#123

Découvert ce midi en listant le nom des os : on ne dit plus le cubitus mais l'ulna. Panique et incompréhension. Dans un phrase, c'est super pratique le combo radius cubitus, ça sonne bien, c'est rapide, on entend la jointure craquer, bref c'est une bonne association. Radius ulna, c'est tout pourri. Ulna radius aussi. Je suis en plein dedans, je tripote et je confirme, ulna radius c'est trop oncteux, il y a encore de la chair, moi je voudrais des os à blanc.

J'ai recherché pourquoi Raider maintenant c'est Twix et cubitus c'est ulna. En gros, c'est la même chose. C'est juste beaucoup plus chiant, parce que ça touche à la langue et pas au commerce.

La nomenclature médicale française a sauté au profit de l'internationale, et ça a l'air de faire un bail, années 90. Plein de mots anatomiques ont été modifiés. On ne dit plus omoplate mais scapula. Latéral et médial pour externe et interne. Patella pour rotule et fibula pour péroné. Entre autres. Dans la plupart des cas, on gagne en élégance latine, en cohérence presque, quelque part, de fait. J'ai donc rapidement cessé le plan gmlgmlgml l'impérialisme lingual ricain, notre terminologie était à la ramasse, beaucoup trop francisée, ça revenait à rouler à gauche, limite.

Le problème, c'est que ça a des conséquences. Utiliser le mot cubitus en sachant ça, par exemple. C'est le terme commun, plus le terme médical. Le côté clinique de la phrase, le froid et l'objectif de la phrase disparaissent. C'est quand même un peu chiant. Parce qu'en plus je suis certaine qu'à part ceux qui ont des gosses scolarisés ou qui sont dans la profession, personne ne sait ce que c'est qu'ulna.

De toute façon j'ai pas le choix. Je vais juste devoir dans le paragraphe rajouter de la viandasse pour justifier cet os à moelle.

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#122

Elle est allée chez le fleuriste avant. Quand les pompiers ont ouvert la porte, longtemps après, les roses avaient séchées, des brassées sur le lit. C'était comme si Blanche Neige s'était décomposée, c'est le seul conte que je ne peux pas raconter. Quand ma fille sera grande, je lui dirais pourquoi. Témoignage 2 pour Le livre des morts. C'est encore une histoire de fleurs. J'ai fait treize tentatives de suicide, pourtant je n'y ai jamais pensé. Peut-être parce que je n'ai pas la main verte, ou que je ne voulais pas donner de travail supplémentaire aux amis. La cuisine de mes parents, ce n'est pas un organisme qui l'a nettoyée. Deux vagues cousins, ou un grand oncle, je ne sais plus bien. Il a fallu replâtrer le mur, aussi. Pas tout, juste sur quelques centimètres. L'office HLM ne voulait pas du trou.

J'ignore encore comment organiser ces histoires. Je voudrais une apnée, tout de suite. Mais j'ai jusqu'à dimanche pour conclure avec ça.

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#121

Nous sommes le 25 septembre, et vous n'avez toujours pas lu Zone de combat d'Hugues Jallon. Vous êtes donc un toto, et il serait bon d'y remédier. C'est encore mieux que La Base. C'est presque encore mieux qu'In Situ de Patrick Bouvet. C'est juste une pure tuerie, et si vous ne tentez pas l'expérience, vous méritez de croire qu'Eric Reinhardt fait des livres qui ressemblent à quelque chose.

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#120

Vous venez d'achever votre premier manuscrit. Comme beaucoup, vous allez vous prendre une gamelle. Voici quelques conseils pour ne pas passer pour une truffe, indépendamment de la qualité littéraire du texte, comme ils disent. Il va de soi que ces quelques points ne s'adressent qu'à ceux qui pratiquent, ou tentent de pratiquer la littérature, pour les autres domaines, ça peut fonctionner différemment.

1. Si vous n'avez jamais publié, n'envoyez pas de roman sous la forme d'un projet et des dix premières pages. A moins que vous soyez un fils de ou un journaliste, voire l'exception confirmant la règle, le comité de lecture vous enverra au panier.

2. Soyez bien certain que le texte est achevé, que, seul, sans conseil éditorial, vous ne pouvez pas faire mieux. Envoyer après refus une seconde version n'est pas très stratégique.

3. Votre manuscrit sera observé dans l'ordre suivant : début et fin, puis pages pris au hasard au milieu. C'est seulement après avoir passé ce test qu'il sera éventuellement lu en intégralité. Si votre morceau de bravoure se cache, peu de chance qu'il soit extrait et qu'on vous propose de retravailler dans ce sens. D'où la nécessité de ne pas jouer à l'amateur avide de conseils. Les éditeurs sont des gens très occupés.

4. Ciblez les maisons auxquelles vous envoyez le texte. Si vous faites dans le roman traditionnel option saga, ça ne sert à rien d'encombrer les étagères de POL, allez directement chez Grasset. Vérifiez les catalogues, scannez les auteurs contemporains dont vous vous sentez proches. Mieux vaut cinq envois qui font sens qu'inonder vainement toutes les maisons de France.

5. Même si vous avez eu la bêtise de dépenser des fortunes en protégeant votre manuscrit par un dépôt légal, ne le signalez pas, surtout en inscrivant son numéro. Ca fait très mauvaise impression, et ça ne sert strictement à rien. L'éditeur se contrefout de cette information. Déposer son texte sous-entend que vous redouter qu'on vous le vole. Donc que vous le considérez comme digne de larcin. Et que vous êtes accessoirement paranoïaque et très mal renseigné. Si vous avez vraiment besoin, pour des raisons cliniques, d'avoir une preuve juridique de votre paternité, envoyez-vous sous plis votre manuscrit, et conservez le dans son enveloppe fermée. Le cachet de la poste fait foi, en cas de litige.

6. Ne maquettez pas votre manuscrit en singeant les objets publiés par la maison à laquelle vous vous adressez. Ne joignez jamais de couverture, même si Photoshop vous démange. Soyez sobre, c'est le texte seul qui compte. Typo genre Garamond, caractères 11 ou 12. L'éditeur n'est pas un imprimeur, on n'est pas chez Lulu.com. Si votre livre voit le jour, vous aurez tout loisir de vous pencher sur tout ça.

7. Ne mettez pas de dédicace sur le manuscrit. Vous présentez un texte brut, encore une fois. Vos A ma mère et autre A Gabriel, avec tout mon amour, gardez-les pour vous jusqu'à finalisation de l'objet. Et entre-nous soit dit, même sur un livre, c'est quand même un chouia ringard.

8. N'envoyer pas votre CV, et encore moins une photo. Quand au mot d'accompagnement, il n'est pas nécessaire, sauf pour spécifier une démarche particulière, le pourquoi ce manuscrit est confié à cette maison là. Ou si quelqu'un vous recommande. Ne précisez jamais que vous êtes un DRH qui a pris une année sabbatique pour écrire, ou votre texte sera lu comme tel. Idem si l'écriture fait suite à un évènement quelconque susceptible de vous avoir traumatisé, les a priori de lecture risquent de poindre. A ce stade, le texte doit être votre meilleure carte de visite, vous épancher peut vous nuire.

9. Si votre manuscrit entre dans la catégorie littérature expérimentale, et uniquement dans ce cas, vous pouvez m'envoyer votre texte, via la page contact, pour que je vous donne un coup de main.

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#119

Je n'appellerai pas mon livre Ad perpetuam rei memoriam, parce qu'il y a un pied de trop, et que tout bien réfléchi, prendre pour titre celui d'un album d'Ataraxia, même en faisant carrément pas exprès, ça craint un peu. Ce sera Le livre des morts. Je pense avoir enterré assez de monde pour qu'à sa sortie personne ne vienne me jouer l'air de Vol au dessus d'un nid de coucou, même si mes personnages ne sont pas tous réels, et les deuils assortis.

J'ai les deux premières pages, que je pense définitives, et une amorce de structure. Je cherche des anecdotes en rapport, interroge les amis à la fin des repas, fait des recherches de terrain. Entendue cette histoire : une femme qui se suicide après avoir organisé son propre enterrement, une fortune dépensée en fleurs. Sur les couronnes, un « à moi-même ». J'ignore s'il y a eu foule à la cérémonie.

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#118

Vista, c'est trop de la merde. Tout le monde le répète à longueur de journée, mais c'est plus fort que moi, faut que je m'en plaigne quelque part parce que c'est à se pendre. C'est pas tant que c'est classé dans un ordre différent qui se la joue un peu Mac, et que si je prends pas de Mac, c'est pour de bonnes raisons. Accéder au contenu d'une clef USB, vu la logique interne complètement débile ça met bien 10 minutes la première fois, mais c'est pas ça le vrai problème. Le vrai problème c'est que Vista n'est compatible avec aucun de mes logiciels de son, et qu'il débloque sous Firefox. Or mon site se fait sous Firefox, pour des raisons fort mystérieuses qu'Igor m'explique mais que je ne retiens jamais. Je ne serais pas si poliote, je me foutrais à Linux, on n'en parlerait plus.

Mes deux derniers posts ont sautés, opération copier/coller, et puis, bientôt, la suite.

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#117

Une amie, son psychanalyste.

- J'aurais aimé aller à cette fête avec un garçon.

- Vous ne croyez pas qu'à trente ans, il est temps de dire homme, et plus garçon ?

- On dirait que vous ne savez pas très bien à quoi ça ressemble, de nos jours, un homme de trente ans.

Noter : mettre en ligne d'urgence Le Syndrome de la Fée Clochette, histoire de soutenir les copines. Le problème c'est que j'ignore où j'ai foutu le master.

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#116

La tour ne répond plus, mon ordi fixe est passagèrement décédé. Il semblerait que j'entretien avec le hardware le même rapport qu'avec les plantes. Avec les plantes c'est plus pratique, je peux accuser les chats. Là, je ne sais pas trop. Le fait de faire des trous de boulette sur le clavier n'interfère pas, peut-être que je file des coups de docs dans l'unité centrale quand je glisse mes pieds sous le bureau, je me cogne partout, cela relève donc du probable. Heureusement que j'ai depuis quelques semaines un portable, et qu'Igor a transféré le disque dur dessus. Ah quel bonheur d'avoir un mari bricoleur. Les nerds, y a que ça de vrai, qu'on se le dise une bonne fois pour toute.

Je reçois depuis quelques mois des mails qui vont dans le même sens, là j'en ai eu deux d'un coup alors je dois répondre, je pense. Il parait que Remarques & Cie n'est pas très lisible, parce que gris même pas foncé sur blanc, c'est bien joli mais pas pratique, et puis c'est écrit en tout petit. Je ne sais pas comment faire pour que les gens comprennent : c'est un dispositif passoire. Je ne force personne à suivre mes aventure, au contraire et la preuve. Sinon je ne dirais pas, je communiquerais juste, ce qui serait différent.

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#115

J'ai peut-être trouvé mon titre, je l'aime bien, il correspond à ce que je cherchais. Le seul problème c'est que personne ne le retient, même pas moi. Donc quelque part il est pourri, mais je vois pas en quoi, à part dans le fait qu'on ne le retienne pas. Pour tout le monde, il parait évident qu'un titre qui ne se retient pas c'est direct la poubelle. Enfin pour tous les gens à qui j'en ai parlé, c'est à dire sept personnes plus les chats. Un titre qui ne se grave pas dans le cerveau, ce n'est pas bon signe, et il semble même que ce qu'on lui demande, au titre, c'est avant tout de marquer l'esprit et de soudoyer l'hippocampe.

Mais plus j'y réfléchis moins je trouve ça si important. Du moment qu'il est lu raccroché au texte, le titre, qu'il fait sens avec le texte, c'est pas très grave de ne pas s'en souvenir. Ce qui compte c'est la cohérence de l'objet, pas sa façon de communiquer avec l'extérieur. Je crois que je vais le garder. Le fait qu'il ne se retienne pas, en étant une devise latine, je commence à trouver ça amusant. Ca crée une fiction de plus. Là où j'en suis, le principe serait que le contenu de l'ouvrage est adressé à une personne précise, dans le but qu'il lui arrive des bricoles. Donc ce ne serait pas anormal que personne ne retienne le titre à part l'intéressé, puisque. Comment je me raccroche aux branches, c'est pathétique. D'autant que c'est pas franchement de ça dont il va être question.

Mon titre doit être pécrave, faut que j'en trouve un autre. Ou que, pour une fois, j'arrête de me comporter comme Bree van de Kamp. Que je commence plus sérieusement le texte, et que j'avise en cours, ou même à la fin. Quand même pas à la fin, non, écrire tout le roman sans le titre, je préfère pas imaginer. Je connais plein de gens qui s'en foutent, ou qui le font tout le temps, ceci dit. Je vais en profiter pour me soigner. On va se dire que de bloquer tant qu'on n'a pas le titre, c'est de la maniaquerie, un prétexte, de la pose, un tas de trucs très vilains qu'il faut éradiquer. Après tout j'ai amorcé la structure, je peux l'affiner, essayer de poursuivre mon maigre paragraphe d'ouverture. Je peux le prendre par un tas de bouts, ce chantier. Pas besoin d'avoir son nom précis et définitif sur son dossier. Je vais faire ça. Ca me donne envie de me relaver les mains et de vérifier une dernière dois si les fenêtres sont bien fermées, cette décision.

Sinon, chez è®e, en ce moment c'est l'invasion.

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#114

Je suis tombée là-dessus. Visiblement bien tardivement, comme quoi je suis une veilleuse de merde, mais bon, en même temps, c'est pas tellement mon rôle non plus. Je me suis fait le pilote et la première saison, à partir d'aujourd'hui je guette les prochains épisodes. C'est Splendeurs et misères de la République Bananière des Lettres, ce blog. Clotilde Mélisse est tellement enthousiaste que je l'ai linké dans mon wired.

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#113

Habituellement, Marie Darrieussecq, je m'en fous un peu. Jusqu'ici à part White, j'ai rien aimé du tout, voire je détestais franchement. D'ailleurs en regardant de plus près sa biblio, je me rends compte que j'ai pas tout lu, j'ai fait l'impasse en 2005 et 2006, Le Bébé c'était pas possible, tellement pas possible que je me suis dit stop, son travail c'est définitivement pas pour moi, poursuivre ne sert à rien à part à effrayer les chats en jetant des livres contre le mur.

Hier après midi je suis allée aux Cahiers de Colette pour faire quelques courses de rentrée. Le Danielewski, entre autres. Pour le reste du français, je ne lis rien dans le texte, je peux donc rien vérifier, je me méfie des traductions sauf si elles sont faites par Claro, ce qui limite le périmètre.

Colette et son collègue m'ont dit : le dernier Darrieussecq est bien, vraiment bien, il faut que tu le lises. J'ai répondu c'est pas ma came en faisant une moue explicite, Colette a eu l'air étonnée, presque choquée, enfin pas choquée-choquée, mais surprise. J'ai eu l'impression d'avoir dit quelque chose de très déplacée, presque impolie. Pas aussi impolie que de dire du mal d'Angot dans sa boutique, parce que là elle peut s'énerver, mais de toute façon ça m'arrive assez rarement de dire du mal d'Angot, à part l'an dernier, non je mens, depuis quelques années je suis moins convaincue, il arrive même d'être infiniment déçue, mais il suffit de relire quelques lignes de ses pas si anciens, Peau d'Ane par exemple, ou même L'usage de la vie, pour se dire que c'est pas grave, que son oeuvre est en cours, que c'est le mauvais côté du vrai contemporain, c'est excitant de suivre livre à livre, année après année, mais l'ordre de lecture chronologique est rarement pratiqué avec les auteurs morts, et ce n'est peut-être pas pour rien. Et puis de toute façon, le premier qui ose avancer que Vu du Ciel ne figure pas dans la liste des dix romans les plus importants de la décennie passée, et qu'il n'a pas révolutionné la notion d'autofiction, je lui pète la gueule.

Je le sais d'expérience, parfois, pour ne pas dire souvent, quand je m'exprime en tant que lectrice, parce que je ne suis pas dans le cénacle des confirmés par la République Bananière des Lettres, le fait de critiquer des auteurs qui ont pignon sur rue, dont le travail est infiniment plus reconnu que le mien, c'est pas très bien interprèté. On n'a pas le droit de rester une lectrice exigeante, aux goût psycho-rigides, quand on pratique soi-même. Ou alors faut pas le dire. A moins que les objets contestés soient pondus par des gens beaucoup plus âgés que vous, et du sexe opposé. Ou bien, ça va de soi, morts. Et encore, ça dépend desquels.

Je peux exprimer en toute quiétude ma répulsion et mon mépris profond pour moult vieux grigous, jamais personne ne relève. Au pire, lorsque j'étais plus jeune, on prenait ça pour une bravade, un trait un peu forcé pour se distinguer de ceux avides de filiations et surtout d'adoubement. Toucher à une romancière bien en vie, par contre, c'est un problème. Parce que j'ai inéluctablement écrit moins de livres qu'elle, que j'ai eu moins de presse, moins de publications poche, moins de notoriété, de prix, de chiffres de ventes. Les gens trouvent ça louche, toujours, au moins un peu et quelque part.

Il y a quelques années, j'étais invitée à une sorte de festival horrible avec Camille Laurens et Catherine Cusset. Soit dit en passant, les organisateurs ont logé Camille Laurens dans un trois étoiles, Catherine Cusset dans un hôtel normal, et moi j'ai eu une chambre d'hôte. Ca arrive très souvent, ce genre de chose, justement parce que la République Bananière des Lettres aime souligner la hiérachie. Du coup j'ai lu des livres de Catherine Cusset, et quelques mois plus tard, lors d'un autre festival où j'étais dans un hôtel correct vu que j'avais eu le Prix Décembre entre temps, quelqu'un dans le public m'a demandé si j'avais lu Confessions d'une radine, et si je considérais que c'était de l'autofiction. J'ai poliment répondu que oui, je l'avais bien lu, mais qu'avant de se demander si c'était de l'autofiction, il serait peut-être judicieux d'intégrer le fait que les chroniques de Biba ou de Marie-Claire n'ont jamais eu grand chose à voir avec ce truc qui s'appellait la littérature. Durant le dîner qui suivit, plusieurs personnes ont insinuées que Catherine Cusset étant chez Gallimard, et moi chez un petit éditeur, qu'elle vendait grave et moi pas du tout, la franchise n'avait rien à voir avec ma réponse, j'étais envieuse un point c'est tout. C'est quelque chose de très pénible, une sorte de malédiction. Comme si le fait d'écrire des livres impliquait qu'on ne savait plus lire, qu'on ne pouvait plus avoir de goût propre, et plus aucun discernement.

L'an dernier, j'ai émis plus que des réserves sur une publication collective qui se penchait sur les enjeux actuels du roman. Confrontation en tête à tête avec un des chefs de la revue. Impossible d'être dans mon droit, ni mon droit de lectrice, ni celui de praticienne. Mes positions, à en croire l'interlocuteur, n'étaient motivées que par l'aigreur. L'aigreur de ne pas être dedans. Le type était vraiment sérieux. Je ne sais pas quand ça s'arrêtera, et si ça s'arrêtera un jour. A partir de quel âge ou de combien de bouquins, de collaborations, les gens cessent de voir de l'envie, de la jalousie, leurs propres névroses et dynamiques quand on affirme qu'on est contre. Dans ce milieu, faut pas être contre, faut être globalement wannabe et excess conviviality sinon on le paie très chèrement. Ca me rappelle Lydie Salvayre, Lydie Salvayre qui l'ouvre tout le temps. La fois où dans une interview elle avait dit que Marc Weitzmann écrivait comme Anatole France. Il me semble que c'était dans le Monde, ou dans Libé, je ne sais plus bien. Ce qui est certain, c'est le résultat. Des années de punition dans les Inrockuptibles, des années de papiers violents juste motivés par cette seule phrase, et pourtant, très franchement, relisez Anatole France, elle avait foutrement raison. Cette année je doute qu'elle est besoin de remettre la moindre pendule à l'heure. Portrait de l'écrivain en animal domestique, c'est la plus évidente réponse face à la putassière démarche du poids lourd de cette rentrée. Elle est trop forte, Lydie Salvayre. Et non, elle n'exagère pas, vraiment pas, il faudrait que les journalistes arrêtent de souligner l'outrance, c'est eux qui ne sont que des couilles molles, le lecteur est moins pleutre qu'eux.

Je disais donc : Marie Darrieussecq. Bah Tom est mort, c'est vachement bien. Pas sûr que ça m'arrive encore de prononcer, d'écrire cette phrase, alors il faut en profiter : J'ai aimé le dernier Darrieussecq. Et du coup je comprends rien à la polémique à la mode. Limite, ça me fous les jetons, cette affaire.

De Camille Laurens, y a que Philippe et Le grain des mots que j'ai aimé. C'est mieux, je me sens moins concernée. Si j'étais fan de Camille Laurens, je psychologiserais sûrement afin de lui trouver des excuses. Si Linda Lê partait en vrille, je serais capable de suivre sans me poser de questions, je me connais, en suis certaine. Mais là j'hallucine et c'est tout.

Parce que c'est juste incohérent. Reprocher à Darrieussecq de faire un roman sur un enfant mort, du point de vu de la mère, sans avoir vécu personnellement ce qui se joue dans le récit comme l'écriture, c'est totalement absurde. Mais c'est bien de ça qu'il s'agit. De monopole de la douleur. De la suprématie de l'autofiction face à la thématique du deuil. Pourquoi ne pas s'en être pris à Philippe Forest tant qu'on y est. Il y a un copyright sur les enfants morts, maintenant. Faire la liste des romans non autofictifs sur le deuil de l'enfant depuis, disons, le XIXe (avant c'était monnaie courante, les parents, quand bien même auteurs ne s'en trouvaient guère affectés), et se demander si quand même, elle ne serait pas un peu toquée sur ce coup-là, Camille Laurens. C'est quoi le prochain stade? Brigitte Giraud qui interdit tout livre sur la mort du conjoint, à moins d'une attestation du crématorium? Moi qui fait un procès à Lesly Mess, ancienne Lofteuse, pour avoir publié Mon père a tué ma mère, livre tellement marquant que j'arrive d'ailleurs pas à dégotter le moindre lien sur internet? Faut quand même arrêter le délire, c'est pas tellement sain ni sérieux.

Idem pour les reproches sur le plagiat, psychique ou non. La mort d'un enfant, comme toute thématique lourde, ça a ses motifs, inexorables et récurrents. Dont ceux que Laurens cite, l'impasse ne pouvait pas être faite, il s'agit de lieux communs, de métaphores, d'images obligatoires, qui s'imposent vu le sujet. Le deuil a son corpus, commun à tous les livres, la tombe, la mère-tombe, si Darrieussecq ne l'avait pas traité à un moment donné, le livre ne serait pas complet, pour ne pas dire crédible. En plus dans le bouquin Tom est mort à 4 ans et demi, ce n'est pas un nourrisson, j'ai relu Philippe avant de rédiger ce post, je voulais vraiment être de bonne foi, je le suis, Darrieussecq est victime d'un procès ubuesque, je détesterais être à sa place, ce qui lui arrive est odieux. Lynchage en place publique, repris à la radio et même à la télé, en pleine rentrée, avec la sortie des fantômes du placard, déjà très discutables, d'ailleurs les fantômes. Faudrait peut-être qu'un jour les écrivains soient conscients qu'ils ne peuvent plus rien inventer, question histoire, plus rien, ça ne se joue que dans l'écriture, tout a déjà été raconté, souvent bien avant et bien mieux, c'est pour ça que c'est si peu important dans un roman, l'histoire. Juste un prétexte et puis c'est tout. Comprendre qu'il n'y a pas de notion de propriété dans la littérature, pas de sujet singulier, aucune thématique vierge. Et surtout aucun droit à poser une pancarte : ici est mon champ clos, prière de ne pas y labourer.

Si on se penche sur l'arrière-boutique, et tout ce qui se passe dans la République Bananière des Lettres n'est lisible qu'au regard de l'arrière-boutique, on comprend mieux. Camille L., auteur star de chez POL est furieuse après Marie D., auteur star de chez POL. L'éditeur refusant de brûler la Marie sur le bûcher des méchantes goules, bien que comprenant que la thématique traitée la perturbe, elle claque la porte. Camille L. est sur le marché. Combien ça pèse sur le marché, Camille Laurens, je vous le demande. Matez le CV vous devinerez. Sans oublier les traductions. N'oubliez pas non plus qu'elle fait désormais partie du jury du Fémina. Observons à présent l'espace qui lui a été offert pour exprimer son mécontentement. Mécontentement qui a dû être drôlement attisé pour que ça donne un texte aussi accusateur, tellement violent que c'est l'évènement de la rentrée, ce qui assure à la revue buzz et bonnes ventes. Attendu qu'en 2004 un premier rapprochement a été effectué en vain, Camille Laurens étant trop attachée à POL pour être complètement débauchable. Attendu que Nathalie Rheims publie cette rentrée un livre calibré pour le Fémina. Je pense que nous pouvons affirmer, et cela en toute objectivité, que Léo Scheer, des fois, c'est juste un pur génie.

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#112

Il va falloir que je me décide sur l'ordre des chantiers, sinon je vais devenir dingo. Je me souviens pourquoi toutes ces années j'étais réfractaire au concept de coupure prolongée : la remise en route est d'une lenteur cataclysmique. Je zappe de l'un à l'autre, incapable d'apnée, j'avorte tout processus réflexif.

J'ai des pistes, que des pistes, des bouts de phrases, au mieux. Le texte pour le catalogue de François Curlet, j'ai saisi ce qu'on me demandait, je vois le genre du truc. Mais à partir de quoi j'amorce le dit truc. J'hésite. Partir de quelle pièce, ça ou ça. Se fixer au plus vite, sinon ça va encore se finir sous tarpés la veille pour le lendemain.

Changer de méthode, cette année ne plus bosser dans l'absolue urgence, je peux matériellement, enfin, ne plus subir le flux tendu. Grâce à une bourse du CNL. Ce serait stupide de bousiller cette chance par absence d'organisation.

En septembre Indochine rentre en studio. Ce coup-ci aucune excuse, si je n'arrive pas à rendre des textes de chansons qui se tiennent, et si aucun n'est conservé pour l'album, je ne pourrais c'est clair m'en prendre qu'à mon cerveau. Nicola m'a donné une liste de thématiques, pour l'instant pas de musique, écrire des chansons c'est très dur, bien plus compliqué que prévu. A blanc, sans le son, j'ai l'impression de taper sur word, au kilomètre, des poèmes de lycéenne, c'est étrange et déconcertant. Je réalise qu'en fait je suis mauvaise parolière, écrire un roman c'est plus simple, et pas forcément bien plus long.

Je dois remixer Demian des Penelopes, aussi. Des mois que j'ai pas touché à mon logiciel de son, pas trop d'idées, enfin si, une. Mais je sais pas si je peux vraiment. Reprendre leur texte en français, le faire courir en chuchotements, j'ose pas trop toucher au morceau, tellement parfait le morceau. Je dois les voir la semaine prochaine, je vais leur expliquer mon plan, j'aviserai en fonction, je pense.

A part ça, le chantier principal. Un roman. J'ai juste le titre de travail, ça m'angoisse de ne pas trouver le bon, le vrai titre, le définitif. Sans le titre en amont je ne peux pas travailler, dans le titre il y a tout, métaphores à filer et structure sous-jacente. J'ai un énorme problème, je ne suis pas certaine d'avoir un seul roman en gestation, c'est peut-être deux, distincts. Tout tourne autour des morts et de la notion de deuil. Un axe autofictif, un autre aux antipodes. De toute façon c'est casse-gueule, l'un comme l'autre. C'est l'année du pas le droit à l'erreur, je le sais parfaitement, c'est plutôt motivant, j'aimerais juste être lancée, déjà dans le texte, en plein dedans. Faire quelque chose de fluide, où la plomberie se ferait discrète, essayer autre chose que les livres précédents. Je ne sais pas si je peux, tant que j'ai pas essayé.

Le site aussi, faut que je m'en occupe. Toiletter les liens, ajouter des lectures pour chaque livre, les enregistrer, glisser des images liées aux adaptations théâtrales, mettre de nouveaux extraits écrits, scanner ces foutus articles de presse. Je voulais virer la presse, depuis la refonte du site j'avais ça comme idée, ne plus mettre aucun papier. Mais Igor dit que c'est mal, que pour quelqu'un qui passe en n'y connaissant rien ça fait trop amateur, que même si les articles racontent n'importe quoi c'est un élément en soi, alors je dois effectuer une réelle mise à jour. Je dois avoir un quart du dossier presse en ligne, disséminé en plus, c'est super chiant à faire et pas très excitant. Va falloir acheter un scanner, hors de question de tout retaper, j'ai vraiment autre chose à foutre. Relire le roman de Claire Fercak, par exemple. Il vient de sortir et je l'ai connu cet hiver à l'état de manuscrit. Idem pour le dernier Tarik Noui. En fait je mens. Je les ai lu, dans leur version publiée, c'est en parler ici qu'il me reste à faire. Dans le courant de la semaine prochaine, ce serait bien.

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#111

Plongeon dans les mails. Outlook déserté depuis deux mois facile. Daté du 12 août, celui-là mérite d'être cité :

"Je souhaiterais recevoir de CLOE DELAUME quelques objets commerciaux et gadgets pubs de votre enseigne ou échantillons gratuits de vos produits à découvrir pour la kermesse d'été des 45 jeunes lycéens de 17,18 ans de mon CENTRE DE VACANCES le 31 juillet et le 28 août merci!".

La personne est passée par la page contact du site, elle ne m'a donc pas confondu avec une entreprise, je ne comprends pas très bien. Plutôt que de faire des perfs, je ferais peut-être mieux de fabriquer des tee-shirts. Noter : en parler à Arlix.

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#110

Retour à la civilisation. Mois écoulés : plus que des souvenirs. Je n'ai plus écrit, ni même rédigé depuis des semaines. Ni texte, ni mail, ni rien. Ai oublié mes lunettes avant-hier, perdu un vieux portable dans le train en juillet. Ils disent actes manqués, et pourtant non, j'en suis certaine, j'avais et ai encore très envie de travailler. Je dois juste devenir sénile, je n'égare jamais les objets, j'oublie juste les gens, d'habitude. Là c'est la quatrième fois que je reprends ce post. Au retour de la Baule, avant de repartir. Puis au récent retour. J'oublie d'enregistrer dans l'admin, je perds le post. Version en vrac, tant pis. Si je ne fais pas rapidement la mise à jour, je ne vais jamais amorcer la rentrée.

1. Consigner une bonne fois pour toute, comme ce jour rangé les placards, descendu les jeans à la cave. Parce que c'est une décision de rentrée de ne plus porter de jeans. J'en avais fait le serment en 1992, j'ai replongé en 2001, rapport au combo jeans-animal mort alors en vogue, j'ai fini par banaliser l'infinie laideur du denim et surtout le fait que c'est bleu. Je hais le bleu. De toute façon un jean quand on frôle le 40 ça fait un arrière train d'hamster. Consigner j'ai dit, mais peut-être autre chose que des digressions Marie-Claire ce serait quand même mieux donc j'enchaîne.

2. La Baule. Fin juillet. Copié-collé des notes prises pour ici au retour. Ecrivains en bord de mer, c'est un peu des vacances, mais des vacances intelligentes, avec de la stimulation. Je manquais de stimulation et j'avais besoin de vacances. Le livre-jeu en dernière ligne droite m'avait complètement vidée, ma jauge sociale était dans le rouge, explosion après l'année la plus austère de mon existence, enfin sur ce plan là. A trop sortir d'un coup, ça lui a fait bizarre, à mémé. J'ai fui la ville sous influence, j'ai pensé à Jean-Paul Curnier quand il imitait David Nebreda, il le faisait super bien Tous des frivoles des frivoles et des putains, pour un peu je redevenais catho.

La Baule c'était parfait, plein de trucs à écouter, des discussions et beaucoup de découvertes. C'est un festival très particulier, j'y étais allée il y a trois ans, c'était mon meilleur souvenir en terme d'événèmentiel littéraire vécu de l'intérieur. C'est quelque chose de parfaitement à part. La structure, l'infrastructure, la programmation, le rapport avec le public, le rapport entre les auteurs surtout. C'est un truc famillial, mais au bon sens du terme. Les Martin invitent. Les Martin, c'est Bernard et Brigitte. Les Editions Joca Seria, c'est eux. La revue Eponyme, dirigée par Eric Pessan, aussi. Quand on fait sa valise, on ne se dit pas je vais au Salon de l'objet livre de la Baule, mais je vais à la Baule chez les Martin. On y va donc en couple, avec les enfants mais pas les chats, parce qu'en fait l'hotel Saint Christophe n'est pas la résidence secondaire des Martin, on a tendance à l'oublier. Par contre les chiens, s'ils sont petits c'est négociable. Cette année, les interventions ont été filmées, montées et mises en ligne par la fille des Martin et le fils de François Bon. Il n'y a pas de poses propres à la République Bananière des Lettres, le cadre empêche tout protocole. Du coup c'est l'humain qui prime, c'est détendu et agréable. Très exotique, en fait.

Jour 1, première partie du feuilleton dylanien de François Bon. Dylan en fait j'y connais rien. Je me suis même rendue compte que j'attribuais ses chansons les plus connues à Eric Clapton, dans le doute. François Bon quand il lit, quand il raconte aussi, c'est plus qu'une performance. Igor dit que c'est un chaman. Je ne suis pas complètement d'accord, à cause des lectures publiques de Pierre Guyotat, je crois qu'on remet en jeu toute notion de chamanerie lecturiale après ça. Mais c'est vraiment hypnotisant. Et puis il y a chez lui la dimension pédagogique, et celle de transmission. Igor n'a pas tort en même temps, il était habité, c'est indéniable. C'était le fil rouge du festival, un peu de vie de Dylan chaque jour, bon moi je croyais qu'il était mort du coup le dernier soir j'étais désorientée. Surtout quand j'ai appris qu'Eric Clapton n'était pas mort non plus. Jour 1 suite, lecture d'un extrait de L'embaumeur de Dominique Noguez, où Sophie Merceron a excellé dans son interprètation de Christine Angot.

Jour 2, préparation de ma lecture, je réalise que j'ai un problème dans la structure du livre, on arrête pas de tomber sur la première séquence de la bibliothèque, y compris quand on est en plein milieu d'une scène dans le réfectoire. J'ai merdé dans mes renvois, je me demande même si je n'ai pas commis des erreurs de raccords, je me déteste d'avoir voulu qu'il y ait vraiment une histoire Tous des frivoles c'est complètement con de vouloir raconter une histoire, même en la faisant jouer, je suis bien punie. J'appelle Eric Arlix (qui a fini la maquette) pour lui signifier que si ça se trouve je vais devoir rajouter des séquences de transition, je ne sais pas combien ni où ni quand ni même si c'est vraiment nécessaire mais c'est clairement l'Apocalypse. Je sens que pour une fois ce n'est pas la maison d'édition qui va décéder, mais l'éditeur. Pendant que je répète le début du texte pour éviter de savonner, Igor commence la traque. On se retrouve effectivement un peu trop souvent dans cette foutue bibliothèque, même quand l'option narrative l'excluait. J'ai envie de me pendre, je ne peux pas prendre le risque de faire une lecture totalement interactive avec une testicule de ce genre. Igor constate qu'on tourne en rond si on fait tel puis tel choix, je dois imposer les premières scènes. Je commence à m'en sortir, je suis le balcon, la deuxième page du manuscrit s'envole, Igor descend dans le jardin de l'hotel pour la récupérer. Mon portable sonne, une amie m'informe qu'elle est victime d'adultère Tous des frivoles et des putains.

Jour 2 suite, j'ai tout loupé jusqu'à l'épisode 2 des aventures de Bob Dylan, à cause de la panique. Je suis un peu contrariée, j'aime beaucoup le travail de Patrick Chatelier et je ne connais pas celui de Cathie Barreau. Je fais ma lecture, j'oublie de préciser des trucs en intro, je dois achever sur une séquence loin d'être une bonne chute à cause du choix du public, mais ça va. Plus tard, en écoutant Christian Garcin et Brigitte Giraud, j'ai envie de les lire. Christian Garcin était avec moi au bureau de lecture de France Cu, j'ai aucune excuse, je suis là, à avouer à Igor que non, pas lu. C'est là que j'ai réalisé que j'avais un problème depuis quelques années, qui était arrivé à son paroxysme ces derniers mois. Un vrai manque de temps de lecture, alors tout ce qui n'était pas expé était remis à plus tard et de fait oublié. J'ai lu et aimé Le vol du pigeon voyageur. Ca m'a fait du bien d'aimer ça. J'avais l'oeil vicié par le travail, à refuser tout ouvrage qui relève du roman sans affaire de plomberie défiant la gravité. Je me suis lavé le cerveau à la collection blanche. Mais c'est rien à côté de ce que ça m'a fait, de lire Brigitte Giraud.

J'avais pas d'avis sur Brigitte Giraud. A avoir négligé le roman normal, j'en étais restée aux romancières incontournables en 2000. Comme si en sept ans, à part Emmanuelle Pireyre, il ne s'était rien passé. Il faut lire J'apprends, de Brigitte Giraud. Et les autres aussi. C'est carrément une dame, Brigitte Giraud. Ca m'a mis dans un tel état d'euphorie, découvrir une romancière qui me touchait, je me suis mise à vouloir lire plein d'autres romancières, je me suis dit que j'avais des tas d'a priori merdiques sur la littérature, à voir des sujets à bonnes femmes et donc de la littérature de bonne femme partout. J'ai acheté des poches de plein d'autres romancières, donc. Et j'ai été super calmée.

Jour 3 c'est un peu spécial, parce que c'est le jour d'Emmanuelle Pagano. C'est une absolue bizarrerie, Emmanuelle Pagano. Ca rentre davantage dans mes types de lecture, elle travaille la langue et la syntaxe avec une grande précision. A partir de là, j'aurais dû copier mon texte dans word. Comme ça j'aurais des traces de ce que j'ai écrit hier soir et ce matin. Là je commence à en avoir marre de répéter les mêmes trucs, même si y a que pour moi que c'est une répétition. C'est bien dommage pour vous, ça n'est pas très poli, mais il faut me comprendre. Par trois fois, sur dix lignes, j'ai fait l'éloge d'Emmanuelle Pagano. La démarche, la langue, la fille qu'elle est, son blog, sa lecture avec photos, vidéo et docs de travail. Retenez qu'elle est très très intéressante, couillue et excessivement singulière. De toute façon, que ce soit en lisant ses bouquins ou en suivant ce qu'elle fabrique, vous comprendrez tous seuls, pas besoin d'insister.

Jour 3 suite, table ronde avec Arno Bertina, RAS, j'aime bien le type comme son boulot, les désaccords portent surtout sur la façon d'aborder le politique et le social en littérature, mais rien de bien grave, en plus ça ne ressort que par le biais de ses travaux en collectif, ses bouquins à lui j'ai absolument rien à redire, c'est vraiment bien. D'où le RAS, donc. Faut quand même que je me dépêche sinon j'aurais rien fait d'autre de la journée. A part des lessives.

3. Souvenir 2, à part, toujours à la Baule. La lecture de Christian Prigent. Des années que je ne l'avais pas vu lire. Il assure sa race, voilà tout. C'était important pour moi qu'Igor l'entende. Et ceux qui dans le public ne le connaissait pas, ou mal. Les poètes, les expés, c'est pédagogiquement nécessaire que ça passe par la voix. A un moment donné, pour que le texte vive, qu'il happe une fois pour toute. Dans le cas de Prigent, ça peut être une option, c'est un monument Prigent. Mais quand même. C'est une clef, la lecture. J'ai bien vu sur le public, les néophytes, ceux qui avaient trouvé les pages effrayantes, l'épilepsie syntaxique sur papier. Salle sous hypnose. Un vrai moment.

4. Souvenir 3. La Baule, jour 4. Loupé toute la journée Marguerite Duras, et la rencontre avec Enrique Vila-Matas. Corrections du manuscrit au café, avec Igor. Résolution de tous les problèmes de circulation du joueur, éradication des phrases moches, peine fin sur la ponctuation. Discussion avec François Bon, visite de Marc Pautrel, qui tenait anonymement l'excellent Blog LL, qu'il a transféré depuis peu sur son site perso. On parle cuisine et arrière-boutique. Je glane quelques conseils que j'appliquerai sûrement.

5. Souvenir 4. La Baule, un soir. A table. Patrick Deville revient sur un truc que j'ai dit pendant la table ronde avec Arno Bertina. Au début j'ai la trouille qu'il m'emplâtre, vu que je dis énormément de conneries, surtout en table ronde. Mais en fait non, enfin pas ce coup-là. C'est quelque chose que j'affirme très souvent : l'écriture est séxuée, le fait d'être une femme influe sur l'écriture. Ils sont tous d'accord, on est tous d'accord. Notre problème c'est que ça ne repose que sur une intuition. On se dit que quand même, ça serait bien que j'y réfléchisse plus sérieusement, que je me penche sérieusement sur la question. Le souci c'est que le théorique et moi, ça fait légions. Mais bon, cette année ce serait bien que je me force un peu, et surtout une solution de détournement du théorique pour parler de ça quand même, d'une façon ou d'une autre. Plutôt d'une autre d'ailleurs.

6. Souvenir 5. La Baule, jour 5, initialement Bernard Wallet devait venir pour parler de Verticales, il n'a pas pu, Patrick Chatelier, Arno Bertina et moi le remplaçons. Le public s'intéresse à des questions concrètes sur l'édition, une fois que chacun a raconté comment il était entré dans la maison, et comment il percevait la démarche de Wallet et le catalogue. Le lecteur lambda ne sait pas souvent que l'auteur touche moins de 10% par livre, ni que les maisons affiliées à des groupes ont un nombre de publications imposé, que les cordons de la bourse sont sévèrement tenus, la courbe surveillée. Et puis à quel point ça peut être différent, d'un auteur à un autre, le travail éditorial, en quoi ça consiste réellement, le travail d'éditeur.

7. Souvenir 6. Devant la gare de la Baule, j'ai sacrément les boules de quitter Brigitte Martin.

8. Souvenir 7. Je suis à la campagne, dans le Sud. J'apprends que la salsepareille existe pour de vrai. Je comprends enfin que si les gâteaux des schtroumpfs sont roses, c'est parce qu'en plus des feuilles, la salsepareille a des baies. C'est l'été de toutes les découvertes.

9. Souvenir 8. Le gel douche à l'eau de source c'était vachement trop liquide, par contre les savons sont très bien [ceci était une linkerie publicitaire en vue de soutenir l'artisanat local de Saint Antonin Noble Val].

10. Dernier souvenir. Un matin d'insomnie, assise sur une chaise dans le jardin, 6h30. Deux chevreuils traversent le jardin. Je réalise que cela consitue un évènement. Je suis sans ordinateur, au milieu de la chlorophyle, voir deux chevreuils constitue un évènement. J'ai envie de me pendre, et suis à deux doigts d'annuler le séjour suivant, je maudis le concept de vacances. Si je ne bosse pas rapidement je vais finir dingo. La phase maniaque bat son plein, mutation en Bree van de Kamp. La mère d'Igor fait du riz rond à la place du Thaï pour accompagner mon poulet mariné, j'en ai des suées pendant une heure.

11. Une dernière semaine à Hyères, vacances entre filles, activités classiques, shopping, dire du mal, regarder des séries, boire du bon vin en ricanant. Je crois que ça y est, c'est fini. La mise à jour est effectuée. Demain faire le plan d'attaque, parce que mine de rien cette année, j'ai énormément de trucs à faire. D'ailleurs là, faut que j'aille laver la salle de bain.

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#109

Ai fini hier soir Portrait de l'écrivain comme animal domestique de Lydie Salvayre. Je suis obligée de vous linker le site de la Fnac, le site du Seuil n'est pas à jour. Limite il n'existe pas, j'hallucine un petit peu. Ca fait bien un an qu'il est en refonte, pourtant ils ont les moyens de payer quelqu'un de compétent qui aurait pu régler ça. Les directeurs de collection ayant conscience de l'importance du net, j'en déduis que cette nonchalance vient de plus haut.

De toute façon, les maisons d'édition sont assez souvent dotées de sites pourris, et quand l'outil est bien, voire le design intéressant, ça fait trop de données à rentrer et personne ne trouve le temps d'y faire les mises à jour. Enfin je trouve. En même temps, là si je cite des exemples, je vais dire du mal de maisons qui ont un très bon catalogue, ce qui serait contreproductif. En plus je me plains de l'absence de dynamique, mais quand POL a mis en place ses feuilletons, à un moment j'en pouvais tellement plus de me faire hebdomadairement spammer par Camille Laurens que je me suis désabonnée de leur news letter. Comme quoi au fond je dois pas savoir ce que je veux.

Le Lydie Salvayre, donc. Il sera en librairie fin août. J'ai toujours été fan de Salvayre, mais là autant le dire tout de suite, c'est du lourd. C'est pas un bon Salvayre, c'est le Salvayre. L'évangile du Libre Marché, voilà de quoi il est question. La narratrice est une écrivain embauchée pour ça, rédiger avec emphase l'évangile du Libre Marché selon Tobold le roi du hamburger. C'est d'une lucidité extrême, elle est encore plus cruelle que d'habitude. Et effroyablement drôle. Si elle a pas le Fémina ou le Médicis, je lance une pétition.

Les pétitions, ça marche vachement en ce moment. Pour Arrêt sur Images, ils en sont à 35 000 signatures. Ils, Daniel ne sait pas trop qui c'est, ce sont des téléspectateurs lamba qui s'organisent. Ce qui est bien dans cette histoire, c'est que les gens sont vraiment furieux. Et ce qui me surprend, c'est que pas mal de journalistes se mobilisent, je les croyais absolument tous dépourvus d'éthos mais en fait non, je confondais avec les critiques littéraires. Un papier par-ci, une invitation par là, et sur le net ça n'arrête pas. Ce qui serait bien, c'est qu'une autre chaîne reprenne l'émission. France Télévision officialise sa volonté de mise en disponibilité des cerveaux, accueillir ASI ferait sens.

Ce qui est pas mal dans les situations de crise, c'est qu'une nouvelle carte se dessine toujours. Et vu la difficulté du donjon depuis que l'élection du nouveau boss, je pense que ça peut être plus qu'utile de localiser les points de sauvegarde.

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