est pas chez nous. A Houilles il y avait une synagogue, ma mère était morte et bretonne, mon tonton pro-palestinien, on m'a souhaité une bonne journée. Maintenant que je ne crois qu'en ce qu'il faut j'ai plus tellement de colère dedans. Enfin si oui, énormément mais plus tellement contre les gens. Contre un truc bien plus difficile à écorcher et qu'on ne peut pas tuer facilement. Parce que les gens, en fait, ça se tue facilement. Mais depuis Action Directe, on sait que ça ne sert à rien quand le problème est sérieux.
Il y a sept ans, parfois même neuf, je me suis heurtée, aussi. Contre des putains de corps qu'avaient rien à faire là. Souvent dotés de clitoris, souvent dans mon histoire que je n'écrivais pas. Parce que je l'avais laissée au hasard, la rédaction des petits chapitres, et à mes soucis oedipiens, ce qui était une mauvaise idée. Les gens ça se tue facilement, alors j'y ai bien réfléchis, le Docteur Lagarigue m'aurait fait un dossier, je me suis renseignée, vraiment bien renseignée, un cahier c'est possible même dans les pires HP. Je n'avais pas Igor alors je me disais du moment qu'un cahier. Et puis aussi que. Bien sûr ça ferait des frais supplémentaire, un CPE pour la saisie, mais ce serait quoi pour l'éditeur, par rapport au label Authentique Maboulerie et de la croustillance du bandeau. Si par la fille de ça fait vendre et le Vu à la télé aussi, imaginez ce que ça donne avec un blanc sur rouge en gros par la cruelle meurtrière sadique d'une écrivaine contemporaine de chez Grasset vue à la télé. Sur le coup je me suis trouvée lâche, mais je crois que j'ai bien fait d'écrire Les Mouflettes à la place. Sinon Igor l'aurait pas lu et on se marierait pas, ce qui serait une très mauvaise idée.
Donc voilà. En deux mois et alors que vraiment mais alors vraiment j'ai autre chose à foutre que d'être confrontée à mes petits ponts saccagés main, mes vieilles rancoeurs de fosses communes et mes fuites en bottes de sept lieues, j'ai revu presque tous les fantômes et la liste des cabots piqués par ma mémoire. C'est compliqué de scotomiser quand les gens sont toujours vivants. Et qu'on se retrouve une fois par mois en face d'une femme qu'on a fait revenir à la poêle. Mais c'est un cas particulier. Pour les autres, c'est très différent.
Je crois que c'est à cause du travail et puis de ce qu'on est devenu, en cinq ans ça fait long, il s'est passé des trucs. L'amitié, c'est pas grave, ça ne m'intéresse pas trop, j'ai calculé et depuis toujours je sais qu'au-delà de six amis j'ai beaucoup de mal à gérer. Ce qu'il faut c'est du respect, des deux côtés point barre. C'est à cause du travail, parce qu'en cinq ans j'en sais rien de ce qu'il est devenu, le leur. Et moi ça m'intéresse par ce qu'il faut que ça circule, sinon on va crever.
Ce qui est intéressant, c'est aussi les parcours, les choix faits, les brisures et puis les expériences. Les formes de pratiques, de savoirs. Même si faut pas pousser c'est pas non plus le Yom Kippour, y a plein de zombis mémoriels à qui je foutrais bien une baffe si je les avais à portée. Et quand je les ai, aussi. C'est pas non plus pour rien que je ne sors pas souvent. Mais au Salon du Livre, ce qui était bien c'est que cette année personne ne m'a touché le bras. Et puis j'ai fait ma crise la vieille. C'est pénible pour les chats et puis pour le conjoint, mais la pure montée de parano c'est plus gérable dans mon propre salon que là-bas. J'étais vidée de ça aussi, bon je me suis enfuie et puis un peu perdue mais tout était sorti. Système limbique purgé. Soirée agréable.
Je pense qu'il me reste un mois pour finir le roman. Une quarantaine de pages, j'ai pas mal de notes et le plan. La fin strictement narrative c'est encore flou, mais c'est toujours comme ça tout bonnement parce que ça m'emmerde. Igor me dit ce qu'est pas sérieux du tout de se débarrasser comme ça de mes bouquins, qu'à chaque fois c'est pareil je fais une blague et hop. Je sais qu'il a raison et exceptionnellement j'ai rebossé la fin des Juins, ça en avait besoin, mais toutes les fois d'avant aussi. Y a que la fin de La Vanité des Somnambules que j'ai réussie. Manque de pot dans celui-là j'ai réussi le début et pas loupé la fin mais j'ai foiré le milieu. Ce qui n'était décidemment pas une bonne idée.
Le problème de la fin, c'est que comme les histoires ça me fait super chier et plus je vieillis moins je m'arrange, bah une fois que tout ce devait être dit est dit, je ne vois pas trop l'intérêt de tricher par de l'esbroufe fictive. Je préfère tenter le lyrique casse-gueule, ça a le mérite d'être honnête. Mais je suis une grande incomprise, ce qui explique que j'écoute encore Indochine.

#67
Ca fait tellement longtemps que je ne me souviens plus le jour que c'était juste en dessous. Peut-être bien un mois. Ou plus. Le blog de la forumancière aussi, suspension absolue, ça en frôlerait la désertion il va falloir y remédier.
L'imprimante vient de me cracher la page 70 de J'habite dans la télévision. Je crois que j'en suis au milieu, peut-être pas au tout milieu mais ça y ressemble en tout cas. C'était bizarre le démarrage, c'est vrai que c'est tout le temps bizarre, mais là je pense particulièrement. Il y a eu des phases très pénibles, parce que tout le monde s'en fout un peu du neuromarketing et du Vidéodrome au cœur du petit écran. D'ailleurs noter : petit. On ne peut pas s'en méfier, ce qui est petit est mignon, ce qui est mignon est sans danger. J'adore la sémiotique de la télévision.
Je disais donc tout le monde s'en fout et il y quelques semaine je n'en pouvais plus, vraiment, de vivre à côté d'elle et parfois même dedans. Je reprends la chronique Vu à la télé du Matricule des Anges, visionné quatre jeudis un programme M6ien pour se faire, c'est difficile de séparer, deux documents ouverts, d'un côté le Matricule de l'autre le schéma de Vladmir Propp appliqué à la trame narrative des émissions de télé-réalité, trois lignes ici quatre feuillets là, je suis emmerdée que ça se chevauche mais ça ne peut que se chevaucher. Impossible autrement, c'est comme pour les performances préparatoires, enfin les lectures à bandes son parce que si je dis performances je vais encore me faire engueuler. Quoi que. Non j'exagère, ça fait un bail qu'on ne m'engueule plus. Je ne sais pas si j'ai eu la paix à l'usure, l'important c'est qu'on ne m'émette pas dessus.
J'amorce la page 71 et il n'y a que ça qui m'intéresse. Ou presque. Disons que ça dépend des heures. De vingt-deux à sept heures c'est certain, pour le reste je fais ce que je peux. Je m'amuse énormément, à ce point ça faisait une éternité. C'est à cause de la construction, le livre en fait c'est un dossier avec un tas de pièces dedans, des pièces très différentes, la voix de la sentinelle, le carnet de bord tenu pendant l'expérience de l'exposition à la télé, à ses messages et ses programmes, et puis des tas de petits machins, des collages de citations comme du bon vieux temps des Mouflettes, aussi. Comment se prépare le temps de cerveau disponible, trouver des pistes de plusieurs genres, qui appellent donc plusieurs registres. Y a pas à dire, c'est amusant.
Ce qui l'est nettement moins c'est le décalage horaire, le fuseau de l'espace collectif ne situe pas où il faudrait. Ce qu'il lui faudrait c'est les Bermudes. Ou n'importe quelle grosse parenthèse qui pourrait me l'escamoter. Couchée ça ne sert à rien de compter sur une déconnexion avant une bonne heure et demi. Même pas d'attente, disons plutôt de refroidissage. Les phrases elles ne veulent pas s'arrêter, la seule technique que j'ai trouvé pour être certaine d'être tranquille c'est de lâcher l'ordi juste quand je sens monter l'évanouissement. Ce n'est pas très pratique, ça vaut mieux que les bouclettes de l'endophasie, bien sûr, mais des fois je marche sur les chats et du coup ça réveille Igor.

#66
Ce qui est bien avec le Bureau de Lecture, c'est qu'il peut se passer des trucs. Là par exemple, je tenais dans les mains une photocopie d'un livre des Editions Théâtrales, avec en titre Les oranges. Sur le moment, moi, Les oranges, ça a tendance à me foutre la trouille. D'ailleurs ça me l'a bien foutue. C'est pas la simplicité du titre le problème, y a des titres très simples qui ne me foutent pas la trouille, au contraire, mais là je sais pas, c'est peut-être parce que c'est mon sixième manuscrit et que j'ai que des daubes pour l'instant, que cette pile semble maudite ou un machin dans le genre, mais j'ai poussé un sale soupir option le cannabis parlons-en avant de me lancer dans le texte.
Après j'ai fait un coup de Google, ce qui m'a permis d'avoir honte, puisque visiblement Aziz Chouaki et en particulier Les oranges c'est connu et pas que dans le milieu des théâtreux. C'est chiant quand on n'a pas d'excuses. Un mec qui a écrit « C'est fou une langue, non ? Tu prends un mot, tu le jettes dans les escaliers, il roule tout seul.» en 99 j'aurais dû faire l'effort de tomber dessus plus tôt. Bref.
Réplique :
«
Tu sais pourquoi nous les musulmans on n'a jamais évolué dans l'industrie ?
Euh, non ?!
Parce que les chrétiens ils nous ont volées les pages techniques du Coran.
»

#65
Je suis tombée sur ce machin, et force est de constater que j'ai bien rigolé.
D'autant que je ne suis pas la seule, mes voisins sont également on ne peut plus réussis...

#64
Je sais que c'est n'importe quoi. Mais faut bien comprendre qu'à l'époque. Comment dire. Je l'ai super mal vécu à l'époque. Pas une fois retenue, c'est humiliant à force. Sérieux, pas une fois. J'envoyais des CV surgonflés, des lettres de motivations châtiées et enthousiastes, j'osais jusqu'à prier le plein temps, mais nada de chez queue dalle. Ma première candidature je l'ai faite en seconde pour les vacances d'été, ma dernière en septembre 2001, ça faisait dans les douze ans que je me bouffais des lettres types merci bien mais vous n'avez pas du tout le profil Mademoiselle c'est pas trop la peine d'insister, quand je me suis résolue à l'accepter. Les Galeries Lafayette ne voulaient pas de moi, mais vraiment pas du tout. Ni comme vendeuse, ni comme caissière, ni comme hôtesse d'accueil et encore moins comme responsable d'un stand du rayon parfumerie.
Je sais c'était il y a cinq ans, et quand même depuis cinq ans ça m'est un peu passé, le plan je joue à la marchande aux Galeries Lafayette pour acheter des habits aux Galeries Lafayette et à manger aux Galeries Lafayette Gourmet, tout en culpabilisant comme pas permis de frôler à ce point l'orgasme à l'idée d'être aussi pathologiquement soumise à l'autophagie capitaliste, d'autant qu'avec un SMIC pour le shopping c'est pas gagné. N'empêche que ça me faisait quand même bien chier d'avoir toujours été refoulée par le directeur des ressources humaines des Galeries Lafayette. Parce que visiblement ce monsieur me trouvait trop pourrave pour en être une, de ressource humaine. Et ça me posait un problème, un putain de vrai problème. Je manquais tellement ressources que j'étais pas foutue de vendre le dernier Guerlain à une touriste japonaise. Pourtant je m'appliquais, je cherchais les mots justes, je crois bien que la première fois que j'ai utilisé le mot fragrance ailleurs qu'en dissertation sur Zola, c'était pour lui parler de ma passion, au directeur des ressources humaines des Galeries Lafayette.
Tout ça pour dire qu'aujourd'hui, même si je croule sous le boulot et que c'est vraiment n'importe quoi, je viens d'accepter de rédiger une nouvelle sur le thème du chocolat pour le magazine qui est diffusé aux Galeries Lafayette, Gourmet qui plus est. Parce que j'aime bien l'idée d'être payée directement en bons d'achat Lafayette Gourmet. Parce que je n'aime pas le chocolat et qu'il va falloir trouver un truc pas si simple pour remplir la page en question. Parce que c'est une commande alimentaire qui a le mérite de s'assumer, et que rien que ça, s'est amusant. Et puis accessoirement parce que j'ai étrangement l'impression de dire je t'emmerde connard j'y rentre si je veux dans ton entreprise enculé pas le profil mais va mourir crevure au le DRH des Galeries Lafayette. C'est terrible d'avoir le sentiment de revanche sociale aussi mal placée, je sais.
