#108
Deux mois et deux jours. C'est mon outil qui le dit. J'aurais voulu reprendre sur quelque chose de long et d'un peu rigolo ayant si possible en rapport avec la République Bananière des Lettres, mais ça sera pour une autre fois. Dans probablement dans pas longtemps, parce que cette année j'ai assisté à des choses formidables, Balzac se serait bien éclaté, il aurait peut-être un peu vomi mais il aurait pu prendre plein de notes. Juste un exemple frais en passant : Mademoiselle Rose modèle mère vient d'intégrer l'équipe d'une émission de radio France-culturelle, à la place d'une libraire qui a été remerciée. Gageons que les productions du Docteur Olive et de ses amis sauront être bien défendues à l'heure du déjeuner lors de la foire de septembre. La rentrée qui se prépare promet d'être chouettement gratinée, les moyens de communication évoluent de plus en plus.
J'aurai voulu reprendre sur quelque chose de personnel, aussi. Débrieffer le manuscrit fini dans la nuit de dimanche, aborder le problème de la difficulté engendrée par la structure même du livre-jeu, expliquer mon incapacité à remplir Panoplie. Finir sur mes jauges toutes dans le rouge, souligner que je suis crevée comme je pensais même pas que ça existe, conclure que dans les jours à venir je n'habiterai plus qu'à Dalmasca.
Et puis finalement non, je vais parler d'Arrêt sur Images. Parce qu'Arrêt sur Images vient d'être supprimée, et que j'ai envie de raconter deux trois trucs en rapport. J'aurai dû le faire plus tôt, mais j'étais incapable de rédiger quoique ce soit, cf paragraphe précédent.
J'ai rencontré Daniel Schneidermann en 2001, il était jury sur le Prix Décembre. On déjeunait tous les six mois, on parlait de bouquins et de télévision. Ensuite est né un certain David Serge, j'étais dans la salle d'accouchement. Daniel est exactement le même des deux côtés de l'écran, il vous demande pourquoi tout le temps et ne lâche pas l'affaire tant que tout n'est pas clair. En général je ne suis pas claire. Du coup ça me forçait à faire des connections inédites dans mon cerveau. Avec Daniel, faut avoir de la mémoire aussi. Parce que le j'ai entendu que, on m'a dit que, c'est ah bon mais qui et quand ; et le j'ai l'impression que, c'est depuis quand et pourquoi. Et surtout : qu'est-ce que ça veut dire, que voulez-vous dire par là. Comme ce n'est pas un mondain, la parlote volatile se fait fissa déplumer.
Il m'avait à plusieurs reprises parlé du forum de l'émission. La première version était physiquement ultra archaïque, assez austère. Les forumeurs étaient un petit groupe d'habitués, fidèles de l'émission, profil intello de gauche, artillerie lourde niveau argumentation. Moi je sortais de l'expérience République-Bastille, une espèce de forum-pétition que j'avais tenu à l'époque, le décalage était énorme. Je suis passée de temps en temps lire des threads assez passionnants qui décryptaient bien les médias.
Daniel m'a proposé de tenir le forum il y a deux ans et demi. J'ai remplacée Laurence Lacourt, elle a fini sa saison à l'antenne, la suivante je devais venir sur le plateau une fois par mois. C'est ce que j'aimais le moins, la chronique en plateau. Faire une synthèse déjà au secours, et puis je n'arrivais jamais à vraiment coincer Daniel, Laurence elle en imposait grave, moi j'avais l'air d'une truffe, et puis surtout, le problème, c'est que bien souvent j'étais pas d'accord avec ce que je devais lui reprocher, et ça c'était pas simple du tout.
J'avais décidé dès septembre d'arrêter ma fonction de forumancière en juin, c'était trop chronophage, et puis ça parasite, c'est prégnant, faut passer dessus non stop. Depuis deux ans le forum était nettement plus fréquenté, cette année a été l'acmé, au quotidien ça devenait ingérable, il aurait fallu être devant 24/24 pour vérifier tous les messages, ça postait du soir au matin, chaque émission portant sur la politique intérieure charriait sa salve de sarkozystes qui s'incrustait bien tranquillement, les engueulades étaient partout, le ton oscillait entre le PMU de chez Jojo et le forum de Technikart. J'étais complètement dépassée. En deux ans, un peu moins de 300 000 messages. Un forum beaucoup fréquenté, les réactions étaient spontanées et nombreuses, soulignant chaque semaine combien Arrêt sur Images était une émission nécessaire. Ne serait-ce que par l'état d'agacement des fans de la propagande en cours.
Vendredi, c'était ma dernière. Moi c'était prévu depuis longtemps. Ca a aussi été leur dernière, et je pense que ça aussi, c'était prévu depuis longtemps. Par Claude-Yves Robin (directeur général de France 5), par Philippe Vilamitjama (directeur de l'antenne), par Patrice Duhamel (directeur général de France Télévisions), par Patrick de Carolis (PDG). Sinon ils auraient accepté de fournir à ASI le nouveau décor demandé depuis des lustres (à la télé on ne change pas de formule sans modifier le dispositif plateau, ça permettait à l'émission de sembler statique, incapable de renouvellement), par exemple. Ou auraient laissé en ligne la version non montée de l'émission, comme de nombreux téléspectateurs-internautes l'avaient demandé via pétition à la rentrée. Ou en rediffusant l'émission sur la TNT. Moi de ma fenêtre c'est bien simple, j'ai toujours eu la sensation qu'ASI faisait super chier France 5, que passer les chaînes du service public à la loupe dérangeait grandement ces messieurs. Quelque part, c'est à chaque fois leur responsabilité qui était mise en cause. Quand de Carolis a été nommé, le fait qu'il ait été pincé jadis par Daniel pour bidonnage de reportage, il était évident que ça jouerait tôt ou tard. Ca, on ne me l'enlèvera pas de la caboche.
La boîte de prod d'ASI n'a été prévenue de son éviction que lundi. Histoire que lors du dernier enregistrement ni Daniel ni quiconque présent sur le plateau ne puisse commenter de quelque façon que ce soit à l'antenne cette décision. Chose également pratique, j'ai fermé le forum dimanche soir, ce qui empêchait les téléspectateurs de s'organiser. Du coup ils spamment les boîtes des dirigeants, ce qui n'est pas plus mal.
La télévision refuse de se regarder en face, il n'y a que son nombril qu'elle accepte de fixer. Si ce n'était pas le principe qui en soit dérangeait en cette époque bénie par la sainte droititude, l'équipe aurait été traitée autrement. Il y aurait eu dialogue, échange, propositions. Rien ne les empêchaient de dire à Daniel écoutez, vous faites du bon boulot, cette émission est la seule à traiter sérieusement de décryptage médiatique, mais votre gueule ça fait douze ans, on n'en peut plus, le dimanche c'est Arrêt sur Images et gigot flageolets, trouvez un autre présentateur, si possible doté de clitoris et d'un bonnet approprié, soyez plus que rédac chef ou allez sur le terrain, mais trouvons quelque chose pour la rentrée prochaine.
En prenant le taxi je suis tombée sur l'émission de Morandini. Il est content, Morandini. Ca fait un sacré bail qu'il rêve de dépecer Daniel une nuit de pleine lune. La mort d'ASI il l'attend depuis tellement longtemps qu'il en peut plus de gicler partout. Juste un mot sur l'émission de Morandini. L'an dernier, ASI a fait un dossier sur la télé-coaching. Ils avaient invité le directeur de prod de programmes de ce genre sur M6, et une femme qui voulait les attaquer en justice, rapport à son trauma lié à sa participation à Super Nanny. En fait on n'a jamais su où était le problème, elle a quitté le plateau au milieu de l'émission, c'est un assez mauvais souvenir. Elle nous a trollé le forum avec ses copines, toutes victimes de super Nanny la grosse menteuse qu'il ne faut surtout pas croire parce que c'est rien qu'une hypocrite. Autant dire qu'avec de tels bagages argumentaires elles se sont fait exploser le minois par mes forumeurs. Le forum était a priori, on pouvait poster n'importe quoi, c'est moi seule qui supprimais les messages. Du coup, le lundi matin, après avoir déjà passé huit heures le dimanche sur le forum à contrôler les conneries et les hors charte qui s'accumulaient, j'avais pas encore fait le ménage. Un internaute faisait une blague un peu limite, le pseudo de la dame avait une consonance à son sens pas française, ce qui de fait l'excusait de poster des messages illisibles, genre mais en fait elle parle pas notre langue, c'est pas qu'elle est bête, non, c'est juste qu'elle a pas les outils la pauvre, ayons pitié. C'était vraiment pas plus que ça, de l'ironie en ligne jaune, je l'ai enlevé d'ailleurs, mais rien de grave. Sauf que Morandini a invité cette femme, trop heureux de trouver une victime, non plus seulement de Super Nanny mais surtout de Daniel Schneidermann, le bien méchant homme qui l'a empêché de s'exprimer, tout pétri de mépris qu'il est. Pour démontrer combien cette femme avait été bafouée, il a ressorti ce post. Ainsi la pauvresse avait-elle été maltraitée et qui plus est fait l'objet d'attaques racistes sur le forum de cette émission donneuse de leçons qui ferait bien de balayer devant sa porte. J'ai eu les nerfs, mais grave. Si Daniel ne s'en était pas foutu, de Morandini, s'il n'avait pas été conscient de ce que c'est à tenir dans ces cas-là, un forum, ça pouvait parfaitement être un motif de licenciement. Parce que là où il est très con, Morandini, c'est que mettre en cause le forum d'une émission ce n'est pas remettre en cause son présentateur. Ca signifie juste que la modération a été mal faite, et que la personne qui en a la charge fait mal son travail, point. Ceci étant dit être forumancière, c'est le boulot le plus difficile que j'ai fait. Ca parait pas comme ça, les copains me disaient c'est trop cool, t'es chez toi, tu fais ta vie, mais pas du tout. On a toujours la trouille qu'il se passe un truc dessus, que les gens s'insultent, qu'un troll vienne tout pourrir, c'est quotidiennement là, aucune coupure possible. Les gens sont dans l'ordinateur, autant dire tous dans mon salon, je finissais par suffoquer.
Je ne sais pas ce qu'ils vont faire, les gens qui travaillaient à Arrêt sur Images. J'aurais voulu les suivre en n'y travaillant plus, je regardais l'émission assez régulièrement depuis pas mal d'années. Ce qui m'inquiète le plus, c'est le fait qu'un bastion tombe, un de plus, dans un domaine où les cerveaux n'aspirent plus qu'à être disponibles, au moment où le pouvoir politique et les médias n'ont plus qu'une seule et même voix, imposante et assourdissante. A part ça il va de soi que, comme me l'a judicieusement fait remarqué Igor : c'est quand même dingue qu'à chaque fois que tu bosses quelque part, d'une manière ou d'une autre, ils finissent par fermer.
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#107
Préparation du texte de la table ronde pour les Assises du roman de la Villa Gillet en juin. Un truc où faut pas déconner. C'est sur "les limites du roman". Autant dire je suis dans la merde. C'est à rendre demain, c'est mon travail ce soir. Je suis nulle en conférence, en texte théorique et sérieux. En plus ça fleure trop fort la fac et une kyrielle de sales souvenirs. A cette différence qu'à l'époque je savais écrire des dissertes sur des sujets justement comme "les limites du roman". La question c'est pas quoi raconter dedans, ça ne dure que dix minutes soit sept mille sept cent signes. La question c'est pourquoi je ne parle pas normalement. Faire des phrases claires, c'est impossible. Je ponds du lyrique au kilomètre et je me noie dans les métaphores. Comme si c'était le moment. Je vais encore devoir faire un sketch pour stabiliser le tout, putain que ça fait chier.
A part ça, Sylvain Courtoux a mis en ligne notre chanson. Yeah.

#106
L'autofiction, telle que je la pratique, ça doit marcher dans les deux sens. Si l'écriture ne devient pas un matériau de vie, je ne suis plus un personnage de fiction, et je ne m'écris plus qu'à moitié. Il faut que les livres aient une incidence, quitte à la provoquer un peu. C'est ce qu'on a fait avec le baron, dans sa galerie la semaine dernière.
Ca s'appelait Trois jours cette semaine, c'était une extension humaine de La dernière fille avant la guerre. L'idée était très simple. La galerie était vide le mercredi, 15h. Le vendredi à 18H elle devait être remplie de photos, de dessins, d'objets concoctés par des fans d'Indochine pour que la lecture intégrale que je donnais du bouquin ait lieu dans un petit temple, dont la ferveur ne serait pas feinte. Entre temps, de 15h à 21h, j'accueillais les fans anonymes. Je n'avais aucune idée de ce que ça donnerait. La seule chose dont j'étais certaine, moi qui n'aime pas trop voir des gens, pour ne pas dire moi qui vais pleurer dans les toilettes quand y a trop de gens, c'était que je n'aurais pas peur d'eux et que je pourrais communiquer. Vraiment communiquer. Voire échanger tout court. Le truc qui n'arrive jamais avec le lecteur lambda sur un salon ou dans une librairie. Se faire curieuse d'autrui quand autrui ne peut pas blesser, ça a joué aussi, je sais bien. N'empêche que ça restera mon meilleur souvenir de post-publication. Je bénie Alexandre Civico de m'avoir proposé de travailler pour sa collection. Sans sa proposition, pas de bouquin, sans bouquin pas de Mycroft, sans Mycroft, etc.
Dresser une cartographie interne du fan indochinois, Nicolas Martin s'y est essayé, on aura le résultat dans une semaine, dix jours, sur le site de Mycroft. En attendant je sais la faille, et toujours Indochine l'unique refuge, stable, clôt et doux. La boule à neige, j'avais raison.
J'ai rencontré des très jeunes gens. Des jeunes tout court, aussi. Des enfants plus ou moins perdus, on a tous le même Peter Pan. C'était joli, sain, frais, sincère. Quelque chose de brut, de direct, sans aucun parasite social, culturel, générationnel. Une expérience très singulière. Parce que bien sûr une expérience, mais qui modifie les tissus. J'ai envie d'être copine pour de vrai avec certains. Le problème c'est que je suis une amie de merde, qui dit bonjour tous les deux mois. Mais dans quelques semaines j'aurais plus de temps, moins de travail, et là je vais pouvoir passer des heures avec, une journée ou un soir. Une extension humaine, la fiction qui tricote une extension humaine. Je suis tellement surprise par le précipité. Je voulais quelque chose mais je ne sais jamais quoi sinon c'est une recette et c'est moins amusant.
Dans le labo, ça carbure sec en ce moment. Mon chaudron principal contient un livre-jeu, je suis à la moitié de la préparation, il me manque encore beaucoup d'ingrédients. Je suis contente de me remettre à touiller en huis clos, ça me manquait un peu, travailler sur ce manuscrit. Je dois l'écrire par fragments, à cause de la structure. C'est très particulier et assez différent de d'habitude, du coup. Par moment c'est très fluide, à d'autres je me perds et je casse la cuillère, je dois faire gaffe aux temps utilisés, les choix à faire sont liés à des problématiques que je ne rencontre pas d'ordinaire. C'est pour ça que je dois m'enfermer, un livre-jeu c'est compliqué à fabriquer, impossible de se dire ce soir j'ai pas d'idée alors grattons une croûte et laissons le lyrisme dégouliner tout seul. Ca ne marche pas du tout, et en plus faut faire gaffe à ce que ça ne soit jamais porté à ébullition, sinon ça a un goût de réchauffé.
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#105
Pas de post de debrief du Salon de l'Objet Livre ici, puisqu'en fait je l'ai fait là. A noter que cette année personne ne m'a touché le bras, comme quoi c'est pas mal d'insister, même si la phobie sociale pour certains peut relever du running gag. Ce qui est un tort, d'ailleurs. J'aimerais être capable de rester dans un lieu clôt plein de gens sans immédiatement calculer les litres de sang que ça représente.
J'avance doucement sur le prochain livre, je tiens à l'idée de livre-jeu, c'est très différent comme approche, rédaction fragmentaire, choix narratifs, embranchements. Ce soir je pense à nouveau remplir mon Back Up sur Panoplie.
J'ai fait un peu de son, sinon. Une nouvelle chansonnette; un texte et des voix pour un morceau de Sylvain Courtoux qui sera sur son cd.
A part ça j'ai lu le dernier Desbiolles qui est une merveille.

#104
Bonnes nouvelles, suite. Sortie de La dernière fille avant la guerre aujourd'hui. Vue récupérée, lunettes au nez je ne vois plus trouble. Ce soir à 20h30 ma carte blanche à Jérôme Game, Emmanuel Rabu et Dominiq Jenvrey, lectures et perfs à l'Ogre à Plumes. Certitude d'une bonne soirée.
Sinon, dans la série rions un peu de l'incompétence journalistique sévissant dans la République Bananière des Lettres, j'ai eu le bonheur de voir dans le hors-série du Magazine Littéraire "Les écritures du Moi", une capture d'écran du blog de la Formancière en illustration de l'article sur les blogs d'écrivains. Qu'est-ce que le blog de mon travail pour Arrêt sur Images vient foutre là, alors que j'ai Remarques & Cie depuis des années? Bah c'est simple, sur google si on tape "Chloé Delaume blog", c'est le truc qui sort en premier. Ca bosse sec au Magazine Littéraire smiley de franche hilarité.

#103
Aujourd'hui, que des bonnes nouvelles. Déjà en fin d'après-midi ô joie, je récupère enfin mes lunettes. Mais vraies à porter tout le temps, qui vont endiguer la tauperie. C'est drôlement épuisant de voir trouble, mine de rien. Ca n'intéresse personne, mais moi ça me sauve la vie. A force je me demandais si je n'étais pas bloquée en syndrome de déréalisation, alors je suis très soulagée.
Ensuite, et c'est ça le plus important, les Editions Lignes phénixisent. Parfaitement. Michel Surya et Sébastien Raimondi poursuivent et la revue, et la maison. Même si leur premier catalogue reste au mains du Docteur Olive, Les Editions Lignes sont bien là, prêtes à publier et défendre de nouveaux livres.
Je sais, pour être moi-même spammée, que tous les lecteurs de passage ici reçoivent beaucoup de proposition d'abonnement à des revues, et des demandes de soutien pour diverses formes de structures éditoriales. Mais je me permets d'insister. La revue Lignes est incontournable, elle a vingt ans et joue un rôle capital dans la vie intellectuelle qui reste souveraine face à la République Bananière des Lettres.

#102
En fait, quand j'écris pas, je crois bien que je me fais chier. J'ai beau faire tralala et des bracelets pour les copines, il manque un truc fondamental qui me fait encore plus zinziner. Le Docteur Lagarigue me dit souvent que c'est ma colonne vertébrale. C'est vrai que sans mon word c'est option gastéropode party dans le cerveau, mais fissa.
Du coup j'ai commencé le premier chapitre de La Nuit je suis Buffy Summers, parce que c'est quand même de loin l'atelier le plus rigolo et tordu que je peux faire cette année. Et qu'il est temps de changer de cycle, trois mois de up se seraient bienvenus.
"La peau du septième nourrisson se détacha avec difficulté, l'injection ne résolvait en rien le problème du dépiautage à vif, ce qui contraria au plus haut point Miss Mildred. D'ici la prochaine pleine lune, seules quatre patientes devaient mettre bas, la viande fraîche risquait de manquer, le protocole se striait de failles. Cela faisait des mois qu'elle tenait un discours constellé de rustines au chef d'établissement, bientôt l'incompétence de l'équipe toute entière lui vaudrait le courroux du gouverneur lui-même, elle connaissait le sort qui lui serait réservé.
C'est donc très fermement que Miss Mildred Ratched somma ses aides soignantes de prélever les organes d'usage, ainsi que les crânes et certains os avant de nettoyer les lieux. Pour tout solde cette nuit, une seule satisfaction : le bocal tintinnabulait enfin ses cinq kilos de métacarpes, elle pourrait honorer sa plus ancienne commande, le maire sera ravi. Tout du moins quelques jours. Le temps de résoudre ce fœtal problème d'importation.
Elle jeta un dernier coup d'œil à la réserve. Le congélateur manquait de rates, les cœurs s'étaient brisés au contact du froid, le formol verdassait les kystes cervicaux. Même l'écume recueillie aux lèvres des épileptiques cristallisait singulièrement, un précipité rosse au creux des petits tubes. Seule la collection de papillomes scintillait souveraine, un écrin à framboises. Un produit rare mais peu en vogue, autant dire un luxe inutile. L'ouverture du onzième frigo confirma le déficit de poches d'hémoglobine, Miss Mildred soupira en songeant au jadis pourtant pas si lointain où le sang par hectolitres se faisait disponible, mauvais, noir, parfois sain. Un stock épais et riche ; un glorieux catalogue.
Elle quitta le sous-sol d'un pas mal assuré ; brisa le miroir de l'ascenseur. Elle ne réfléchissait plus, elle ressentait seulement, se fissurant d'interdits. Internes et contre-productifs. Chaque jour que Dieu commet elle priait son Surmoi de ne jamais, jamais, jamais l'abandonner. Sinon elle ne pourrait être Miss Mildred Ratched, infirmière en chef et. Elle fit fermer sa gueule au Ça.
Après une douche rapide mordorée de Bétadine, elle ajusta sa blouse et se rendit aux cuisines se confectionner des œufs de coucou au plat, qu'elle mangea sans grande conviction. Il était 5h43. L'effet des psychotropes se dissipait déjà à l'étage des schizos, les premiers gémissements filtraient des capitons. Elle affectionnait cette clameur, doucereuse, prégnante comme un drone. Un bref frisson cambra sa nuque. A tout problème sa solution.
Elle ne salua personne, comme à son habitude, puis traversa le couloir central. Elle en fit l'hexagonal tour complet, sa présence distordait l'ambiance sonore, son âme reverbante aux hublots des chambrées, rythmique sourdine battants porteux.
La triangularité interne de l'architecture procurait un effet de permanant entonnoir, souvent en inversé, selon la perspective. Elle aimait ces pièces larges et tortueuses, leurs angles vifs et trapus.
Elle atteint rapidement la salle du personnel et consulta ses notes affichées au tableau. Augmenter le traitement du borgne de la 107 / Poursuivre le sevrage de la camée de la 35 / Autoriser la pétasse de la 22 à une sortie shopping sous accompagnement / Retrouver la clef de la 47. Et, souligné au feutre sombre : La patiente de la 56 nécessite un observateur."
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#101
Il existe des projets maudits. Des livres qu'on a envie de faire sans trop savoir quoi mettre dedans, des trucs qui restent flous jusqu'à l'aube du rendu. La nuit je suis Buffy Summers semble appartenir, je le crains, à cette étrange catégorie.
Au début j'ai pensé la faute à la fatigue, surmenage, dépression. Mais là j'ai l'esprit clair, la vue qui baisse, c'est l'âge, lunettes en permanence mais l'esprit clair quand même. Je dois rendre le texte en mai et tout est toujours flou.
Au début je voulais y traiter un problème prégnant et épuisant : ma cartographie des rêves. Ensuite je me suis dit que ça recoupait l'épisode de Buffy où cette dernière serait schizophrène, tous les épisodes dans sa tête, avec ses lieux dont récurrents, elle aussi, problème similaire. Je tournicote, c'est agaçant.
J'ai pensé au livre jeu, ensuite. Un livre dont vous êtes le héros, choisissez votre propre aventure, un divertissement littéraire qui secrètement serait très sérieux. Déconstruction interne et chouette règlement de comptes. Le souci c'est la trame, je me perds dans le plan, perds de vue justement mon projet initial autant que l'autofiction. C'est super compliqué. Ca ne serait pas chez Arlix, je crois que je laisserais tomber. Faire du son en ce moment, y a que ça qui m'intéresse. Je préfèrerais en faire une pièce sonore, je le sens et le sais mais on ne fait plus toujours ce qu'on veut dans la vie, ça s'appelle être adulte et ça me brise les ovaires.
J'ai ouvert mon BackUp chez Panoplie.org ce week-end. C'est comme un tiroir plein de brouillons et de documents de travail ouvert au public. Ca devrait me forcer à avancer plus vite, mais j'ai une seule envie : essayer le matos que mes proches m'ont offert pour mon anniversaire. Mixette, nouveau micro, anti-pop, clavier, plugs, GRM powah. J'ai pas encore eu le temps d'y toucher et ça m'obsède assez, mes jouets me narguent, m'attendent. J'ai pas de besoin d'écriture en ce moment, je ne suis pas vraiment sèche, mais comme lassée du texte, trop de production ces derniers mois, désir d'autre chose, c'est évident.
Alors chercher trouver la piste, la bonne, celle qui fera le livre. J'attends comme un miracle, et ce qui est ennuyeux c'est que les miracles n'existent pas.

#100
En vérité, je vous le dis, chez Mycroft, c'est de pire en pire, donc ça va de soi de mieux en mieux. Depuis que petit lieu existe, on s'amuse un peu comme des fous. Moi surtout par procuration, mais ça va changer en avril. Enfin si je pouvais sortir de chez moi à part pour le travail avant avril, j'avoue que ça m'arrangeait aussi.
On peut tous faire ce qu'on veut, chez Mycroft. Le baron est un lutin marteau. Alors quand il m'a demandé y a une heure si je voulais bien faire une lecture de La dernière fille avant la guerre, je me suis dit tiens, youpi, je peux. Faire ce que je veux donc n'importe quoi. N'importe quoi ça veut dire excatement ce que je veux qui ait un rapport à.
Du coup ça va être terrible. Trois jour par semaine mi-avril. On va tapisser la galerie de posters d'Indochine, si possible des très vieux qui datent de OK et Podium. Ce qui est chiant c'est que même moi, avec tous mes déménagements, j'ai plus aucun de mes dossiers. Mais on trouvera une solution. Faut qu'on trouve des gens que ça amuse de fabriquer des trucs sur Indochine, des objets super kitch, de l'arte povera, des remixes de morceaux, des textes à lire, des chansons à reprendre, peut-être même un karaoké. Un blocage sur Indochine, point. Trois jours. Mercredi et jeudi dans l'aprem; vendredi 13 : 18-21h. La je ferai ma lecture, mais entrecoupée des morceaux du groupe que je cite. Seigneur(s) que ce sera rigolo. Bon. A mon avis, on va être quinze, en comptant mon mari et ma meilleure copine. Mais pour moi, c'est un super chouette cadeau du baron.
Et puis pour le vendredi, ça va me changer des lectures de base en librairie, parce que sur cet objet là, je crains que ça ne soit très étrange, les lectures que je vais effectuer. Je m'imagine chez Colette avec le public de Rambuteau qui vient par habitude écouter ce qu'il s'y passe.
"Bonsoir.
Je m'appelle Chloé et je suis indochinoise depuis 23 ans. J'avais dix ans quand j'ai commencé, c'était dans un camping, l'été de la mort de ma mère. J'ai d'abord écouté en cachette, sur des transistors qui traînaient, pendant des fêtes. Au retour des vacances, je crois que c'était déjà trop tard. Le 45 tours, l'album, les suivants, les maxi, les remix, les pirates. Ca a duré comme ça toute mon adolescence. Le réveil sonnait à peine qu'il me fallait ma première chanson. Quelque chose de fort, si possible. Avec beaucoup de synthés dedans.
Ca m'apaisait autant que ça me rendait forte. Comme du ciment qui m'engrossait, affermissant les fondations. Je n'étais qu'un drame iodé, soudain l'épique m'envahissait, pulsations, neurotransmetteurs. C'était devenu vital, plus que les lexomils.
J'ai essayé d'arrêter une première fois à l'âge de quinze ans. J'en étais aux quatre premiers albums plus le concert par jour. Et ça pouvait être plus, beaucoup plus. J'avais toujours mon walkman et des cassettes sur moi, je ne pouvais pas effectuer le moindre déplacement sans être soutenue par la voix de Nicola. J'avais besoin d'un morceau entre chaque cours, je m'isolais fréquemment, dans les toilettes ou sous le préau. Je n'ai plus jamais été à l'heure.
J'ai modifié mes habitudes et mon réseau social, rompu avec mon petit ami quand il m'a conseillé de réduire. La scène avait été violente, j'ai bien failli l'émasculer. Ma vie ne tournait qu'autour de ça, rien d'autre n'avait d'importance. Je retrouvais dès que possible les six mêmes personnes, ça commençait par des singles, et très vite ça dégénérait. Le samedi, l'intégrale en boucle jusqu'à ce que le dernier d'entre-nous s'écroule, vers sept heures du matin.
Dans mon entourage, y compris scolaire, on déplorait les symptômes de ce qui ne me semblait pas être une maladie, puisqu'elle n'était nullement répertoriée dans le Dictionnaire Psychiatrique de la bibliothèque de Houilles. Je percevais les effets secondaires, cela dit. Je ne fonctionnais plus que par analogies, une seule issue à l'escalier, le moindre mot clef un stimulus, tous les chemins menaient à Saigon. J'avais de soudaines pulsions, des tiques incontrôlables, un besoin viscéral de citer Indochine à longueur de journée. Une ramification syndrome de la Tourette, certains ont tenté de m'aider mais je leur conseillais vivement de pratiquer la sodomie passive sur le dernier Michael Jackson.
J'ai eu ma première crise de manque pendant un repas de famille, ma tante m'a surprise sous la table en train de chanter 3ème sexe. Quelques jours plus tard, je relatais l'incident à ma meilleure amie de l'époque, dans une lettre. C'est en inscrivant sur l'enveloppe Kao Bang Rodriguez suivi d'une adresse à Chatou que j'ai pris conscience du problème, et du rôle qu'y tenaient mes fréquentations."
Il serait trop content le public de chez Colette. Après Cadiot ou Bouvet, la truffe indochinoise.
En vérité, je vous le dis heureusement qu'il y a Mycroft pour qu'on puisse rester cohérent.
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#99
Rythme diurne. Légère amélioration des neurotransmetteurs. Listing des causes du dérapage. Sous évaluation de la part de l'héritage. Décès de la mère à 34 ans. Moi née le 10 mars 73. Préservation donc impossible à l'approche de la date citée. Pièce manquante du puzzle, plein centre. Survivre au-delà de l'âge de la mère, nouvelle donne et perturbation. Ma haine de la psychanalyse aboutit à la cécité. Fatigue physique à endiguer, mais dans le crâne rangement, tiroirs, tris, tours de clef. Bientôt, oui, très bientôt, debout, verticale et plus forte. Soulagement et libération. En marge j'ajoute : Alors la guerre. Je me retrouve, me reconnais. Dernier rite de passage dans la jungle mémorielle. Restera la maternité, plus tard, beaucoup plus tard. Quand toutes les plaies seront asséchées et aucune suture apparente.
Habitation du corps, travaux internes, recherche de l'équilibre sens propre. Au-dedans retrouver mes marques. Aucun bleu en point cardinal, juste s'emplir à nouveau, s'étirer de l'orteil droit à l'auriculaire gauche. Plus d'abcès au plexus solaire. Respiration soutenue, le médecin constate : tension basse, cœur battements trop rapides. Repos, il dit ils disent : repos. Mais moi je voudrais vivre et surtout travailler. Le souci évident c'est que toutes les heures et demi le corps tremble, le cerveau se ferme. Négocier encore et toujours avec la viandasse et son sang, épuisant mais j'ai l'habitude. Cesser l'écoute, la complaisance. Je n'aspire pas à la limacerie, quand bien même serait-elle validée par une kyrielle d'emblousés blancs.
Amorce des retours sur les mois de travail effectués depuis l'automne. Le temps de l'écriture et celui des lecteurs, non pas des journalistes, mais vraiment des lecteurs, point de rencontre qui se profile. A présent j'en suis sûre et je peux l'affirmer : les papiers je m'en fous. Ce n'est pas de la déception, je n'ai jamais eu à me plaindre. Les articles, ça va, même s'ils ne comprennent majoritairement pas grand-chose à ce que je farfouille, y compris quand ils aiment. En faisant la V2 du site, je vois les piles d'articles qu'il faudrait compiler, retaper et scanner, intérêt relatif, je repousse. Les dossiers de presse ça sert surtout à tenter d'obtenir des bourses. C'est très important au début, à l'époque de ses premiers livres, parce que ça valide l'existence, l'existence de l'ouvrage, du travail effectué, mais je n'en suis plus là. Sept ans à présent, donc constat. Les plus anciens ouvrages continuent leur vie de livres, j'ai la chance de ne jamais avoir eu de pilon, et aucun journaliste n'y est pour quelque chose. La critique littéraire n'existe plus tellement, à part sur internet où sont les vrais lecteurs. Problème de formation que je ne m'explique pas. Un journaliste d'info doit pour être engagé avoir fait l'EFJ, des stages, montrer preuves, attester de ses capacités. Les critiques littéraires n'ont plus fait Lettres Modernes, aucune maîtrise ni connaissance en matière d'historicité, de corpus, de liens, de savoir. Il suffit d'investir les lieux les plus branchés et s'y faire des amis pour signer son contrat. Alors les opinions des pigistes incultes, je ne vois sincèrement pas comment leur accorder la plus petite importance. On ne parle pas la même langue, on ne vit pas dans le même monde, et eux n'ont nulle émeute dans leur bibliothèque. D'ailleurs ils n'en n'ont pas, ils revendent tout chez Gibert.
Depuis que la V2 est en ligne, je reçois beaucoup de messages. Beaucoup, c'est plus de six par jour. C'est énorme pour moi, pour ce que je suis, ce que je fais, et ce que je vais faire encore. Je dois ici répondre de façon collective, espérons que personne n'y verra de la pose, et que ceux qui se reconnaîtront ne m'en voudront pas trop de ne pas leur renvoyer de message personnel. J'ai trop de courrier professionnel à gérer parallèlement, et je ne suis pas tellement en forme, alors je vais au plus simple et rapide. Merci, déjà. Infiniment. En général et en particulier. Savoir que certains anciens textes, y compris les courts mis en ligne peuvent toucher encore pour de bon. Je dois attendre la réponse de Sébastien Raimondi pour savoir si je peux ou non mettre Mes week-ends sont pires que les vôtres en PDF sous peu, ou si, ce dont je doute, il pourra le rééditer. C'est cher et ce n'est pas la peine, je pense. Les téléchargements vont bon train ici même, j'en suis vraiment heureuse. Surtout pour Fiscal Paradise Digest, sans ce PDF ce travail resterait enfermé dans les caves des musées et de la BNF. Je n'ai pas encore eu le temps de recopier les textes parus dans EvidenZ, ils sont longs, et en plus pas toujours bien tournés. J'ai eu la tentation de la retouche à maints moments en relisant mes plus anciens travaux. Je ne l'ai pas fait par honnêteté, mais dans certains c'est pas permis, le même adjectif trop fois par page, une honte, et des tournures enclume, l'horreur. J'ai découvert la tentation du révisionnisme littéraire. C'est super dur d'y résister.
La plus jolie nouvelle de mars, pour moi c'est la sortie de La dernière fille avant la guerre. Parce que je peux rendre à César, et que je vais pouvoir assumer bien des choses de façon officielle. Suivre un groupe depuis 25 ans, vivre avec tout contre les tympans et trouver le moyen de toucher à mon tour celui d'où vient le bien. Ici je sais que viennent surtout des littéreux, des lecteurs très sérieux qui écoutent de la musique chic, expérimentale, bon moi aussi hein, merde, l'un n'empêche jamais l'autre. Alors ils ne doivent pas tous très bien comprendre, mes lecteurs réguliers, pourquoi c'est Indochine que j'ai pris pour ma fiction chez Naïve et pas les Mary Chain ou Diamanda Gallas. Pourtant il est comme d'habitude, ce livre. C'est de l'autofiction pur jus. Je vous rappelle que l'autofiction c'est pas juste un truc de bonnes femmes qui ont des histoires d'amour chiantes. C'est important de le préciser, parce que depuis quelques mois, y a comme qui dirait eu maldonne.
La dernière fille avant la guerre, c'est probablement de tous mes livres celui qui aura dans ma vie le plus de jolies répercussions. Une longue chanson pour Indochine, un objet de fan mais tellement pas seulement. Un peu comme mon livre sur Vian, mais en nettement plus rigolo. Et puis j'ai ému Nicola, et ça c'est mon plus beau cadeau. Mon beau cadeau d'anniversaire, Nicola pour mes 34 ans qui lit dans le miroir ce qu'il y a dedans. Sur le Salon du Livre, cette année je n'aurai, je pense, pas l'impression de me rendre benoîtement au rituel vomitif de la République Bananière des Lettres. Parce qu'avec un peu de chance, je rencontrerai des gens, des vrais indochinois qui comprendront vraiment ce que j'ai mis dans le livre et ce qu'il s'y joue pour moi. C'est tellement exotique que j'ai presque hâte d'y être.

#98
Ma tête est aussi vide que le site V2 est plein. C'est étrange. Je pensais que ça me rassurerait, sept années compilées, traces quasi exhaustives. Mais visiblement je ne pense pas, je ne pense plus. Ou alors d'un travers parfaitement malhabile. C'est d'avoir enchaîné, ça et ça, oui bien sûr. Et puis ça, aussi, oui. Mais ce n'est pas une excuse.
J'écoute surtout de la musique, des expériences étranges que je jalouse un peu. Je ne sais plus m'amuser. Depuis un mois environ. Je l'ai nettement constaté il y a quelques semaines en allant voir Sylvain Courtoux au Palais de Tokyo. Laure Limongi aux chœurs, Emmanuel Rabu au laptop, Jérôme Bertin entre autre aux galipettes. C'était gai, sans sérieux. Moi ça ne m'arrive jamais et puis je ne sais pas faire, assumer le chant fausset, encore moins chanter juste, saisir debout le micro. Un peu plus tard je me disais : j'attendais de Sylvain un livre, de la poésie tranchante qui ne déconne pas du tout. Et puis finalement je crois bien que par son disque de maboule il fait de l'autofiction maligne, infiniment plus futée que moi.
C'est pas une boule d'angoisse, c'est beaucoup plus diffus. Un peu comme si tout le corps n'était que molécules rances, un puzzle faisandé. Si j'écris ça Igor va encore s'inquiéter. Mais j'ai dit, je persiste : ici cahier ouvert, le flux gâteux du crâne, je remarque et je note. Noter rassure. Accumuler les signes aussi, dommage : signifiant courant d'air.
Ce qui est joli, c'est le décalage. Moi du rien au-dedans, et pourtant l'extérieur. Là bas ça s'y agite, vers moi, positivement, avec force et même bienveillance. Et pourtant rien ne se déclenche. A part de la sensiblerie. Parfois plus, ça remplit, quelques exemples. La mise en scène d'Hauke Lanz, à Freiburg ce week-end Angstblau, adaptation du Cri du Sablier. Tellement singulière et violente, par des chemins détournés, là je comprends ce qu'est le don, l'abandon du texte à autrui pour qu'il en fasse sa matière propre. L'alchimie pour de vrai, moi qui ne parle pas allemand je saisis du ressenti à en faire des cauchemars, des cauchemars à nouveau, le sang, le sang du père. Et dans des sacs poubelle des centaines de peluches en forme d'animaux.
Je ne pleure plus ; est-ce que c'est bon signe. Je dors et je ne pense pas quand je suis éveillée. Je ne crée que de la passementerie, de la vraie passementerie. Des bracelets en velours et des colliers en soie. J'enfile des perles. Ce faisant je commente : j'enfile donc bien des perles, assise dans mon salon, réellement fil de pêche et perles de cristal, j'enfile, je ne peux plus faire que ça, que ça correctement, enfiler des putain de perles. C'est étonnant que je ne pleure plus. Là, ça dépasse même l'entendement.
Freiburg, la ville. J'aime l'Allemagne sauf sa nourriture. Samedi matin erreur de cachets, un Stilnox au réveil à la place de mon upper de sérotonine. Il pleut je marche je vois trouble. Souvenir d'une amie devenue myope soudainement, panique. Flou complet à moins de dix sept centimètres. Errance, boutiques. Achats compulsifs heureusement validables la netteté revenue. Une heure pour rejoindre l'hôtel, je demande mon chemin en anglais et préviens les français croisés qu'il faut impérativement lutter contre le phénomène Bayrou, qu'après Balladur ça va bien, qu'il faut brûler vif Sarkozy et noyer les centristes. Parce que c'est pas possible que ça existe comme position, centriste. En politique comme pour tout le reste. Qu'à part en cas de backroom c'est une aberration. Je ne me fais pas tellement d'ami avant la performance du soir. Remarquez c'est assez logique : à Freiburg, pas avoir de vélo, c'est la quarantaine assurée. Moi je tiens pas sur une bicyclette, et puis je trouve ça moche comme tout. Et les rames de tramway, y a rien de plus anxiogène. A part Paris en général, probablement.
Pull fluo, pantalon zébré, doc roses. Déguisée en Plastic Bertrand j'attends qu'il se passe quelque chose. Quelque chose de précis comme 1.Ne pas avoir la trouille de devoir reprendre le forum sous peu. 2. Faire des phrases dans ma tête comme si la sauce blanche neuronale s'était enfin solidifiée. 3. Trouver des idées nouvelles. 4. Ecrire La nuit je suis Buffy Summers avant la veille de sa sortie en octobre. 5. Réussir à faire une version simple et correcte du duo avec Jean Luc Le Ténia parce que j'en peux plus d'être responsable de l'arlésienne. 6. Répondre à tous mes mails mais ça c'est pas possible alors je lance Civilization. Vers 1487 je m'emmerde systématiquement. Alors re. Switch et re-re-re. Attendre c'est difficile, cruel et compliqué.
L'hiver, les maniaco-dépressifs font chier tout le monde, c'est bien connu. Ils sont plein de tocs et phobiques, changent d'humeur et d'avis d'un seul quart d'heure sur l'autre. C'est pour ça que je ne crois aucun sondage en ce moment. Faudrait prendre en compte le pourcentage sur les panels utilisés, les instituts n'y pensent jamais, ça fausse tout, j'en suis sûre. Parce que si je ne pense pas, je suis néanmoins sûre de tout un tas de choses, c'est déjà ça.
Je suis sûre que le dernier Patrick Bouvet est juste une absolue tuerie. Je le sais. Pas besoin de penser pour ça, il suffit de lire, ça je peux. Enfin quand je prends mon traitement comme il faut. Donc, pour l'avoir lu par cinq fois, je peux l'affirmer. Canons est une tuerie, point barre. Je sais également que Paranofictions d'Ariel Kyrou est un essai qui interroge bien plus intelligemment la notion de fiction que cette adorable imposture qu'est Devenir du roman. Même si ça n'a aucun rapport. C'est important de le préciser maintenant. Parce qu'il faut que les gens qui passent ici pour trouver des pistes de lecture se rendent chez leur libraire acheter , Paranofictions, Traité de savoir vivre pour une époque de science fiction. Et parce que pendant le Salon du livre je fais une table ronde avec deux auteurs de chez Inculte et que je suis certaine que ça va mal se passer. Mal passer comme toujours dans ce type de configuration : mise hors jeu à coup de rhétorique et de points de charisme, alors que sans ce cirque on me donnerait raison. Objet non avenu, par une communauté qui est. Comment tenir ma position dans le marasme, je n'en sais rien.
Devenir du roman c'est chez Naïve, je sors un livre chez Naïve. La majorité des signataires de ce collectif a pour maison mère Verticales, mes éditeurs y collaborent. Dans la famille paria qui a envie de se pendre, je demande la fille. La fille qui finit par se dire que bon, maintenant, on va y aller. Pour toutes les raisons évoquées, on va y aller, gloire au frontal. Je suis seule dans certains espaces, mais isolée nulle part, en fait. Sauf que mon réseau ne s'agite pas en magma IRL alors c'est plus discret, parfois tellement discret que je ne m'en rends pas compte. J'oublie beaucoup de choses en ce moment. Que sur les envois presse je ne veux en signer que six, par exemple. Je crois qu'il est grand temps, oui grand temps, d'arrêter nombre de conneries, de faire semblant joie et amour. La République Bananière des Lettres. Je dois encore la traverser, mars et avril. Après, la paix jusqu'à octobre. Alors je dois sortir la machette, ce coup-ci c'est une question de survie.
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#97
*air connu*
- Dis Cortex, t'es sûr qu'on doit déménager ce soir ? Parce que finalement on n'était pas si mal sur son vieux site, à Chloé Delaume. J'ai très peur de donquichotter la nuit prochaine, le net est glacial ces temps-ci.
- Hélas non, Minus. L'heure du baluchon a sonné. Tu vois bien qu'il n'y a pas plus de place pour des souris dans son laboratoire, maintenant que tout y est presque à jour.
- Il manque encore pas mal de choses, on pourrait se cacher dans les rubriques incomplètes, là où il devrait y avoir des mp3 de ses performances avec Dorine_Muraille, ou dans les vieilles parutions revues qu'elle n'a pas encore retrouvées.
- Sans vouloir te contrarier, Minus, c'est une idée plus qu'imbécile. Elle récupère tout en ce moment, sous peu chaque rubrique sera complète, nous devons faire nos bagages, on manque déjà d'espace. Or manquer d'espace nuit à la conception de plans diaboliques pour conquérir le monde. Emballe ta roue, dépêche-toi.
- Mais Cortex, je suis persuadé que les dossiers de presse de ses bouquins, c'est tellement pénible à compiler, recopier, linker, intégrer, et elle en a tellement rien à foutre, qu'on peut se faire un loft dans toutes ces parties-là jusqu'à Noël prochain.
- Ca, c'est possible, Minus. Mais nous devons nous faire une raison. Nous n'assurions que l'intérim le temps qu'elle se tape discrètement sa chouette dépression saisonnière. Là je sais qu'elle va revenir, et qu'elle n'est plus tellement d'humeur à se laisser écrabouiller, même via dommages collatéraux. Elle va reprendre la parole ici, faut repointer chez Manpower.Smiley de sgrogneugneu.

#96
*air connu*
- Dis Cortex qu’est-ce tu fais ce soir ?
- Je lis WAH !, Minus. Après en avoir téléchargé les numéros. C’est un journal gratuit auquel la grosse a participé, un numéro par jour de lundi à vendredi dernier.
- Fais voir. Mais elle est pas dans celui de vendredi, Cortex.
- Oui, je sais, Minus. Figure-toi qu’elle était tellement fatiguée du ciboulot qu’elle a même pas terminé la semaine. La honte.
- Et maintenant elle fait quoi, la brêle ?
- Oh bah comme d’habitude, Minus. Après les quinze jours de dépression la phase maniaque est de retour. Donc là elle remplit comme une siphonnée son fameux site nouvelle version en trouvant la vie formidable.
- Et elle compte reprendre un jour contact avec les gens, genre répondre aux mails de bonne année, par exemple ?
- Heu. Je t’ai déjà dit qu’elle avait pas du tout le profil pour conquérir le monde ?
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#95
*air connu*
- Dis Cortex, pourquoi elle ne vient plus, l’autre tanche ?
- Parce qu’elle n’a pas le temps de faire pouêt pouêt, Minus. Mâdâme est débordée à ce qu’il parait.
- Ouais mais là c’est bon. Elle a fini sa nouvelle pour la revue du CNES et son petit livre pour le Mac/Val. Elle était cet après midi chez Naïve, La dernière fille avant la guerre corrections en terrasse coca light et dossier classé. A part la couverture, mais ça ne va pas tarder.
- Effectivement, Minus. Mais elle doit envoyer un truc sonore pour #Erratum dans peu d’heures et démarrer dès maintenant son prochain chantier.
- La nuit je suis Buffy Summers ? Mais c’est à rendre en avril, Cortex. En plus ça doit être un petit roman, bref et facile à faire, elle a tout le temps de revenir ici.
- C’est à dire qu’elle a changé d’idée, Minus.
- Encore ?
- Elle avait prévu de rajouter des strates d’autofiction, histoire de rebosser le sujet cette année. Mais comme elle vient de le faire avec La dernière fille avant la guerre, elle n’a pas envie de s’y remettre.
- Elle ne peut pas juste faire le journal diurne de Buffy Summers internée, rapport à l’épisode 17 de la saison 6, comme prévu ?
- Hélas, Minus, Hélas x 3, je crains fort que cela ne la fasse chier. La voix de l’adolescente schizo, elle ne va pas la décliner collection hiver 2008, avec où sans les manches blagounettes en feston et lyrisme surpiqué. Donc elle a trouvé autre chose.
- Elle va faire un livre lisible, sympathique et divertissant où ne sera pas cité la marque Lexomil ?
- Mais non, Minus. Elle fonctionne en thématiques obsessionnelles, au cas où tu ne l’ais pas remarqué.
- Oh non, Cortex. Ne me dit pas qu’elle est repartie dans une histoire de livre-jeu, ça ne marche jamais et tout le monde s’en branle.
- Si, Minus. Il va falloir s’y faire. C’est pas avec Chloé Delaume que les Editions è®e vont conquérir le monde.
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#94
...
- Dis Cortex, cette nuit, ça serait bien si on rétablissait la vérité au sujet d’une honteuse méprise.
- Tu veux parler de la jeune femme qui avait repris les commandes de la maison d’édition Melville, une des dernière survivante du conglomérat du Docteur O., n’est-ce pas Minus ?
- Oui parfaitement. Dans le post précédant, cette grosse truffe de Chloé Delaume qui ne recoupe pas intelligement ses infos a affirmé que Melville changeait de main, que sa directrice était licenciée et remplacée.
- Alors qu’en fait Minus, elle n’a pas été licenciée. Elle a démissionné, tu saisis la nuance.
- Elle a démissionné suite à la nouvelle politique de désherbage du Docteur O., Cortex ?
- Effectivement. Et tu vois, Minus, c’est à ce genre de détail que l’on reconnait la grille de lecture définitivement paranoïque et déclinologue de cette sombre connasse de Chloé Delaume. A aucun moment elle ne s’est posé la question.
- Comme si le Docteur O. il devait manger tout le monde, que plus personne ne savait dire non, et encore moins certainement pas ?
- Non, Minus, ça c’est acquis, elle simule l’espoir de temps en temps, mais la réalité c’est qu’elle n’est même plus capable de scanner les zones de résistance. La preuve.
- Elle fait quoi, là tu crois, Cortex ?
- Cette abyssale acéphalie de Chloé Delaume ? Elle fait l’apprentissage de la honte. Mais c’est son truc en ce moment, faut croire.
- C’est ce livre sur Indochine, ça la perturbe drôlement, elle a du repasser les deux derniers chapitres au peigne fin cette nuit, rajouter trois feuillets éparpillés en paragraphes, elle se dit que les éditeurs ne vont pas être très contents. Mais elle était quand même un peu pourrie, sa fin. Fallait vraiment faire quelque chose.
- En même temps, Minus, là elle n’est même pas pourrie, elle est en suspension.
- Il lui reste juste quelques phrases, Cortex, mais bon c’est vrai que quand même, c’est une sacrée nullasse qui fait chier tout le monde, cette Chloé Delaume.
- Et surtout c’est pas avec elle qu’on risque de conquérir le monde.
...
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